[Note 133: Philippe-Julien Mancini-Mazarini, duc de Nevers et de
Donzy, né à Rome le 26 mai 1641, colonel de la vieille marine en 1652,
chevalier de l'ordre en 1661, mort le 8 mai 1707.
Daniel (t. 2, p. 225) l'inscrit dès 1657, date du rétablissement de la
première compagnie des mousquetaires, comme capitaine lieutenant de
cette compagnie. Il en garda le commandement jusqu'en 1667.
Exilé à la suite de cette affaire, il fut rappelé bientôt. À la
dernière cérémonie du mariage du roi, il porta la queue de
Mademoiselle (Montp., t. 5, p. 70). Néanmoins, Mazarin ne lui fit pas
tout le bien qu'il lui auroit fait s'il l'eût trouvé de meilleur
conseil. «Quoiqu'il le déshéritât, ne le croyant pas digne de porter
son nom, ce neveu déshérité ne laisse pas d'avoir la principauté ou
duché de Ferreti en Italie, le duché de Nevers en France, avec une
partie de la maison et beaucoup d'autres biens.» (Motteville, t. 5, p.
52.)
Ce qu'en dit Saint-Simon (t. 5, p. 390) paroît juste: «C'étoit un
Italien, très italien, de beaucoup d'esprit, facile, extrêmement orné,
qui faisoit les plus jolis vers du monde qui ne lui coûtoient rien, et
sur-le-champ, qui en a donné aussi des pièces entières; un homme de la
meilleure compagnie du monde, qui ne se soucioit de quoi que ce fût,
paresseux, voluptueux, avare à l'excès, qui alloit très souvent
acheter lui-même à la halle et ailleurs ce qu'il vouloit manger, et
qui faisoit d'ordinaire son garde-manger de sa chambre. Il voyoit
bonne compagnie, dont il étoit recherché; il en voyoit aussi de
mauvaise et d'obscure, avec laquelle il se plaisoit, et il étoit en
tout extrêmement singulier. C'étoit un grand homme sec, mais bien
fait, et dont la physionomie disoit tout ce qu'il étoit.
«Son oncle le laissa fort riche et grandement apparenté.» Il négligea
la faveur attachée à son nom, et peu à peu se retira dans la vie
libre. Sa femme, fille aînée de madame de Thianges, étoit, lors de son
mariage (1670), la plus belle personne de la cour. Il en fut jaloux.
Fort souvent il l'emmena à Rome de grand matin, sans préparatifs; ils
y firent de longs séjours. M. de Nevers mourut à soixante-six ans. «Il
s'étoit fort adonné à Sceaux, et sa femme encore davantage.» Son fils
n'eut pas grand crédit.
Assurément, ce n'est pas pour refaire le curieux ouvrage de M. Amédée
Renée (_les Nièces de Mazarin_) que j'ajoute à tant de notes une note
supplémentaire. Plusieurs fois nous avons rencontré la duchesse de
Mercoeur, la comtesse de Soissons, la connétable Colonna, le duc de
Nevers, etc. Le lecteur, qui n'est pas forcé de connoître à fond la
généalogie des parents de Mazarin, a pu y trouver quelque embarras.
«Le cardinal Mazarin avoit deux soeurs:--madame Martinozzi, qui
n'eut que deux filles, l'une mariée au duc de Modène, et mère de la
reine d'Angleterre, épouse du roi Jacques II; l'autre à M. le prince
de Conti, bisaïeul de M. le prince de Conti d'aujourd'hui;--madame
Mancini, qui eut cinq filles et trois fils. Les filles furent: la
duchesse de Vendôme, mère du dernier duc de Vendôme et du grand
prieur, dont le père fut cardinal après la mort de sa femme; la
comtesse de Soissons, mère du dernier comte de Soissons et du fameux
prince Eugène; la connétable Colonne, grand'mère du connétable Colonne
d'aujourd'hui, qui, tous deux, ont fait tant de bruit dans le monde;
la duchesse Mazarin, qui, avec le nom et les armes de
Mazzarini-Mancini, porta vingt-six millions en mariage au fils du
maréchal de La Meilleraye, et qui est morte en Angleterre après y
avoir demeuré longues années; et la duchesse de Bouillon, grand'-mère
du duc de Bouillon d'aujourd'hui. Des trois fils, l'aîné fut tué tout
jeune au combat du faubourg Saint-Antoine, en 1652; il promettoit
tout; le cardinal Mazarin l'aimoit tellement qu'il lui confioit, à cet
âge, beaucoup de choses importantes et secrètes pour le former aux
affaires, où il avoit dessein de le pousser. Le troisième, étant au
collége des Jésuites, fort envié des écoliers pour toutes les
distinctions qu'il y recevoit, se laissa aller à se mettre à son tour
dans une couverture et à se laisser berner; ils le bernèrent si bien
qu'il se cassa la tête, à quatorze ans qu'il avoit; le roi, qui étoit
à Paris, le vint voir au collége; cela fit grand bruit, mais n'empêcha
pas le petit Mancini de mourir. Resta seul, le second, qui est M. de
Nevers, dont il s'agit ici.» (Saint-Simon, t. 5, 389.)
Faisons un tableau:
( 1. La princesse de Conti (Anne-Marie),
( née à Rome en 1637, mariée le 22 février
Mme =Martinozzi=. ( 1654, morte le 4 février 1672.
(
( 2. Madame de Modène, belle-mère de
( Jacques II.
( 1. Mancini, tué en 1652, à 16 ans.
(
( 2. Mancini (Alphonse), mort aux Jésuites
( en 1658, à 12 ans.
(
( 3. Mancini (duc de Nevers).
(
( 4. Laure Mancini (madame de Mercoeur),
(née en 1636, mariée le 4 février 1651,
( morte le 8 février 1657 (mère du duc et
( du grand-prieur de Vendôme).
(
Mme =Mancini=. ( 5. Olympe (comtesse de Soissons).
(
( 6. Marie, aimée de Louis XIV, femme du
( connétable Colonna (Laurent-Onuphre
( Colonne de Gioëni), prince de Palliano
( et de Castiglione, grand d'Espagne, chevalier
( de la Toison-d'Or, mort en 1689.
( [La connétable mourut en 1715.]
(
( 7. Hortense, femme du fils du maréchal
( de la Meilleraye.
(
( 8. Marie-Anne (duchesse de Bouillon).
]
[Note 134: Ce «gros crevé», dit madame de Sévigné (28 juin 1671);
et Saint-Simon: «C'étoit l'homme le plus naturellement plaisant et
avec le plus d'esprit et de sel, et le plus continuellement.»
Il étoit prodigue. Louis XIV le regarde comme «un occasionnaire», un
aventurier (lettre du 22 juin 1663 à Beaufort); mais il l'aime
long-temps (Mottev., t. 5, p. 20) et lui permet toute sorte de
langages. On connoît assez sa soeur, madame de Montespan. Il avoit
épousé mademoiselle de Mesmes. C'est sa belle-mère qui avertit la
reine-mère de tout ce que faisoit Vivonne pour fortifier le roi dans
l'amour qu'il avoit juré à mademoiselle Mancini. On n'arriva que bien
juste à temps pour le combattre. Vivonne fut exilé.
Il rendit sur mer quelques grands services et eut du bonheur à la
guerre; mais ce ne fut jamais un très honnête homme.
Madame de Sévigné écrit à Bussy le 22 septembre 1688: «Vous savez la
mort de votre ancien ami Vivonne. Il est mort en un moment, dans un
profond sommeil, la tête embarrassée, et, entre nous, aussi pourri de
l'âme que du corps.»
Bussy, qui attribue cette mort aux ravages d'un mal gagné dans des
débauches anciennes, répond (28 septembre): «Après une étroite amitié
entre lui et moi, mes disgraces me l'avoient fait perdre, et je
l'avois assez méprisé pour ne lui en avoir fait aucun reproche; mais
je le regardois comme un homme d'esprit et de courage qui avoit un
fort vilain coeur.»]
[Note 135: Ce cantique n'est pas de Bussy; c'est une
intercalation. Voir ce qui en est dit dans la Préface.]
[Note 136: En 1659 ce n'étoit pas La Vallière que le roi aimoit.
La Vallière, née le 6 août 1644, n'avoit encore que quinze ans. C'est
en juin et en juillet 1661, trois ans après, que commencèrent à se
former (ancien style) les noeuds de leur amour (Mottev., t. 5, p.
134). Roquelaure, le bouffon, le sceptique Roquelaure, y fut bien pour
quelque chose.
Dans ce premier couplet il s'agit de Marie Mancini et de sa grande
bouche à dents blanches (Mottev., t. 4, p. 395).]
[Note 137: =Faguenas=. S. M. Odeur fade et mauvaise sortant d'un
corps malpropre ou malsain. _Cela sent le faguenas._ Il est familier
et il vieillit. (_Dictionnaire de l'Académie françoise_, dernière
édition.)]
[Note 138: C'est Mademoiselle, et non la seconde femme de Gaston,
Marguerite de Lorraine (fille de François II), née en 1613, mariée à
Nancy le 31 janvier 1632, morte le 3 avril 1672; «dévote, négligente,
froide», qui, à en croire madame de Motteville (t. 2, p. 231), «avoit
de l'esprit et raisonnoit fortement sur toutes les matières dont il
lui plaisoit de parler. Elle paroissoit, par ses discours, avoir du
coeur et de l'ambition. Elle aimoit Monsieur ardemment, et haïssoit
de même tout ce qui pouvoit lui nuire auprès de lui. Elle étoit belle
par les traits de son visage, mais elle n'étoit point agréable.»
Mademoiselle (t. 2, p. 297) cite d'elle un mot désagréable. Elle
venoit de perdre un fils, le petit Valois (en 1652). Mademoiselle la
trouve mangeant un potage, qui lui dit: «Je suis obligée de me
conserver, je suis grosse!»]
[Note 139: Mademoiselle de Vandy. «Elle a de l'esprit» (Montp., t.
4, p. 79, 1664). La Mesnardière (p. 49) l'appelle «gente Vandy» et
«beauté cruelle». C'étoit l'amie intime de Mademoiselle (t. 3, p. 39),
qui parle de sa «mine prude» (t. 3, p. 106), qui dit qu'elle «est
bonne et prudente». C'est la princesse de Paphlagonie de mademoiselle
de Scudéry (Montp., t. 3, p. 429). Bussy l'a toujours eue pour amie.
De même il paroît avoir aimé Mademoiselle toute sa vie. Ces couplets
ne peuvent lui appartenir.]
[Note 140: On a confondu presque partout mademoiselle de La
Mothe-Argencourt et mademoiselle de La Mothe-Houdancourt. L'une et
l'autre furent aimées du roi, mademoiselle de La Mothe-Argencourt la
première.
Les Mémoires de Mademoiselle (t. 3, p. 272) font commencer les choses
en 1658. Peut-être faut-il remonter jusqu'en 1657. Madame de La
Mothe-Argencourt, la mère, habitoit Montpellier, elle y reçut toute la
cour en 1660 (Montp., t. 3, p. 441).
La fille «n'avoit ni une éclatante beauté, ni un esprit fort
extraordinaire; mais toute sa personne étoit fort aimable. Sa peau
n'étoit ni fort délicate, ni fort blanche; mais ses yeux bleus et ses
cheveux blonds, avec la noirceur de ses sourcils et le brun de son
teint, faisoient un mélange de douceur et de vivacité si agréable
qu'il étoit difficile de se défendre de ses charmes. Comme, à
considérer les traits de son visage, on pouvoit dire qu'ils étoient
parfaits, qu'elle avoit un très bon air et une fort belle taille;
qu'elle avoit une manière de parler qui plaisoit et qu'elle dansoit
admirablement bien, sitôt qu'elle fut admise à un petit jeu où le roi
se divertissoit quelquefois les soirs, il sentit une si violente
passion pour elle que le ministre en fut inquiet.» (Motteville, t. 4,
p. 401.) Elle étoit aimée alors de Chamarante et du marquis de
Richelieu. Mazarin et Anne d'Autriche, effrayés de cette subite
passion, et poussés vivement par la marquise de Richelieu, qui étoit
jalouse, s'arrangent pour écarter la favorite. Mais la mère de la
belle la veut jeter au cou du roi, même comme simple maîtresse, et
cherche à négocier cela comme une affaire avec le ministre, qui
apprend d'elle l'amour de Chamarante et celui du marquis de Richelieu,
part de là, découvre au roi ses rivaux, et le retire, par ces
artifices, d'une passion où il s'engageoit avec ardeur. Louis XIV
trompé se montra dédaigneux. Peu après quelqu'un trouve un billet
perdu: «Fouilloux dit que c'étoit de La Motte au marquis de Richelieu,
qui en faisoit le galant depuis que le roi ne l'étoit plus. Cette
pauvre fille pleura et cria les hauts cris, et désavoua le billet.»
(1658, Montp., t. 3, p. 337.)
La pauvre fille, qui n'avoit point failli, et qui avoit résisté même
au roi, sentit sa vie troublée; elle prit goût à la vie religieuse
dans la maison des Filles-Sainte-Marie de Chaillot, et s'y consacra.
(Voyez, entre autres écrivains de ce genre, Dreux du Radier, 1782, t.
6, p. 363.) Mademoiselle de La Vallière devoit un jour la retrouver
dans ces retraites.
L'_Alleluia_ en veut à mademoiselle de La Mothe-Argencourt, et non à
la maréchale de La Motte-Houdancourt. Celle-ci (Louise de Prie,
demoiselle de Toussy), née en 1624, aimée en 1646 de Condé (Voy. Lenet
et un couplet méchant de Blot), étoit très belle, mais d'une beauté
sévère, et elle étoit grande. Elle avoit épousé, le 21 novembre 1650,
La Mothe-Houdancourt, né en 1605, mort en 1657; elle mourut le 6
janvier 1709, à quatre-vingt-cinq ans.
«La maréchale de La Motte, honnête femme et de bonne maison, fut mise
gouvernante de monseigneur le Dauphin. Ce ne fut nullement pour ses
éminentes qualités: car, à dire le vrai, elles étoient médiocres en
toutes choses. Elle étoit petite-fille de madame de Lansac, qui
l'avoit été du roi. C'étoit un grand titre; mais il n'auroit pas été
suffisant pour l'appeler à cette dignité si elle n'avoit été dans
l'alliance de M. Le Tellier, comme proche parente de l'héritière de
Souvré, qu'il avoit, depuis peu, fait épouser à son fils, le marquis
de Louvois.» (Mottev., t. 5, p. 201.)
C'est la nièce du maréchal, mademoiselle Anne-Lucie de La Mothe, ou de
La Motte-Houdancourt, qui, en 1662, faillit, soutenue par la cabale de
la comtesse de Soissons, l'emporter sur La Vallière, encore hésitante
(Montp., t. 4 p. 33).
«Dans ce même temps (commencement de 1662) le roi parut s'attacher
d'inclination à mademoiselle de La Motte-Houdancourt, fille de la
reine. Je ne sais si elle étoit dans son coeur subalterne à
mademoiselle de La Vallière, mais je sais qu'elle causa beaucoup de
changement dans la cour, plutôt par la force de l'intrigue que par la
grandeur de sa beauté, quoiqu'en effet elle en eût assez pour pouvoir
faire naître de grandes passions.» (Mott., t. 5, p. 168.)
Le roi, à Saint-Germain, ne pouvoit entrer chez les filles d'honneur:
il alloit causer avec mademoiselle de La Motte en passant par les
cheminées; madame de Navailles, leur gouvernante, fit griller ces
singuliers passages, et encourut pour toujours l'inimitié violente ou
muette de Louis XIV.
«On a dit que ce qui contribua beaucoup à fixer la destinée de
mademoiselle de La Vallière fut que mademoiselle de La Motte balança
quelque temps en faveur de la vertu, et qu'elle, au contraire, ayant
alors cessé de se défendre, ce fut par sa foiblesse qu'elle vainquit.»
(Mottev., t. 5, p. 174.)
Le comte de Grammont aima La Motte quand il la vit si distinguée.
«Il ne se rebuta point pour ses mauvais traitemens ni pour ses
menaces; mais, s'étant témérairement obstiné dans ses manières, elle
s'en plaignit. Il fut banni de la cour.» (_Mém. de Grammont_, ch. 5.)
Plus tard, par l'entremise de La Feuillade, mademoiselle de La Motte
épousa le marquis de la Vieuville, chevalier d'honneur de la reine.
(Voy. le _Journal du marquis de Sourches_, t. 1, p. 233.)
Mademoiselle de La Motte-Houdancourt, fille du maréchal, devint en
février ou en mars 1671 (Voy. Sévigné) la femme du vilain duc de
Ventadour. Elle étoit extrêmement belle (voilà bien des La Motte
favorisées!), et ne fit pas un heureux ménage.
Madame en parle dans ses lettres: «Madame de Ventadour
(Charlotte-Eléonore-Madeleine de La M. H.) est devenue ma dame
d'honneur il y a au moins seize ans, et elle m'a quittée deux ans
après la mort de Monsieur. C'étoit un tour que me jouoit la vieille
guenipe pour me faire enrager, parce qu'elle savoit que j'aimois cette
dame; elle est bonne et agréable, mais ce n'est pas la femme la plus
adroite du monde.»