Après avoir vu Murat à Milan, il reprit sa route. Il arriva à Rome le
27 juin. Mon ami, M. Artau, le conduisit à Saint-Pierre.
«Il sentait le besoin d'un effet, me dit Artau, ne pouvant pas le
sentir, il l'affecta.»
Il s'assit sur le rebord en pierre du jet d'eau en face du portail,
entre les obélisques égyptiens, et, plaçant sa main sur sa poitrine,
il dit à Artau: «_J'ai soif!_» et demeura silencieux dans une
contemplation évidemment simulée. Artau le comprit, et ne dérangea pas
son enthousiasme.
On le logea chez le cardinal Fesch, au dernier étage du palais.
«N'ayant rien à faire dans ma chambre aérienne, dit-il, je regardais
par-dessus les toits, dans une maison voisine, des blanchisseuses qui
me faisaient des signes; une cantatrice novice exerçant sa voix me
poursuivait d'un solfége éternel, heureux quand il passait quelque
enterrement pour me désennuyer. Du haut de ma fenêtre, je vis dans
l'abîme de la rue le convoi d'une jeune mère; on la portait, le visage
découvert, entre deux files de pèlerins blancs; son nouveau-né, mort
aussi et couronné de fleurs, était couché à ses pieds.»