SARABANDE.

_Lorsque Jarzay[46], par un amour extrême

Qu'il a toujours pour son ami Flamand,

Sçut obliger la personne que j'aime

Au dur scellé qui cause mon tourment,

Lors je pensois, comme il pensoit lui-même,

Ne revoir ma Philis qu'au jour du jugement;

Mais ce n'étoit qu'un pur bannissement._

Cinq ou six mois s'étant passés, pendant lesquels le chevalier, trop

heureux de n'avoir plus son neveu sur les bras, avoit gouté auprès de

la comtesse le plaisir d'aimer seul, quelques amis du comte de Guiche

lui représentèrent qu'étant le plus beau garçon de la cour, il lui

étoit honteux de trouver une dame cruelle, et que le mauvais succès

qu'il avoit eu auprès de la comtesse lui avoit fait tort dans le

monde. Ces raisons lui firent résoudre de se rembarquer. Il revint

blessé de la campagne à la main droite; mais il y avoit déjà quelque

temps que sa blessure, quoique grande, ne l'empêchoit pas de se

promener, lorsqu'il rencontra la comtesse dans les Tuileries: il étoit

avec l'abbé Fouquet[47], ami particulier de cette dame, qui, croyant

leur faire plaisir, les engagea dans une conversation tête à tête et

les laissa seuls assez long-temps. Le comte ne parla point d'amour,

mais il fit des mines et jeta des regards qui ne parlèrent que trop à

la comtesse, qui en entendoit encore plus qu'il n'en vouloit dire.

Cette conversation finit par une foiblesse qui prit au comte de

Guiche, d'où le secours de la comtesse et de l'abbé le firent revenir.

Leurs opinions furent partagées sur la cause de cette foiblesse.

L'abbé l'attribua à la blessure du comte, et la comtesse à sa passion.

Il n'y a rien qu'une femme croie plus volontiers que d'être aimée,

parceque l'amour lui fait croire qu'on la doit aimer, et parcequ'on ne

se persuade pas malaisément ce que l'on désire. Ces raisons là firent

que la comtesse ne douta point de l'amour du comte de Guiche. Dans ce

temps-là madame d'Olonne, qui ne vouloit pas qu'un jeune homme si bien

fait lui échappât, pria Vineuil[48] de lui amener le comte de Guiche,

ce qu'il fit; mais, l'heure de ce cavalier n'étant pas encore venue,

il en sortit aussi libre qu'il y étoit entré. Il continua son dessein

pour la comtesse. Ses assiduités ayant renouvelé la jalousie du

chevalier, celui-ci voulut s'éclaircir de l'état auquel étoit son

neveu auprès de sa maîtresse, et, pour lui mieux ressembler, il

écrivit de la main gauche à cette belle un billet que voici:

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 32 / 108 题