Son voyage à Rome fut lent et glorieux, comme un triomphe au milieu
d'un pays réjoui par le retour de son vieux culte. Il visita à loisir
les choses et les hommes du midi de la France. Il écouta les vers de
Reboul, que j'ai depuis admirés moi-même; excellent homme, que je
désignai en 1848 au choix éclairé de son pays pour représentant de la
République, que nous tentions de fonder; les exagérés le dégoûtèrent
comme ils dégoûtèrent la France, et il se retira sans combat. Il
était homme d'honneur, de talent et de vertu, mais non homme de lutte.
Il est allé depuis au séjour des hommes de paix, en emportant notre
amitié.
Avant son départ pour Rome, Lucien l'avait conduit à une fête chez le
premier consul; Bonaparte le reconnaissant dans la foule, s'approcha
de lui, et lui dit:
«En Égypte, j'étais toujours frappé quand je voyais les cheiks tomber
à genoux au milieu du désert, se tourner vers l'orient, et toucher le
sable de leur front. Qu'était-ce que cet inconnu qu'ils adoraient vers
l'orient?»
Puis, s'interrompant lui-même et passant sans transition à un autre
sujet:
«Le christianisme, dit-il, les idéologues n'ont-ils pas prétendu en
faire un système d'astronomie? Quand cela serait, croient-ils me
persuader que le christianisme est petit? Si le christianisme est
l'allégorie du mouvement des sphères, la géométrie des astres, les
esprits forts ont beau faire, malgré eux ils ont encore laissé assez
de grandeur à son culte!»
Et il s'éloigna.