Bientôt tout changea de face. Madame de Beaumont tomba malade de la
poitrine. Chateaubriand, par la protection de M. de Fontanes et de
madame Bacciochi, soeur de Bonaparte, et toute-puissante sur lui à
cause de la virilité de son caractère, demanda à entrer dans la
diplomatie. Bonaparte l'agréa et le nomma secrétaire d'ambassade à
Rome, heureux d'adresser au pape le jeune écrivain restaurateur de la
religion. Il fut présenté au consul, reçut de M. de Talleyrand, qu'il
a depuis si maltraité, son titre et ses instructions.
Il quitta Paris et s'achemina vers Rome, laissant madame de Beaumont
en France; mais elle devait le rejoindre bientôt à Rome.
Quant à madame de Chateaubriand, déjà oubliée depuis plusieurs années,
il l'avait entrevue à Paris et l'avait de nouveau négligée. Elle était
un hors-d'oeuvre dans sa vie; elle disparut pour longtemps. Le
dévouement aux amies loyales ne faisait point partie des prescriptions
du culte restauré. Femme d'esprit, d'un caractère épineux et
difficile, elle laissait son mari libre et vivait çà et là avec ses
belles-soeurs, délaissées comme elle.