Jamais romance atteignit-elle cette fierté, cette tendresse?]

[Note 26: Voilà Vanel soutenu, et Desmaizeaux.]

[Note 27: Saint-Evremont ne vient prendre place dans ce livre que

comme un figurant muet. Nous n'avons donc pas à dire grand'chose de ce

personnage, qui est d'ailleurs suffisamment connu, «connu, dit

Saint-Simon (t. 4, p. 185), par son esprit, par ses ouvrages et son

constant amour pour madame de Mazarin». Amant malheureux de Ninon

(nous avons oublié de dire que Candale étoit de ceux qu'elle aima),

Saint-Evremont avoit joué un grand rôle parmi les délicats de son

temps. Il avoit l'esprit caustique: il en usa pour apprécier à sa

manière le traité des Pyrénées. Ce qu'il en écrivoit ayant été

découvert, il fut exilé. Il se consola en vivant libre en Angleterre;

là il se fit une cour de beaux-esprits qui ne craignoient pas Louis

XIV. Quand on lui offrit, après bien des années, de revenir en France,

il répondit qu'il s'étoit procuré une patrie. On lui demandoit, à

l'article de la mort, s'il ne vouloit pas se réconcilier. «De tout mon

coeur, dit-il; je voudrois me réconcilier avec l'appétit.» (La

Place, _Recueil de pièces_, t. 4, p. 440.) C'étoit un philosophe très

hardi.]

[Note 28: Un dernier mot sur ce malheureux Candale qu'on enterre.

La première fois qu'il alla le soir chez madame d'Olonne, il eut faim

et voulut manger d'abord. Madame d'Olonne, quoique faiblement

romanesque, se rappela les théories des précieuses et se fâcha.

(Tallem. des Réaux, t. 3, p. 129.)

L'une des maisons où ils alloient ensemble le plus souvent et le plus

commodément étoit celle de madame de Choisy, mère de celui qui fut

l'abbé de Choisy. (Montp. t. 3, p. 325.)]

[Note 29: Bartet avoit donc raison contre Candale. M. d'Olonne

prenoit son mal en patience. Nous n'avons peut-être pas cherché assez

à le représenter dans son beau. Revenons à l'année qui précéda son

malencontreux mariage, pour le voir passer dans un costume et avec une

attitude de brillant cavalier.--«Après venoit la compagnie de

chevau-légers du roi, de deux cents maîtres, en habits de passemens

d'or et d'argent, et montés sur de grands chevaux fort beaux, étant

précédés de quatre trompettes vêtus de velours bleu chamarré d'or et

d'argent, commandée par le comte d'Olonne, cornette d'icelle

compagnie, couvert d'un vêtement de broderie d'or et d'argent, avec un

baudrier garni de belles perles et des plumes blanches, feuille morte

et couleur de feu, avec un cordon d'or, sur un cheval blanc, très bien

ajusté, dont la housse d'écarlate étoit garnie de même que son habit.

(_Relation de la cavalcade_ faite pour la majorité du roi, 1651.)]

[Note 30: Contrôlons, une fois entre autres, le témoignage de

Bussy. Sauf en un point qui est qu'elle remplace madame d'Olonne par

une de ses demoiselles, mademoiselle de Montpensier (t. 3, p. 286)

confirme tout ce que notre auteur avance. On pourroit multiplier ces

rapprochements:--«Nous allâmes à plusieurs bals, nous trouvâmes

souvent les pèlerines: elles n'osèrent jamais se démasquer. On nous

demandoit partout si nous n'avions pas trouvé des capucins et des

capucines; ils sortoient toujours un moment devant que nous

entrassions. On nous dit chez le maréchal d'Albret qu'on y avoit vu un

capucin qui avoit le bras et la main belle, et qu'il avoit touché sur

son passage dans celle de M. de Turenne.

«Le premier jour de carême, on ne parla que du scandale que cette

mascarade avoit fait. Les prédicateurs prêchèrent contre. Le roi et la

reine en furent fort en colère. Personne ne se vanta d'en avoir été. À

la fin, on sut que c'étoit d'Olonne, sa femme, l'abbé de Villarceaux,

Ivry, milord Craff et une demoiselle de madame d'Olonne, et que son

mari avoit voulu absolument qu'elle s'habillât de cette sorte. Elle

n'avoit point paru dans le monde; tout le carnaval, elle ne bougea de

son logis. Elle avoit un mal au pied, dont il lui étoit sorti des os;

ainsi elle fut obligée de garder le lit. M. de Candale étoit fort

amoureux d'elle il y avoit long-temps, et il avoit été affligé

extrêmement de la quitter. Depuis son départ, on savoit que Jeannin,

trésorier de l'épargne, alloit souvent chez elle; on examina fort sa

conduite sur la mort de M. de Candale. Elle parut fort affligée, et

même on dit qu'elle pleura toute la nuit, qu'elle en demanda pardon à

son mari et lui avoua qu'elle l'avoit fort aimé.»]

[Note 31: Les Villarceaux (Louis et René) menèrent joyeuse vie. Le

marquis, l'aîné par conséquent, fut un des beaux esprits de l'hôtel de

Rambouillet; Ninon (1652) n'aima personne plus passionnément que lui,

et on a voulu, mais sans preuve (Walck., t. 1, p. 469), que madame de

Maintenon, dans sa jeunesse abandonnée, ait écouté favorablement ses

prières. Sa femme étoit aimable. Courtisan à sa manière, il refusoit

l'ordre pour son fils et ne craignoit pas d'offrir au roi l'amour de

sa nièce, Louise-Élisabeth Rouxel (madame de Grancey). Louis XIV lui

lava la tête comme il le méritoit. (Sévigné, 23 décembre 1671.)

Son frère, René de Mornay, abbé de Saint-Quentin-lez-Beauvais, fut

plus libertin encore que lui. Il étoit fort riche; il étoit surtout

prodigue:

Le sieur abbé de Villarseaux,

Qui, s'il avoit d'or plein sept seaux

Et d'argent trente bourses pleines,

Les vuideroit dans trois semaines.

(=Loret.=)

Le 27 septembre 1691, Dangeau note dans son Journal: «L'abbé de

Villarceaux mourut à Paris.» Et voilà tout. Que la terre lui soit

légère!

Reste Craff: l'histoire ne s'est pas beaucoup occupée de ce seigneur

anglois. C'est moins à cause de madame d'Olonne qu'à cause de madame

de Châtillon qu'il a l'honneur d'être mis en scène par Bussy. Nous le

reverrons.

Pourquoi M. Walckenaër (t. 1, p. 440) l'appelle-t-il Graff? Je

comprendrois plutôt qu'on l'appelât Crofts, car il me semble que c'est

lui que désignent sous ce nom les _Mémoires du duc d'York_ (dans

Ramsay, ch. 2, 3, 19). On le voit qui amène six chevaux de Pologne

pour faire la guerre à côté du duc; il suit Charles II avec les lords

Rochester et Jermyn (celui que nos Mémoires françois nomment partout

Germain). Crofts est d'ailleurs un nom anglois. Monmouth, le fils de

Charles II et de Lucy Walters, s'appeloit d'abord Jones Crofts

(Macaulay, t. 1, p. 273, édit. Charpentier).

La Rochefoucauld (_Mém._, coll. Michaud, p. 386) le cite, dès 1637,

comme un de ses amis. Madame de Chevreuse l'aimoit aussi. «On ne

comprenoit pas, remarque Tallemant (t. 1, p. 405) quels charmes elle y

trouvoit.» C'étoit un ami politique. Il étoit venu en France avec les

Stuarts. Comme il étoit riche et original, il eut du succès. Madame de

Châtillon essaya de se faire épouser par lui en 1656: c'est du moins

ce que la reine d'Angleterre dit à Mademoiselle (t. 3, p. 54).

Au rétablissement de Charles II, il revint en Angleterre. Gourville,

exilé, nous en parle (Collect. Michaud, p. 540) à la date de

1664:--«Je trouvai en ce pays-là le milord Craff, qui avoit été fort

des amis de M. de La Rochefoucault à Paris, et à qui j'avois même

prêté quelque argent, qu'il m'avoit rendu depuis le rétablissement du

roi.»--... «(Il) nous mena à une très jolie maison de campagne qu'il

avoit à dix milles de Londres, sur le bord de la Tamise.»]

[Note 32: Sillery est mort, âgé de soixante-quatorze ans, à

Liancourt, où il s'étoit retiré depuis deux ans. (Dangeau, 20 mars

1691.) Transcrivons d'abord la note de Saint-Simon:--«Ce M. de Sillery

étoit d'excellente compagnie, mais n'avoit jamais été que cela. Il

étoit fils de Puysieux, secrétaire d'État, et petit-fils du chevalier

de Sillery.»

Puis le texte même de ses _Mémoires_ (t. 1, p. 337):--«Beaucoup

d'esprit, nulle conduite; se ruina en fils de ministre, sans guerre ni

cour. Il ne laissoit pas d'être fort dans le monde et désiré de la

bonne compagnie. Il alloit à pied faute d'équipage et ne bougeoit de

l'hôtel de La Rochefoucauld ou de Liancourt, avec sa femme, qui s'y

retira dans le désordre de ses affaires, long-temps avant la mort de

son mari, et qui mourut en 1698.»

Louis-Roger Brulard de Sillery, né en 1617, avoit épousé la soeur du

duc de La Rochefoucauld; il n'est pas encore vieux lorsqu'il paroît

dans notre histoire en qualité de conseiller de son neveu timide.

La Bruyère (t. 1, p. 287) nous apprend que le vin de Sillery, au XVIIe

siècle, avoit déjà de la renommée. Le marquis de Sillery, en qualité

de profès dans l'ordre des Coteaux, devoit en être fier. Il buvoit

bien et aimoit la table. On l'appeloit Sillery-Brulard (Pierre Coste,

p. 45, t. 8, des _Archives curieuses_). Gourville a raconté (Petitot,

t. 2, p. 269) qu'étant gouverneur de Damvilliers, Sillery l'aida à

rançonner les Parisiens au commencement de la Fronde. En 1650, il va

en Espagne traiter pour les rebelles (Motteville, t. 4, p. 43), à qui

son esprit décidé avoit rendu d'importants services.

Il y eut un Sillery évêque de Soissons et membre de l'Académie

françoise. La Fontaine en parle (dans sa lettre 37 à Maucroix, 1695).

Une autre lettre de La Fontaine (28 août 1692) est adressée au

chevalier de Sillery. Ailleurs (_Fables_, t. 8, p. 13), il a dit de

mademoiselle de Sillery:

. . . . . . . une divinité

Veut revoir sur le Parnasse

Des fables de ma façon.

. . . . . . . de celles

Que la qualité de belles

Fait reines des volontés.

Qui dit Sillery dit tout.

Peu de gens en leur estime

Lui refusent le haut bout.

]

[Note 33: Bussy n'a pas eu beaucoup à se louer d'avoir introduit

dans sa galerie le duc de La Rochefoucauld et le prince de Marsillac,

son fils. La rancune qu'ils lui en gardèrent ne s'attendrit en aucun

temps, et l'on sait quel crédit gagna et garda sur le maître ce

Marsillac, La Rochefoucauld à son tour, lorsqu'il fut devenu

grand-maître de la garde-robe, et le canal le plus fréquent des grâces

et des disgrâces. On a dit de lui que pendant trente-sept ans il

assista quatre fois par jour aux changements d'habit du roi; l'éloge

est exagéré, mais il n'est pas sans fondement.

«Jamais valet ne le fut de personne avec tant d'assiduité et de

bassesse, il faut lâcher le mot, avec tant d'esclavage.» Cela est du

Saint-Simon (t. 7, p. 177, de l'édit. Sautelet), qui a dit encore du

grand-maître que «sa figure commune ne promettoit rien et ne trompoit

pas.» Voilà donc une affaire réglée du côté de l'esprit, et non sans

mille confirmations. Exemple (1656): Couplets d'un _Confiteor_.

La Roche-Foucault, ce guerrier

Dans la Fronde si redoutable,

Contre la race du Tellier

En catimini fait le diable,

Et, si ce matois de ligueur

Ne leur fait mal, il leur fait peur.

À la cour, il est soutenu

De la mâchoire formidable

Du gros Marsillac, devenu

Homme important et fort capable.

Las! quand il tournoit son chapeau,

On le prenoit pour un nigaud.

La mâchoire de Marsillac se faisoit remarquer de soi.

Il ne déplut pas à Ninon, ce gros garçon plein d'hésitations (Walck.,

t. 1, p. 242); mais il ne plut à personne plus qu'au roi, et cela dès

l'âge de dix-huit ou de dix-neuf ans. En 1657 il est favori avéré,

avec Vardes et Vivonne. Son père l'a cloué solidement dans sa faveur.

Mademoiselle de Montpensier (t. 3, p. 187) indique je ne sais quelle

mauvaise intrigue de ces messieurs à propos de mademoiselle de

Mortemart, soeur de Vivonne. Prévoyoient-ils l'avenir de la

Montespan? «On les appeloit _les endormis_, parce qu'ils alloient

lentement et sans bruit.» Plus tard (Dangeau, t. 4, p. 180, note de

Luynes) le grand-maître de la garde-robe, devenu père, eut la douleur

d'avoir un fils beaucoup plus hardi et libertin que lui. Louis XIV dut

se montrer sévère. Cette affaire ressemble beaucoup à celle de Roissy,

dont nous avons déjà parlé et dont il sera question encore.

Marsillac avoit montré du courage à la guerre: il fut blessé au

passage du Rhin. (Sévigné, 17 juin 1672.)]

[Note 34: Grâce au ciel, l'histoire de celui-là a été couchée tout

du long sur le papier! Et quelle histoire! quel historien! Les

_Mémoires de Grammont_ sont restés un des chefs-d'oeuvre du genre.

Nous ne pouvons songer à en donner ici le résumé.

Le chevalier de Grammont étoit frère du maréchal (de la Guiche puis)

de Grammont et fils de la soeur du comte de Boutteville. Il avoit

aimé bien du monde, mademoiselle de Rohan, d'abord, à propos de

laquelle (Tallemant des Réaux, t. 3, p. 434) il appela en duel Chabot,

qui l'épousa. Ce fut un duel pour rire. En 1643, le chevalier se

faisoit appeler Andoins. Henri Arnauld, dans ses _Lettres au président

Barillon_, citées par M. P. Paris, dit que ce fut à propos de madame

de Pienne (plus tard de Fiesque) qu'il attaqua Chabot. Il s'appeloit

Andoins parceque sa grand'mère, celle que connut Henri IV (vers 1580),

s'appeloit Diane d'Andoins. Grammont s'attacha (1649, Motteville, t.

3, p. 415) à Condé, mais sans rien retrancher de ses liaisons

changeantes.

Dans mon _Histoire des cartes à jouer_ (1854, in-16, L. Hachette et

Cie), j'ai eu à peindre le joueur dans notre Philibert, chevalier,

puis comte de Grammont. Il sut jouer. Battu d'abord à _la bassette_,

qu'il ne connoissoit pas (1685), il se mit à rapporter cinquante ou

soixante mille écus de tous les voyages qu'il faisoit en Angleterre.

(Sourches, t. 1, p. 311.) Il aima mademoiselle de la Mothe-Houdancourt

(La Fayette), puis une autre et une autre. Il se maria par hasard avec

la soeur d'Hamilton, charmante femme qui fit les délices de la cour

de France lorsqu'elle y parut, et dont Bussy n'auroit pas eu un mot à

dire.

Dans l'histoire de Grammont (chap. 6), Saint-Evremont lui dit: «Que de

grisons en campagne pour la d'Olonne! que de stratagèmes, de

supercheries et de persécutions pour la comtesse de Fiesque! Elle qui

peut-être vous eût été fidèle si vous ne l'aviez forcée vous-même à ne

l'être pas!» On croiroit lire Bussy lui-même. Grammont, revenu

définitivement d'Angleterre, reprit rang à la cour; sa femme l'y aida.

Le roi «se plaisoit beaucoup» avec lui (_Lettres de Madame_, 22 avril

1719). Les courtisans l'aimoient moins (Dangeau, t. 4, p. 206).

Lorsqu'il mourut, et il mourut le plus tard qu'il put mourir,

Saint-Simon écrivit sur le journal de Dangeau: «Ce fut également le

mépris et la terreur de la cour par tout ce que son âge, sa faveur et

sa malice lui donnoient le droit de dire. Son visage étoit d'un vieux

singe.»

Le _Recueil de La Place_ (t. 4, p. 423), qui le fait mourir en 1707, à

quatre-vingt-six ans, a conservé son épigrammatique épitaphe:

Veux-tu des talents pour la cour?

Ils égalent ceux de la guerre.

Faut-il du mérite en amour?

Qui fut plus galant sur la terre?

Railler sans être médisant,

Plaire sans faire le plaisant,

Garder toujours son caractère,

Vieillard, époux, galant et père,

C'est le mérite du héros

Que je te peins en peu de mots.

]

[Note 35: La maison de Rouville est ancienne en Normandie. Le

marquis de Rouville dont il s'agit est le beau-frère de Rabutin et son

ami. Il avoit été le second amant de Marion Delorme; il s'étoit battu

en duel contre La Ferté-Senneterre; il étoit joueur; il avoit fait

toutes ses preuves. Loret le place au nombre de ses saints (29

septembre 1652):

Ce bon seigneur ne connoist mie

Mademoiselle Économie.

]

[Note 36: Gilonne d'Harcourt, mariée 1º à Louis de Brouilly,

marquis de Pienne, tué à Arras en 1640; 2º à Charles-Léon de Fiesque

(1643). Son père étoit le frère aîné du père des Beuvron. Le comte de

Fiesque, son fils, «étoit une manière de cynique fort plaisant

parfois» (Saint-Simon, t. 1, p. 327). La Fontaine a fait des vers pour

lui (épitre 19):

Cette main me relève ayant abaissé Gêne.

Le père avoit été de la bande de Condé. Dès 1647 Mazarin l'exiloit

(Mott., t. 2, p. 261). Sa mère, la gouvernante de Mademoiselle, étoit

Anne Le Veneur (Mott., t. 2, p. 355); elle mourut à Saint-Fargeau en

1653.

Mais qu'importent les généalogies? Gilonne étoit une femme telle que

Bussy la peint. On l'appeloit _la reine Gilette_ (Montp., t. 3, p.

428). Elle s'étoit organisé une petite cour particulière, avec un

ordre de chevalerie destiné à récompenser les bons vivants. Grammont a

mis dans un couplet:

Ma reine Gilette,

Que de la Moquette

Je sois chevalier.

Folle, si l'on veut, jusqu'à oublier son état et à écrire à

Mademoiselle: «Je vous ai fait l'honneur» (Montp., t. 3, p. 100),

jusqu'à lui dire des choses impertinentes (1657), elle avoit

courageusement joué son rôle de _maréchale_ de camp, avec son amie

madame de Frontenac, dans les temps guerriers de la Fronde. Elle avoit

des accès de gaîté extraordinaires. Quelquefois elle eut des mots

heureux. Elle improvisoit; par exemple, elle «cria tout haut l'autre

jour chez Mademoiselle (Sév., 17 décembre 1688):

Le roi, que sa bonté soumet à mille épreuves,

Pour soulager les chevaliers nouveaux,

En a dispensé vingt de porter des manteaux,

Et trente de faire leurs preuves.»

Elle est morte en 1699 (Saint-Simon, t. 2, p. 321). «Elle avoit passé

sa vie dans le plus frivole du grand monde», vendu une fois une terre

pour un beau miroir. «On disoit d'elle qu'elle n'avoit jamais eu que

dix-huit ans.»

Mademoiselle, qui eut à s'en plaindre, la maltraite un peu,

quoiqu'elles se soient raccommodées; M. Paulin Paris, en preux

chevalier, la défend (Tall., t. 5, p. 374). Je ferois volontiers comme

M. Paulin Paris. D'ailleurs, Mademoiselle (t. 3, p. 39) l'excuse:

«C'est une femme qui vous chante pouille, et un moment après elle en

est au désespoir et vous dit rage de ceux qui le lui ont fait faire.»

Madame Cornuel a créé pour elle le sobriquet si répandu de _moulin à

paroles_. (Tallemant des Réaux, t. 9, p. 54.)

«La comtesse maintenoit l'autre jour à madame Cornuel que Combourg

n'étoit point fou; madame Cornuel lui dit: Bonne comtesse, vous êtes

comme les gens qui ont mangé de l'ail.» (Sévigné, 6 mai 1676.)

Enfin madame Cornuel (Sévigné, t. 3, p. 31, de l'édit. Didot) «disoit

que ce qui conservoit sa beauté, c'est qu'elle étoit salée dans sa

folie.»

Cette beauté même étoit-elle bien grande? Venant à Paris, Christine de

Suède dit: «La comtesse de Fiesque n'est pas belle pour avoir fait

tant de bruit. Le chevalier de Grammont est-il toujours amoureux

d'elle?» (Montp., t. 3, p. 73.) Et de même don Juan d'Autriche, en

1659: «Elle n'est guère belle pour faire tant de bruit.» (Montp., t.

3, p. 414.)

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 96 / 108 题