XLII

Chateaubriand fit une imprudence qui choqua l'ambassadeur et tout le

corps diplomatique de Rome. Il alla présenter son hommage au vieux roi

de Sardaigne, qui avait abdiqué sa couronne et qui vivait retiré à

Rome. Le cardinal Fesch écrivit à Paris cette excentricité inopportune

et prétentieuse. Bonaparte ne fit qu'en rire et l'excusa. Mais

d'autres prétentions plus offensantes pour l'ambassadeur le blessèrent

plus directement. Il était parcimonieux comme sa soeur. Le secrétaire

mangeait à sa table. Le vin que le cardinal faisait servir à ses

commensaux parut mauvais à Chateaubriand, qui se fit servir une

bouteille particulière achetée de ses deniers. Cette inconvenance

déplut à l'ambassadeur; les paroles aigres s'échangèrent sur ce

trivial sujet; l'animadversion s'envenima et subsista toujours.

L'écrivain oublia trop vite l'infériorité du diplomate.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 18 / 188 题