_Si j'aimois le plaisir de la chair, je me plaindrois d'avoir été
trompée; mais, bien loin de m'en plaindre, j'ai de l'obligation à
votre foiblesse: elle est cause que, dans l'attente du plaisir que
vous ne m'avez pu donner, j'en ai goûté d'autres par imagination qui
ont duré plus long-temps que ceux que vous m'eussiez donnés si vous
eussiez été fait comme un autre homme. J'envoie maintenant savoir ce
que vous faites, et si vous avez pu gagner votre logis à pied; ce
n'est pas sans raison que je vous fais cette demande, car je n'ai
jamais vu un homme en si méchant état que celui où je vous laissai. Je
vous conseille de mettre ordre à vos affaires; avec plus de chaleur
naturelle que je ne vous en ai vu, vous ne sçauriez encore vivre
long-temps. En verité, Monsieur, vous me faites pitié, et, quelque
outrage que j'aie reçu de vous, je ne laisse pas de vous donner un bon
avis: fuyez Manicamp[60]. Si vous êtes sage, vous pourrez recouvrer
votre santé, mais restez quelque temps sans le voir. C'est assurément
de lui que vient votre foiblesse, car, pour moi, à qui mon miroir et
ma représentation ne mentent point, je ne crains pas qu'on me puisse
accuser, ni me faire reproche._
«À peine eus-je achevé de lire cette lettre que j'y fis cette réponse: