LETTRE.

_Je n'ai jamais senti une douleur si vive que celle que je sens

aujourd'hui, ma chère, parceque je ne vous ai point encore quittée

depuis que nous nous aimons; il n'y a que l'absence, et encore la

première absence de ce que l'on aime éperdument, qui puisse réduire au

pitoyable état où je suis. Si quelque chose pouvoit adoucir mon

chagrin, ma chère, ce seroit la créance que j'aurois que vous

souffrirez autant que moi. Ne trouvez pas mauvais que je vous souhaite

de la peine, puisque c'est une marque de notre amour. Adieu, ma chère,

croyez bien que je vous aime et que je vous aimerai toujours, car, si

une fois vous en étiez bien persuadée, il n'est pas possible que vous

ne m'aimiez toute votre vie._

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 39 / 108 题