BILLET.

_De peur que les faussaires ne me nuisent au jeu désagréablement, et

que vous ne vous mépreniez au caractère et au style, je vous ai voulu

faire connoître l'un et l'autre. Le dernier est plus difficile à

imiter, étant dicté par quelque chose qui est au dessus de leurs

sentimens._

La comtesse ayant lu ce billet: «Mon Dieu! lui dit-elle, que votre ami

est fou! J'ai bien peur qu'il ne se fasse, et à moi aussi, des

affaires dont nous n'avons pas besoin ni l'un ni l'autre.--Pourvu,

Madame, lui répondit Manicamp, que vous vous entendiez bien tous deux,

vous ne sçauriez avoir de méchantes affaires.--Mais, lui répondit la

comtesse, il ne sçauroit prendre avec moi un autre parti que celui

d'amant?--Non, Madame, répliqua-t-il, cela lui est impossible, et ce

qui vous le doit persuader, c'est qu'il revient à la charge après

avoir été battu; cette recherche marque en lui une furieuse nécessité

de vous aimer.» Comme ils alloient continuer cette conversation, il

entra du monde qui l'interrompit, et Manicamp, étant sorti, alla un

moment après conter à son ami ce qui venoit de se passer entre la

comtesse et lui. Le comte de Guiche, ne croyant pas que le billet

qu'il avoit écrit à la comtesse fût suffisant pour lui bien persuader

son amour, en écrivit un autre qui l'exprimât plus clairement, et il

en chargea Manicamp, qui, le lendemain, le portant à cette belle, le

perdit par les chemins, de sorte qu'il retourna sur ses pas dire au

comte de Guiche l'accident qui lui étoit arrivé. Celui-ci écrivit

cette lettre à la comtesse:

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 34 / 108 题