[Note 141: Cette demoiselle Chemeraut, Chemerault ou Chimeraut,
étoit la nièce de madame de la Bazinière, qui avoit porté le même nom
et avoit été aussi fille d'honneur. On confond presque partout la
nièce et la tante.
La tante, Françoise de Barbezière, «la belle gueuse», fut espionne de
Richelieu, puis maîtresse de Cinq-Mars. Benserade ménagea son mariage
avec Macé Bertrand, sieur de la Bazinière, financier de basse
naissance (Voy. les _Variétés hist_., t. 5, p. 90), qui lui permit de
faire ce qu'elle voudroit. Elle voulut vendre quelque chose au
surintendant d'Esmery. En 1651, je crois, une de ses demoiselles lui
vole ses lettres: il y en avoit de d'Esmery, de Beaufort, de l'évêque
de Metz (Henri, légitimé de France, fils de Gabrielle d'Estrées), de
tout le monde enfin.
Quand Cinq-Mars l'eut à sa discrétion, elle étoit au couvent (Tallem.
des R., t. 2, p. 253). C'est le 23 novembre 1659 qu'elle dut se
retirer, par ordre, au couvent du Chasse-Midy (Cherche-Midi). Une
lettre de Henri Arnauld, écrite au président Barillon, fixe cette
date, qui n'a rien d'intéressant, mais qui n'est pas celle que donne
Tallemant (t. 2, p. 201).
J'écris ces notes sur l'emplacement même de ce couvent du Chasse-Midy;
il me semble voir ces ombres disparues, et malgré moi, malgré leurs
erreurs, je me prends à demander pardon pour mademoiselle de
Chemerault et ses émules. Somaize (t. 1, p. 43) a du courage:
«illustre en beauté, dit-il de _Basinaris_, elle a beaucoup de vertu!»
De vertu! Elle étoit riche et maigre. Le 27 février 1658 elle eut
l'honneur de recevoir chez elle la reine de Suède.
Elle avoit un frère, Geoffroy de Barbezière, sieur de la
Roche-Chemerault (en Poitou). C'est le père de la seconde Chemerault,
que Mademoiselle cite dès 1657 (t. 3, p. 200) parmi les filles de la
reine-mère, et qui est la nôtre.
Gourville (p. 521) dit qu'en 1656 le comte de Chemerault est mis à la
Bastille. Il y a là de l'obscurité.
N'importe, mademoiselle de Chemerault fut belle et courtisée. En 1661
elle danse les ballets connus de l'_Impatience_ et des _Saisons_ (Voy.
Walck. t. 2, p. 490, et la _Lettre de Mathieu Montreuil_ [t. 8 des
_Archives curieuses_, 2e série, p. 314]). Quincy (t. 1, p., 385) met
un comte de Chemerault parmi les morts de Sénef.]
[Note 142: Les Bonnoeil (Bonoeil, Bonneuil) ont été de père en
fils introducteurs des ambassadeurs (Tall., t. 3, p. 414; _Gazette de
France_, à la date du mariage de Louis XIV; Sévigné, 26 avril 1680;
Saint-Simon, t. 1, p. 410). Mademoiselle de Montpensier (t. 3, p. 264)
parle de mademoiselle de Bonneuil comme fille d'honneur en 1658;
ailleurs (t. 3, p. 200, 1657) elle cite Gourdon, Fouilloux,
«Boismenil», Chemeraut et Meneville. Il y a probablement une erreur
ici: _Boismenil_ a été mal lu il faut restituer Bonneuil.
Aux ballets de l'_Impatience_ et des _Saisons_ voici les noms des
danseuses principales; mademoiselle de Bonneuil y figure: mademoiselle
de Pons, mademoiselle de La Mothe, mademoiselle de Villeroi,
mademoiselle de Montbazon, mesdames et mesdemoiselles Châtillon,
Noailles, Brancas, Arpajon, de La Fayette, de Guiche, Fouilloux,
Meneville, Chemerault, Bonneuil, et, «petite violette cachée sous
l'herbe», La Vallière.]
[Note 143: Est-ce du maréchal Clérambault qu'il s'agit? Bussy en a
longuement parlé dans ses mémoires lorsqu'il s'appeloit Palluau.
C'étoit un cavalier pourvu de toutes les qualités nécessaires au
courtisan et à l'homme à la mode. Il étoit joueur (Gourville, p. 529);
il avoit eu Ninon; il avoit aimé ardemment la comtesse de Chalais
(Lenet, p. 238); il avoit de l'esprit salé. Mademoiselle l'aimoit.
(Montp., t. 2, p. 111).
Il resta fidèle au cardinal Mazarin et le servit heureusement,
quoiqu'en dise ce couplet de Blot sous forme de _santé_:
À ce grand mareschal de France,
Favory de Son Eminence,
Qui a si bien battu Persan,
Palluau, ce grand capitaine,
Qui prend un chasteau dans un an
Et perd trois places par semaine.
Le cardinal n'oublia pas ses services, et le voulut compter parmi ses
conseillers intimes (La Fare).
Il épousa Louise Françoise Bouthilier de Chavigny, qui, en 1669, «fut
mise auprès de Mademoiselle (nièce de Louis XIV) pour être sa
gouvernante, à la place de madame de Saint-Chaumont; elle étoit fille
et femme de deux hommes qui avoient bien de l'esprit et savoient bien
la cour. Pour elle, on disoit qu'elle étoit savante comme M. de
Chavigny, son père.» (Montp., t. 4, p. 134)
Elle étoit peut-être galante.
Maréchale de Clérambault,
Vous tranchez bien de la divine...
Vous coquettez à tous venants,
Malgré la laideur et les ans.
Saint-Simon (dans ses _Notes à Dangeau_ et dans ses Mémoires) revient
plusieurs fois sur le portrait de la maréchale. Rien de plus singulier
que cette femme. Les _Lettres_ de Madame, qui l'aimoit, s'en occupent
aussi. Elle ne mourut qu'à la fin de 1722.
Saint-Simon, nomme un autre Clérambault (et c'est peut-être ici le
vrai), René Gillier de Puygarrou, marquis de Clérambault (t. 1, p.
302), premier écuyer de madame la duchesse d'Orléans, qui avoit été
épousé par amour de Marie-Louise de Bellenave, comtesse du Plessis.
Catinat vit un Clérambault servir long-temps sous ses ordres
(_Mémoires de Catinat_. t. 1, p. 68; t. 2, p. 25; t. 3, p. 146), et le
poussa en avant.
Dangeau (t. 5, p. 366) parle d'une demoiselle de Clérambault, fille du
Clérambault «dont la naissance étoit légère» et que la comtesse du
Plessis avoit épousé par amour. Elle se maria, en février 1696, avec
le duc de Luxembourg, fils du maréchal. Les Palluau étoient d'une
famille de robe.]
[Note 144: Voiture, le 4 décembre 1633, écrit à M. de Gourdon, en
Angleterre. C'est sans doute Georges Gourdon, marquis de Huntley, qui,
en 1625 étoit commandant de la compagnie des Ecossois (Daniel, t. 2,
p. 256). Depuis long-temps les Gordon jouoient un grand rôle en
Ecosse; ce que prouve ce passage de la _Marie Stuart_ de M. Mignet
(édit. in-18, t. 1, p. 120): «Les Gordon exerçoient dans les districts
du nord autant d'autorité que les Hamilton dans ceux de l'ouest.
Huntly avoit comploté la mort du comte de Mar et du secrétaire
Lethington, et il avoit songé à marier son deuxième fils, John Gordon,
avec la reine.»
Forbin, en 1675, cite un chevalier de Gourdon, son camarade, joueur et
pauvre. Les Gourdon partagèrent la fortune des Stuarts. En 1685, un
Gourdon est à la poursuite d'Argyle. Le 5 mai 1689, Dangeau met dans
son journal: «Le duc de Gourdon continue à se défendre dans le château
d'Edimbourg, où il est assiégé.»
Mademoiselle de Gourdon (Guordon, Gordon) fut d'abord fille d'honneur
de la reine-mère, puis dame d'atours de Henriette d'Angleterre, de la
seconde Madame (Sourches, t. 1, p. 206).
Elle est fille d'honneur dès la Fronde. En 1652, le peuple pille ses
bagages (Loret, mois de mai). En 1658, Mademoiselle, qui dit (t. 3, p.
285) qu'elle est assez considérée, en parle de cette manière: «Je
l'avois vue auprès de madame la princesse, où la reine l'avoit mise
parcequ'elle ne vouloit pas être religieuse. C'est une fille d'une
maison de qualité d'Ecosse, et, lorsque M. le Prince fut arrêté, elle
ne voulut pas suivre madame la princesse; la reine la prit.»
Peu après elle ajoute (t. 3, p. 300) que Monsieur «ne s'amuse qu'à
faire des habits à mademoiselle de Gourdon».
Ce que confirment les _Portraits de la Cour_ (V. la Collection Cimber
et Danjou): «Il a eu avant son mariage beaucoup d'amitié pour madame
de Gourdon, et la reine, pour découvrir ses sentimens, luy dit un jour
qu'il sembloit qu'il fust amoureux de cette dame, à cause qu'il luy
avoit envoyé des pendans d'oreilles de quatre mille écus en estreine
au premier jour de l'an. Il respondit que, pour beaucoup d'amitié et
de compassion, il en avoit véritablement pour une pauvre estrangère
hors de son pays et sans biens.»
Mademoiselle de Gourdon ne plaisoit pas à tout le monde:
Je me connois en ange:
Gourdon ne l'est pas,
dit un refrain (_Nouveau Siècle de Louis XIV_, p. 80) de 1662.
Madame de Lafayette, introduisant dans une lettre (décembre 1672) la
seconde Madame: «Elle se mit, dit-elle, sur le ridicule de M. de
Meckelbourg d'être à Paris présentement, et je vous assure que l'on ne
peut mieux dire. C'est une personne très opiniâtre et très résolue, et
assurément de bon goût, car elle hait madame de Gourdon à ne la
pouvoir souffrir.»
Madame, en effet, l'accuse dans ses lettres d'être rêveuse, bizarre
(18 février 1716), l'appelle _méchante_ et dit qu'elle calomnia la
première Madame auprès de Monsieur (13 juillet 1716).