Chateaubriand fit une imprudence qui choqua l'ambassadeur et tout le
corps diplomatique de Rome. Il alla présenter son hommage au vieux roi
de Sardaigne, qui avait abdiqué sa couronne et qui vivait retiré à
Rome. Le cardinal Fesch écrivit à Paris cette excentricité inopportune
et prétentieuse. Bonaparte ne fit qu'en rire et l'excusa. Mais
d'autres prétentions plus offensantes pour l'ambassadeur le blessèrent
plus directement. Il était parcimonieux comme sa soeur. Le secrétaire
mangeait à sa table. Le vin que le cardinal faisait servir à ses
commensaux parut mauvais à Chateaubriand, qui se fit servir une
bouteille particulière achetée de ses deniers. Cette inconvenance
déplut à l'ambassadeur; les paroles aigres s'échangèrent sur ce
trivial sujet; l'animadversion s'envenima et subsista toujours.
L'écrivain oublia trop vite l'infériorité du diplomate.