FIN DU TOME PREMIER.

NoteS:

[Note 1: Cette lettre est fort habilement faite. Elle dit la

vérité avec tous les ménagements et tous les adoucissements

nécessaires. Bussy va même jusqu'à s'accuser de trop d'imagination.

Nous verrons à quoi nous en tenir.]

[Note 2: Nous avons dit dans l'Introduction vers quel temps Bussy

composa son ouvrage et à quelle époque successivement remontent les

événements dont il se fait l'historien.]

[Note 3: Madame d'Olonne est l'héroïne d'un pamphlet fort vilain

et fort peu littéraire qu'on a eu bien tort d'attribuer à

Bussy-Rabutin: _la Comédie galante_ de M. D. B. Cologne, Pierre

Marteau (Hollande), petit in-12 de 34 pages.

Madame d'Olonne (Catherine-Henriette d'Angennes), parente du marquis

de Rambouillet, étoit l'aînée des deux filles du baron de La Loupe.

Avant son mariage, «elle estoit jolie, dit Retz (Mémoires, p. 341 de

l'édition Michaud); elle estoit belle, elle estoit précieuse par son

air et par sa modestie.» Mademoiselle de La Vergne, celle qui fut

madame de La Fayette, en avoit fait son amie; elle étoit choyée au

Luxembourg, et mademoiselle de Montpensier la distinguoit, quoiqu'elle

ne brillât peut-être pas par l'originalité de son esprit. Dès 1652,

Guy Joly, d'accord avec Retz, la désigne comme «l'une des plus belles

personnes de France». Retz faisoit plus que de la trouver jolie et

précieuse: un peu dégoûté de mademoiselle de Chevreuse, il

entreprenoit, à la faveur de l'accueil qu'on lui faisoit chez madame

de La Vergne la mère, de s'insinuer le plus avant possible dans les

bonnes grâces de cette belle personne. Rendez-vous obtenu à force de

prières, mais rendez-vous bien inutile, «ce qui doit estonner, dit le

vaincu, ceux qui n'ont point connu mademoiselle de La Loupe et qui

n'ont ouï parler que de madame d'Olonne.» Précieuse donc et à la façon

des plus effarouchées, mademoiselle de La Loupe, avant son mariage,

étoit une personne en bon point de renommée. Je ne vois pas pourquoi

M. Walckenaer (t. 1, p. 357) croit que Beuvron étoit intimement lié

avec elle dès ce moment-là.

Le 3 mars 1652, le beau poète Loret écrit dans sa Gazette:

D'Olonne aspire à l'hyménée

De la belle Loupe l'aînée,

Et l'on croit que dans peu de jours

Ils jouiront de leurs amours.

Le mariage eut lieu peu de temps après. V. _Montpensier_, t. 2, p. 246

de la Collection Petitot.

Ce n'est toutefois qu'en 1656 que mademoiselle de Montpensier parle du

bruit que «commençoit à faire» la beauté de madame d'Olonne; mais les

souvenirs de mademoiselle sont quelquefois un peu confus, et

d'ailleurs on peut admettre qu'elle attache une idée fâcheuse au mot

_bruit_.

À peine mariée, notre belle dame laisse son mari auprès du roi, et

chevauche parmi les hardies frondeuses (_Montpensier_, t. 2, p. 245).

Le temps n'est pas venu où madame de Sévigné écrira (13 novembre

1675): «Le nom d'Olonne est trop difficile à purifier»; où l'on

chantera:

La d'Olonne

N'est plus bonne

Qu'à ragoutter les laquais;

(Ms. 444, Suppl. Bibl nat.)

où La Bruyère (t. 1, p. 203 de l'édit. Jannet) dira: «Claudie attend

pour l'avoir qu'il soit dégoûté de Messaline.» Il s'agit de Baron;

Claudie, c'est madame de la Ferté; Messaline, c'est madame d'Olonne.

Nous sommes en 1652, à la date du mariage, et Baron n'est pas encore

né. Son acte de naissance, cité par M. Taschereau (_Vie de Molière_,

3e éd., p. 249), le fait naître le 8 octobre 1653. Quant à la

maréchale de la Ferté, on sait que sous ce nom tristement célèbre il

faut reconnoître mademoiselle de La Loupe la cadette, celle que

Saint-Simon a si souvent fouettée. Elle étoit belle aussi et le fut

long-temps. Les deux soeurs vécurent jusqu'en 1714, et jouirent à

leur aise de leur gloire.]

[Note 4: Louis de la Trémoille, comte d'Olonne, avoit été arrêté

sous la Fronde, en 1649, «comme il se vouloit sauver habillé en

laquais» (Retz, p. 100). Il est mort en 1686. Boisrobert s'étoit moqué

de lui de bonne heure; on s'en moqua plus cruellement lorsque sa femme

eut rendu publiques ses infortunes. Avec Saint-Evremont et Sablé

Bois-Dauphin, il se consoloit en fondant l'ordre des Coteaux, dont

Boileau nous a conservé le souvenir. La Bruyère, à ce point de vue,

l'a peint sous le nom de Cliton le fin gourmet (t. 2, p. 93). À un

autre point de vue, Racine a parlé de lui dans cette jolie épigramme

faite sur _Andromaque_:

Le vraisemblable est peu dans cette pièce,

Si l'on en croit et d'Olonne et Créqui:

Créqui dit que Pyrrhus aime trop sa maîtresse,

D'Olonne qu'Andromaque aime trop son mari.

À l'article de la mort, un prêtre nommé Cornouaille lui offre ses

services. L'anecdote veut qu'il se soit écrié avec quelque colère:

«Serai-je encornaillé jusqu'à la mort?»]

[Note 5: François d'Harcourt, deuxième du nom, marquis de Beuvron,

né le 15 octobre 1598, mort à Paris le 30 janvier 1658, enfant

d'honneur de Louis XIII, adversaire de Boutteville dans un duel

fameux, avoit deux fils, qui furent notre marquis et le comte de

Beuvron.

Saint-Simon, en 1705 (t. 4, p. 437, de la nouvelle édition Chéruel),

dit dans ses Mémoires: «M. de Beuvron, chevalier de l'ordre et

lieutenant-général de Normandie, mourut à plus de quatre-vingts ans,

chez lui, à la Meilleraye, avec la consolation d'avoir vu son fils

Harcourt arrivé à la plus haute et à la plus complète fortune, et son

autre fils, Sézanne, en chemin d'en faire une, et déjà chevalier de la

Toison-d'Or. On a vu comment elle étoit due aux agrémens de la

jeunesse du père. C'étoit un très honnête homme et très bon homme,

considéré et encore plus aimé.»

Ce très honnête et très bon homme nous appartient ici. Son frère

mourut bien avant lui. Voyez Dangeau. (28 septembre 1688): «Le comte

de Beuvron est mort cette nuit. Il avoit un justaucorps en broderie et

des pensions, et avoit été capitaine des gardes de Monsieur. Il avoit

depuis deux ans déclaré son mariage avec mademoiselle de Téobon, dont

il n'a point d'enfans.»--«Homme liant et doux, ajoute Saint-Simon (t.

3, p. 181), mais qui voulut figurer chez Monsieur, dont il étoit

capitaine des gardes, et surtout tirer de l'argent pour se faire

riche, en cadet de Normandie fort pauvre.»

On sait qu'il a été accusé, avec le chevalier de Lorraine et d'Effiat,

d'avoir travaillé à l'empoisonnement de Madame. V. La Fayette.

Sa femme, fille du marquis de Théobon, «étoit une femme (Saint-Simon,

t. 3, p. 186) qui avoit beaucoup d'esprit, et qui, à travers de

l'humeur et une passion extrême pour le jeu, étoit fort aimable et

très bonne et sûre amie.» Elle étoit «originairement huguenote

(Journal du marquis de Sourches, t. 2, p. 190), mais, s'étant

convertie, avoit été nommée fille d'honneur de la reine; et, quand on

rompit la chambre des filles de la reine, Monsieur la mit auprès de

Madame», la seconde Madame, qui l'aima beaucoup. V. ses lettres.

Le père des Beuvron avoit épousé, en 1626, Renée d'Espinay, soeur du

comte d'Estelan. On disoit de lui:

Beuvron, espouse-tu

Saint-Luc, qui tant est belle?

Si tu veux estre cocu,

N'en espouse d'autre qu'elle.

Ah! petite brunette,

Ah! tu me fais mourir!

Il étoit lieutenant du roi en Normandie et gouverneur du vieux palais

de Rouen (Montpensier, t. 2, p. 177). C'étoit un ami de Racan. «Les

enfans de Beuvron, dit Tallemant des Réaux (t. 2, p. 367, de l'édition

Paulin Paris), ont plus d'esprit que leur père.» Cet ami de Racan

n'étoit donc pas un personnage très ingénieux. Sous la Fronde, en

1650, il reste fidèle au duc de Longueville, et résiste, à Rouen, à la

duchesse et au parlement; toutefois (Motteville, t. 4, p. 16) on ne

faisoit pas grand cas de lui à la cour. Il obtint alors pour son fils

aîné (La Rochefoucauld, p. 436, édit. Michaud) la survivance du vieux

palais.

Beuvron (le nôtre) a joué jusqu'à sa mort un grand rôle en Normandie

(Voy. Saint-Simon, t. I, p. 117, 123), et ne fut pas toujours en

faveur (Dangeau, 13 mars 1689).

Si ce n'est lui, c'est son frère, le favori de Monsieur (Mém. de du

Plessis, édit. Michaud, p. 446, et Mém. de Montp., t. 4, p. 211), qui

a commis le crime que reproche à un Beuvron ce couplet (_Nouveau

siècle de Louis XIV_, p. 88)

On dit que Beuvron a gâté

Le grand chemin de la Ferté,

Qui fut jadis si fréquenté.

Une accusation plus grave a pesé un instant sur lui: la Brinvilliers,

disait-on (Sévigné, 26 juin 1676), affirmoit qu'il avoit réellement

empoisonné Madame. Ce bruit n'eut pas de suites.

Les Beuvron étoient parens de la comtesse de Fiesque, que nous allons

voir entrer bientôt en scène. (Montpensier, t. 3, p. 104.)

Leur soeur (Catherine-Henriette d'Harcourt-Beuvron) mérite qu'on ne

l'oublie pas dans un livre où il s'agit d'un grand nombre de

divinités. Loret (26 avril 1659) l'appelle «l'admirable Beuvron». Elle

venoit alors d'épouser le duc d'Arpajon, déjà deux fois veuf. Somaize

(_Précieuses_, édit, Jannet, t. 1, p. 71) l'a inscrite sous le nom de

_Dorénice_ dans la grande compagnie des Précieuses. Elle n'eut jamais

rien de ridicule. Sa beauté a trouvé grâce devant Tallemant des Réaux

(chap. 304, t. 9, p. 75, de la 2e édition). Elle fut dame d'honneur de

la Dauphine. Saint-Simon parle de sa «grande mine», de sa vertu, de

son honneur intact (t. 1, p. 221).

Louis XIV lui fit de belles amitiés. Lors qu'elle fut nommée dame

d'honneur, madame de Sévigné écrit (13 juin 1684): «C'est l'ouvrage de

madame de Maintenon, qui s'est souvenue fort agréablement de

l'ancienne amitié de M. de Beuvron et de madame d'Arpajon pour elle,

du temps de madame Scarron.» Ce dire est confirmé par madame de Caylus

(p. 4 de l'édit. de 1808), qui cite le marquis de Beuvron comme l'un

des garants de la constante chasteté de sa tante.]

[Note 6: Madame de Saint-Loup (V. Tallemant des Réaux).]

[Note 7: Chemin faisant, nous ferons longue connoissance avec

Candale. Une note ne suffiroit pas et elle couvriroit bien vite vingt

pages.

Les garnitures à la Candale

Font paroître un visage pâle,

dit un vers boiteux du _Nouveau siècle de Louis XIV_ (1856, p. 69). Ce

vers atteste l'empire que Candale exerça sur les modes de son temps;

cet empire est attesté en mille endroits, par exemple dans le _Roman

Bourgeois_ de Furetière (p. 73 de l'édit. elzevirienne): «On descendit

sur les chausses à la Candalle; on regarda si elles estoient trop

plissées en devant ou derrière.» De la tête aux pieds, ce beau

seigneur règle le costume des délicats. Louis-Charles-Gaston de

Nogaret et de Foix, duc de Candale, né à Metz en 1627, étoit fils de

Bernard de Nogaret, duc d'Épernon, et de Gabrielle-Angélique, fille

légitimée de Henri IV. Il avoit du sang royal dans les veines: au

dix-septième siècle ce n'étoit pas un médiocre avantage en amour. En

1646, il est au siége de Mardick; en 1648, il est à Paris auprès du

duc d'Orléans (Motteville, t. 3, p. 103); en 1649, il commande le

régiment de son nom; en 1652, il a, par avance, la charge paternelle

de colonel général et le gouvernement d'Auvergne; en 1654, il est

lieutenant général sous Conti et d'Hocquincourt, deux des personnages

de la présente histoire. Il meurt à Lyon le 28 janvier 1658. Il faut

lire Saint-Évremont pour le voir à son avantage.

Le jour de sa mort fut un jour de deuil pour les dames. L'abbé

Roquette, coutumier du fait, acheta du père Hercule, général des Pères

de la Doctrine, l'oraison funèbre qu'il lui consacra (Voy. Tallem., t.

10, p. 239). Ce n'est pas là qu'il faut chercher l'histoire de sa vie.

Une soeur qu'il avoit lui survécut bien long-temps; elle est morte

sans alliance, comme lui, le 22 août 1701, à soixante-dix-sept ans,

après cinquante-trois années de couvent des Carmélites (Saint-Simon,

t. 10 de l'édit. Sautelet).

Madame de Motteville n'a pas flatté son père (t. 4, p. 71), seigneur

hautain, jaloux, brutal, cruel, criminel peut-être. Candale, beau

garçon, d'humeur galante, blond, langoureux, coquet, garda quelque

chose du caractère paternel. Ne voyons pas en un rose obstiné toutes

les prouesses de ces messieurs: ils cachoient la griffe sous la patte

de velours. Ces «princes chimériques», les Candale, les Manicamp, les

Jarzay, ne doivent pas être canonisés sans information parcequ'ils ont

plu à un nombre infini de belles.]

[Note 8: Le frère de Condé.]

[Note 9: «Maistre des requestes», dit Tallemant (t. 2, p. 115),

puis intendant des finances; «protecteur des partisans», ajoute le

Portrait des Maîtres des requêtes, «et qui de peu a fait beaucoup par

toutes sortes de voies».

L'_État de la France_ pour 1658 lui donne, comme intendant: Toulouse,

Montpellier, la ferme des entrées de Paris, l'artillerie et le pain de

munition.

En 1661, on le rembourse à 200,000 livres seulement, c'est-à-dire

qu'on le destitue, et bien d'autres du même coup. C'est l'année des

comptes sévères.

La femme de Paget étoit belle (V. le _Recueil des Portraits_ de

Mademoiselle: c'est la _Polénie_ de Somaize (t. 1, p. 194, 206). Sa

ruelle étoit vantée. Tallemant des Réaux (t. 2, p. 407) a raconté, à

propos de madame Paget, une anecdote piquante. Bois-Robert et Ninon,

l'une de nos amies en ce volume, y jouent un rôle.]

[Note 10: Elle jouoit; son mari joua bien davantage. Voy.

l'Oraison funèbre que lui fait dans son _Journal_ l'estimable marquis

de Sourches (janvier 1686, t. 1, p. 103). «On vit alors mourir le

comte d'Aulonne, de la maison de Noirmoustier (La Trémouille), qui

avoit été guidon des gendarmes du roi pendant les guerres civiles, et

chez lequel s'assembloient alors presque tous les gens de qualité pour

y jouer ou pour y trouver bonne compagnie.»]

[Note 11: 3,000 francs d'aujourd'hui.]

[Note 12: 60,000 francs.]

[Note 13: On conçoit facilement que je n'aie rien trouvé dans les

histoires pour me renseigner sur la généalogie de Quentine.]

[Note 14: Surtout si cher que cela! vingt mille francs par jour!]

[Note 15: (1656).]

[Note 16: Candale le prenoit de très haut avec tout ce qui n'étoit

pas de la plus haute noblesse. On juge par là ce qu'il pensoit des

gens d'affaires. Bartet, secrétaire du roi, lui ayant déplu, voyez la

hardiesse avec laquelle il le fait arrêter et raser d'un côté du

visage, barbe et cheveux! (Sévigné, juin 1655; Montp., t. 2, p. 488,

t. 3, p. 22.) Cela ne parut pas trop étonnant. Encore fit-il exiler sa

victime! Les dames sourirent. Belle prouesse de prince chimérique!

Mademoiselle de Montpensier (t. 3, p. 128) dit que «c'étoit un garçon

plein d'honneur et incapable d'aucune mauvaise action.» Elle dit cela

à la date de 1657, lorsque arriva l'affaire Montrevel. Ce Montrevel,

se battant en duel avec Candale, est tué par derrière d'un coup d'épée

que La Barte, un des suivants du grand roi de la mode, lui donne

inopinément. Cette fois on crie: Il faut donner une garde du corps à

Candale pour le protéger. Son courage, toutefois, n'est pas mis en

doute (Voy. Motteville, t. 3, p. 293); mais la fierté de son rang lui

monte bien vite à la tête. Le pauvre Bartet n'avoit pas été bien

audacieux; il n'avoit rien imaginé; il avoit dit tout bas, et pour se

venger de se voir prendre la marquise de Gouville, que Candale n'étoit

peut-être pas un amant d'une énergie incontestable. De fait, Candale

s'en faisoit accroire, comme Guiche, comme d'autres. Soyecourt étoit

moins galant de mine, mais c'étoit un autre homme. Au surplus, ce

n'est pas pour cela que je lui chercherai querelle: c'est parceque je

le suppose moins doucereux qu'on ne le croyoit. Qu'est-ce que cette

note de Tallemant? (T. 4, p. 355). «Madame Pilou étoit fort

embarrassée d'un certain brave, nommé Montenac, qui vouloit enlever

madame de la Fosse. Un jour, ayant trouvé feu M. de Candale: Monsieur,

lui dit-elle, vous menez tous les ans tant de gens à l'armée, ne

sçauriez-vous nous desfaire de Montenac? Tous les ans vous me faittes

tuer quelques-uns de mes amys, et celuy-là revient tousjours!--Il

faut, respondit-il, que je me desfasse de deux ou trois hommes qui

m'importunent, et après je vous desferay de cestuy-là.» N'y a-t-il pas

là de quoi le condamner?]

[Note 17: Ses amis, nous les verrons bientôt figurer dans ce

livre.]

[Note 18: Trésorier de l'épargne. «Ces offices (Est. de la Fr.,

1649) se vendent un million de livres chacun; ceux qui les possèdent

ont douze mille livres de gages, et, en outre, trois deniers par livre

de tout l'argent qu'ils manient, ce qui monte à des sommes

excessives.» Nicolas Jeannin de Castille étoit petit-fils du président

Jeannin, ministre de Henri IV. Ce Jeannin avoit marié sa fille à P.

Castille, ancien marchand de soie, devenu receveur du clergé, et

affirmant alors qu'il étoit bâtard de Castille. En généalogie tout

marche à la longue. Soit pour la bâtardise! Ce qui est certain, c'est

qu'une Jeannin (de Castille), en 1705, épouse un prince d'Harcourt, et

a pour filles des duchesses de Bouillon et de Richelieu. Au bout d'un

siècle, voilà ce qui fleurit sur la tige.

Jeannin, beau-frère de Chalais par sa soeur à lui, «belle personne»,

dit Tallemant des Réaux (t. 3, p. 193), se trouva un moment près de la

banqueroute. (_Épigr._ Bibl nat., ms. sup. fr., n. 540, f. 56). Adieu

alors la galanterie! De bonne heure il s'étoit montré «coquet»

(Tallem. t. 4, p. 32). Entre autres maîtresses on lui connoît cette

malheureuse Guerchy, qui mourut d'une si triste mort (_Nouveau siècle

de Louis XIV_, p. 60). La galante madame de Nouveau s'amouracha de lui

(Tallem. 2e édit., t. 7, p. 241).

En 1678, il est vieux. Madame de Sévigné, son amie, lui reproche ses

fredaines; Bussy lui dit: «Vous savez (lettre du 31 décembre) que sur

le chapitre des dames il n'est pas tout à fait si régulier que les

évêques.»

Nicolas Jeannin de Castille étoit marquis de Montjeu ou de Mondejeu

(Loret, 7 février 1654). Le nom n'y fait rien (Walckenaër, t. 2, p.

470). Madame de Sévigné (20 mai 1676) l'appelle Montjeu tout court et

se moque de son marquisat; mais elle l'aime véritablement, va loger

chez lui, date de chez lui quelques lettres (22 juillet 1672). Bussy

l'aimoit de même (lettre du 22 mars 1678).

Mademoiselle de Montpensier (t. 4, p. 441) a daigné écrire: «Famille

des Castille, gens que je considérois.» Notre Jeannin n'est pas un

pied plat. Il étoit greffier de l'ordre dès 1657. C'est le premier

exemple de ce que Saint-Simon appelle les _râpés_ (t. 4, p. 161).

La seconde femme de Fouquet, celle à qui La Fontaine a adressé des

vers (_Odes_, livre I), étoit Marie-Madeleine Castille-Villemareuil,

une Castille par conséquent. On voit dans les _Mémoires du duc

d'Orléans_ un Castille-Villemareuil intendant de la maison de Monsieur

(le petit Gaston, en 1615), «à la recommandation du président Janin».

Revers de la médaille: Après la chute de Fouquet, à côté d'un la

Bazinière taxé à 962,198 livres (Voy. le _Colbert_ de P. Clément, p.

105), notre pauvre Jeannin en a pour 894,224 livres. Les actions de

madame d'Olonne, pour parler ce style, baissent beaucoup (Bussy à

Sévigné, 20 juin 1678).

Jeannin, retiré des affaires, mena assez grand train. Malheureusement,

il eut un fils à moitié fou (Sévigné, 9 déc. 1688), et fut presque

obligé de ne pas s'affliger de sa mort.

Jeannin est mort à Paris en juillet 1691 (Voy. Dangeau, 1er août).

Il y avoit long-temps qu'on lui avoit (à cause même du _râpé_) enlevé

le cordon de l'ordre. Saint-Simon, dans ses Notes sur le manuscrit de

Dangeau, écrit ces lignes un peu sèches: «Ce M. de Castille n'étoit

rien. Son père, qui avoit fait fortune jusqu'à être contrôleur général

des finances sous les surintendans, c'est-à-dire commis médiocrement

renforcé, lui fit épouser une Jeannin pour le décrasser. Il fut

trésorier de l'épargne et greffier de l'ordre, qu'il eut du président

de Novion en 1657. Il fut culbuté avec M. Fouquet, prisonnier, puis

exilé vingt-cinq ans en Bourgogne... Son fils vécut conseiller au

parlement de Metz.»]

[Note 19: Ce goût dura tout le temps du règne. Dangeau et

Saint-Simon en parlent assez.]

[Note 20: Il faut en finir avec Candale. Tallemant met ceci dans

son _Historiette de Sarrazin_: «On croit que Sarrazin a été empoisonné

par un Catelan (_Catalan_), dont la femme couchoit avec lui.» Et dans

une note il ajoute ceci: «Le père Talon dit que la femme ne fut point

empoisonnée; que son mary, qui estoit bien gentilhomme, l'espargnoit à

cause de ses parens, qui estoient plus de qualité que luy; mais il

empoisonnoit les galans d'un poison bruslant. Il croit que M. de

Candalle en est mort.» Cosnac (t. 1, p. 190) veut que la femme soit

morte aussi. Ce n'est pas la femme qui nous intéresse le plus; nous ne

devons remarquer dans ce texte de Tallemant que la singulière

explication donnée à la mort de Candale. Mais en voici bien d'autres:

ce Vanel qui a écrit les _Galanteries de la cour de France_ (édit. de

1695, p. 232) pense que «la marquise de Castellane fut cause de sa

mort, luy ayant donné de trop violentes marques de son amour lorsqu'il

passa par Avignon, où elle demeuroit ordinairement.» Croira-t-on Vanel

cette fois, lui qui, le plus souvent, mérite si peu qu'on le croie?

Desmaizeaux (édit. de Saint-Evremont de 1706) affirme qu'il mourut

«des suites d'une galanterie avec une dame célèbre dans ce temps-là

par sa beauté, et depuis par sa mort tragique». Ce seroit la marquise

de Ganges, si célèbre en effet. Guy-Patin, l'homme au nez fin, ne veut

pas chercher si loin (Lettre du 1er mars 1658): selon lui Candale est

mort «pourri d'une vieille gonorrhée».

Nous avons eu occasion de savoir ce que valoit la marquise de la

Beaume, nièce du maréchal de Villeroy; il faut lui pardonner quelque

chose, parcequ'elle semble avoir bien aimé Candale. Elle avoit les

plus admirables cheveux blonds du monde: elle se les coupa en signe de

deuil (Montpensier, t. 3, p. 400). Cette anecdote est partout; on ne

la raconte pas de la même façon partout. Quoi qu'il en soit,

l'infortuné Candale est mort bien jeune. Il avoit eu plus de bonnes

fortunes qu'un seul homme n'a raisonnablement le droit d'en espérer.

Le tragique n'y manqua pas toujours. C'est Chavagnac (_Mém._, t. 1, p.

210) qui le peint accourant au galop à Bordeaux pour y revoir, après

une longue absence, une amie fortement aimée: il la trouve morte,

étendue sur son lit, entre les mains des chirurgiens qui pratiquent

l'autopsie. Encore une fois, il faut lire Saint-Evremont pour l'amour

de Candale.

Candale, en 1649, avoit failli devenir le neveu de Mazarin. C'étoit

une affaire qui paroissoit arrangée (Omer Talon, collect. Michaud, p.

393; Motteville, collect. Petitot, t. 4, p. 356); mais Condé ne le

voulut pas permettre (Voy _l'Histoire de Condé_ de Pierre Coste): ce

fut Conti, le frère de Condé, ce à quoi Condé ne s'attendoit

certainement pas, qui épousa mademoiselle Martinozzi. Madame de

Motteville (t. 4, p. 78) prétend que Candale travailla à cette

conclusion. Cela étonne. Il étoit, du reste, très ardent pour le

ministre. En 1651, les Bordelais, moins enthousiastes, brûlèrent son

effigie (Voy. la _Relation de ce qui s'est passé à Bordeaux_, à la

prise de trois personnes qui ressembloient au cardinal Mazarin, au duc

d'Epernon et à la niepce Mancini). Le petit Tancrède de Rohan passoit

pour être de lui, dit Tallemant des Réaux (t. 3, p. 441). On dit que

les _Mémoires manuscrits du chanoine Favart_, de Reims, l'affirment.

Qu'est-ce que cela veut dire? Notre Candale est mort en 1658, à 31

ans, et Tancrède est né en 1630.

Nous ne voudrions pas paroître rien retrancher de ce qui atteste

l'estime des contemporains pour ce roi des galants à panaches. Madame

de Motteville (t. 4, p. 422) s'exprime sur son compte d'une façon bien

avantageuse: «Le duc de Candale, le premier de la cour en bonne mine,

en magnificences et en richesses, celui que tous les hommes envioient

et dont toutes les dames galantes souhaitoient de mériter l'estime, si

elles n'en pouvoient faire le trophée de leur gloire.»

Jamais les carrousels et les ballets ne perdirent un cavalier plus

magnifique et un danseur plus admirable. Les spectatrices ne perdoient

pas un geste du triomphateur. Dès 1648 (ballet du 23 janvier), madame

de Motteville fait son éloge. En 1656, au carrousel du Palais-Royal,

près le palais Brion, elle enregistre ses hauts faits; elle le peint

(t. 4, p. 371) à la tête de la troisième troupe, qui portoit les

couleurs vert et argent; elle cite sa devise: une massue avec ces

mots: «Elle peut même me placer parmi les astres»; elle vante «sa

belle taille, sa belle tête blonde». Mais où sont les neiges du

dernier hiver? Ah! Candale, si ce n'est quelques érudits, qui connoît

votre nom et quelle belle vous regrette?]

[Note 21: Assurément cette lettre est pleine de tristesse, et

madame d'Olonne ne put la lire sans peine.]

[Note 22: Nous n'en sommes pas quittes avec ce nom-là.]

[Note 23: Pour l'honneur de ces annotations, je dois déclarer que

tout ce que j'ai trouvé en fait de Mérille, c'est un jurisconsulte de

Troyes, né en 1579, mort en 1647. Ce n'est pas ce que je cherchois.]

[Note 24: Ceux qui s'imaginent que l'_Histoire amoureuse_ est un

livre ordurier seront bien étonnés en lisant toutes ces pages

délicates.]

[Note 25: Anne-Élisabeth de Rassan, «la belle Provençale», veuve

de M. de Castellane. Elle épousa le marquis de Ganges. On connoît son

effroyable histoire: ses deux beaux-frères, qui l'aimoient, ne pouvant

la séduire, la massacrèrent.

Ce nom de Castellane me rappelle une autre femme, dont il faut

respecter le souvenir: c'est Marcelle d'Altovitti-Castellane, qu'aima

et délaissa Guise, le petit-fils du Balafré. Elle mourut de douleur au

bout d'un an, après avoir écrit ces admirables vers:

Il s'en va, ce cruel vainqueur,

Il s'en va plein de gloire!

Il s'en va mesprisant mon coeur,

Sa plus noble victoire!

Et, malgré toute sa rigueur,

J'en garde la memoire.

Je m'imagine qu'il prendra

Quelque nouvelle amante;

Mais qu'il fasse ce qu'il voudra,

Je suis la plus galante.

Le coeur me dit qu'il reviendra:

C'est ce qui me contente.

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 95 / 108 题