En tout cas, on voit là qu'elle faisoit bien du bruit.]

[Note 37: Madame de Motteville (t. 4, p. 387) dit que la reine

Christine (en 1656) railla Grammont de la passion qu'il affichoit pour

madame de Mercoeur. C'étoit une passion ou plutôt une comédie de

passion fort ridicule. Jamais femme ne fut plus sage, plus douce, plus

simple.

Laure-Victoire étoit l'aînée des cinq filles de madame Mancini.

Mercoeur (Louis de Vendôme) figure, en 1648, à côté du duc

d'Orléans, et inspire même des craintes (Motteville, t. 3, p. 186) à

l'abbé de la Rivière, qui tremble qu'il ne crie aussi haut que

Beaufort. C'est le duc de Vendôme, son père, homme très tranquille,

qui (1649, Motteville, t. 3, p. 277) propose le mariage. Cette

proposition fut la première cause de mésintelligence entre Condé et

Mazarin (Pierre Coste, p. 8); mais le mariage se fit.

«M. de Mercoeur déclara un jour, en plein Parlement, son mariage

avec mademoiselle de Mancini, de la plus sotte manière du monde, et

telle que je ne m'en suis pas souvenue, parcequ'il n'étoit pas tourné

d'un ridicule plaisant.» (Montp., t. 2, p. 137.)

Les pamphlets se mirent à pleuvoir dru sur l'oncle de la mariée et sur

l'époux. C'étoit le temps des plus vives Mazarinades.

Le catalogue de la Bibliothèque nationale (t. 2) en indique plusieurs:

Nº 1360. _L'outrecuidante présomption du cardinal

Mazarin.--Réponse._--Nº 1361. _L'antinocier, etc._--Nº 1362. _Lettre

de M. de Beaufort à M. le duc de Mercoeur, son frère._--Nº 1363.

_Réponse._--Nº 1364. _Lettre de la prétendue madame de Mercoeur,

envoyée à M. de Beaufort._--Nº 1365. _Entretien de M. le duc de

Vandosme avec MM. les ducs de Mercoeur et de Beaufort, ses enfants._

Mercoeur n'en fut pas inquiété. Sa femme étoit une conquête dont il

ne pouvoit se repentir.

«Le duc de Mercoeur fut si passionné pour les intérêts du ministre

qu'il fit appeler ce même jour son frère, le duc de Beaufort, pour se

battre contre lui; mais il n'en fit rien et ne suivit point son

premier mouvement.» (1651. Mott., t. 4, p. 134.)

Au commencement de février 1657 la duchesse mourut subitement. Mazarin

«fit des cris». (Mott., t. 4, p. 396.)

«La douleur est universelle, écrit madame de Sévigné le 5 février. Le

roi a paru touché et a fait son panégyrique en disant qu'elle étoit

plus considérable par sa vertu que par la grandeur de sa fortune.»

«Elle étoit jeune et avoit de l'embonpoint. Le seul défaut qui étoit

en elle étoit que, sans avoir la taille gâtée, elle ne l'avoit pas

assez belle en ce qu'elle étoit un peu entassée; mais, ce défaut ne se

voyant point dans le lit, j'ai ouï dire à ceux qui la virent en cet

état qu'elle leur avoit paru la plus belle personne du monde.» (Mott.,

t. 3, p. 397.)

Mazarin, dans son testament, n'oublia pas les enfants de la nièce

qu'il avoit tant aimée. (Mott., t. 5, p. 92.)]

[Note 38: La mère de Villars, qui sauva la France à Denain. Née

vers 1624, fille de Bernardin Gigault de Bellefonds (elle s'appeloit

Marie) et de Jeanne aux Espaules de Sainte-Marie; mariée, en 1651, au

marquis de Villars, qui mourut en 1698; morte le 25 juin 1706. On a

d'elle trente-sept lettres à madame de Coulanges, datées de Madrid et

écrites en 1676, 1680, 1681. (Voy. Lemontey.)

Une autre Villars (Julienne-Hippolyte d'Estrées), mariée en 1597 à

Georges de Brancas, marquis, puis duc de Villars, vivoit encore en

1657. Elle a été secouée par Tallemant des Réaux.--Escroqueuse et

libertine par delà toute créance.

Celle-ci roucouloit comme une colombe. Quoiqu'il eût un frère

archevêque d'Alby d'assez bonne heure (_Mém. de Choisy_, Michaud,

626), Villars n'étoit pas de la première noblesse: il cherchoit

fortune; mais il étoit vaillant à outrance, et beau comme un Achille.

Au duel fatal de Nemours (_Retz_, 379), il fit si bien que Conti le

voulut à lui. Il avoit été en Fronde commandant des chevau-légers de

Sillery. (_Lenet_, coll. Michaud, 347.) Cette bravoure et cette

beauté, partout célèbres (_Le Père Berthod_, coll. Petitot, t. 48, p.

396) lui valurent le nom d'_Orondate_. Sa femme, qui «est tendre et

sait bien aimer» (Madame de Coulanges à Sévigné, 15 juillet 1671), en

fait sa divinité et l'adore toute sa vie.

Villars se poussa dans les ambassades. (Voy. la _Corresp. administ. de

Louis XIV_, t. 4.) Il avoit fait la cour en règle à sa femme. Madame

de Choisy le surprit un jour, chez madame de Fiesque, qui sortoit de

l'appartement de mademoiselle de Bellefonds.

Saint-Simon (_Note à Dangeau_, t. 6, p. 315, et _Mémoires_) n'est pas

favorable aux Villars. Il dit de notre marquise: C'étoit «une bonne

petite femme, maigre et sèche, active, méchante comme un serpent, de

l'esprit comme un démon, d'excellente compagnie, et qui recommandoit à

son fils de ne jamais parler de soi à personne et de se vanter au roi

tant qu'il pourroit.» Répétons la phrase de madame de Coulanges: «Elle

est tendre et sait bien aimer.» C'est là le vrai.

Est-il nécessaire de dire que Grammont en étoit pour ses frais de

sentiment?]

[Note 39: Puisqu'il passe par ici, arrêtons-le un instant. Isaac

de Benserade est né en 1612 à Lyons-la-Forêt (Normandie), et est mort

le 19 octobre 1691. C'est le _Bérodate_ des Précieuses (t. 1, p. 45,

46). Il avoit ce qu'il falloit pour faire sa fortune à la cour sans se

soucier de ses ennemis. MM. les professeurs de rhétorique ont tort de

dédaigner Benserade: il avoit l'esprit tourné le plus habilement du

monde vers la phrase, vers l'allusion, vers la réticence, vers

l'épigramme à pointe émoussée. Que de devises adroites il a semées çà

et là! que d'ingénieux ballets il a composés! Il a eu le tort de

n'aimer pas La Bruyère, et La Bruyère l'a peint pour le punir (t. 1,

p. 271).

Pourquoi ne pas citer l'_Arlequiniana_ quand c'est à décharge? Il y a

pour Benserade (p. 188): «C'est l'esprit le plus vif et l'amy le plus

ardent que j'aye jamais vû.» Madame de La Roche-Guyon l'entretint à

son début; elle étoit vieille, mais très riche (Tallem., t. 8, p. 56).

Benserade, avec une maison, un carrosse, trois laquais, de la

vaisselle d'argent, s'ennuie du métier. Il étoit un peu parent de

Richelieu par on ne sait quels hobereaux; il accompagne Brézé en mer:

il s'ennuie encore, n'étant pas un héros. Peu à peu il prend pied à la

cour, et il séduit Mazarin, comme il séduira Louis XIV. Il déplut aux

subalternes. Il étoit roux et ne sentoit pas naturellement l'ambre (La

Place, t. 2, p. 286). Il y a bien des chansons faites sur ce malheur

qu'il avoit. Les filles de la reine en chantèrent une qui étoit jolie;

Scarron en fabriqua, d'autres aussi.

Benserade étoit plus élégant. On connoît les vers de la satire 12 de

Boileau:

Tes bons mots, autrefois délices des ruelles,

Approuvés chez les grands, applaudis chez les belles,

Hors de mode aujourd'hui chez nos plus froids badins,

Sont des collets montés et des vertugadins.

Ceux-ci ont été attribués à madame Deshoulières:

Touchant les vers de Benserade,

On a fort long-temps disputé

Si c'est louange ou pasquinade;

Mais le bonhomme est bien baissé,

Il est passé (bis):

Qu'on lui chante une sérénade

De Requiescat in pace.

(=La Place=, t. 5, p. 57.)

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 97 / 108 题