Dumas, 1889), _Serge Panine_ (M. Ohnet, 1882); c’est le point de départ
des _Mères ennemies_ qui tournent ensuite aux «Haines de proches».
3--POUR UNE FEMME MARIÉE (double adultère):--_La princesse Georges_ et
_l’Étrangère_ (M. Dumas), _M. de Morat_ (M. Tarbé, 1887), _les Ménages
de Paris_ (M. Raymond, 1886).
4--DANS UN BUT DE BIGAMIE:--_Alcméons_ de Sophocle et d’Euripide.
5--POUR UNE JEUNE FILLE N’AIMANT PAS:--_Henri VIII_ de Shakespeare et
celui de St-Saëns, _Rosemonde_ d’Alfieri (combinaison de la présente et
de la précédente situation, car il y a aussi une simple rivalité de roi
et de sujet).
6--ÉPOUSE JALOUSÉE PAR UNE JEUNE FILLE ÉPRISE DE L’ÉPOUX:--_Stella_ de
Gœthe, _Dernier amour_ (M. Ohnet, 1890).
7--PAR UNE COURTISANE:--_Miss Fanfare_ (M. Ganderax, 1881; voir B 2),
_Proserpine_ (Vacquerie et St-Saëns, 1887), _La comtesse Frédégonde_ (M.
Amigues, 1887), _Myrane_ (M. Bergerat, 1890).
8--RIVALITÉ D’UNE FEMME LÉGITIME MAUVAISE ET D’UNE MAITRESSE
SYMPATHIQUE:--_C’est la loi_ (M. Cliquet, 1882).
C 1--MARI ANTIPATHIQUE SACRIFIÉ A UN SYMPATHIQUE ADULTÈRE:--_Angelo_,
_Le Nouveau Monde_ de Villiers de l’Isle-Adam, _Un Drôle_ (M. Yves
Guyot, 1889), _Le Mari_ (MM. Nus et Arnould, 1889).
2--UN MARI CRU PERDU ET OUBLIÉ POUR UN RIVAL:--_Rhadamiste et Zénobie_
de Crébillon, _Jacques Damour_ de Zola. La _Zénobie_ de Métastase, par
le fidèle amour gardé à son époux, forme un cas unique (!) parmi ces
innombrables drames sur les passions adultères.
3--UN MARI QUELCONQUE SACRIFIÉ A UN SYMPATHIQUE ADULTÈRE:--_Diane de
Lys_ (M. Dumas), _Tristan et Yseult_ de Wagner (avec atténuation en
«Folie» produite par un breuvage), _Françoise de Rimini_ (A. Thomas,
1882), _La Sérénade_ (Jean Jullien, 1887), l’_Age critique_ (M. Byl,
1890).--Même cas sans que l’adultère s’y commette:--_Sigurd_ (M. Reyer,
1885), _La Comtesse Sarah_ (1886).
4--UN MARI BON TROMPÉ POUR UN RIVAL MOINDRE:--l’_Aveu_ (Sarah Bernhardt,
1888), point de départ des _Quarts d’heure_ (Guiches et Lavedan, 1888),
si appréciés outre-Rhin, _Révoltée_ (M. Lemaître, 1889), _La maison des
2 Barbeaux_ (Theuriet, 1885).--Il n’y a pas adultère, mais préférence
dans la _Smilis_ d’Aicard (1884).
5--POUR UN RIVAL GROTESQUE:--_la Dot fatale_ de Massinger.
6--POUR UN RIVAL ODIEUX:--_Gerfaut_ (de Ch. de Bernard par M. Moreau,
1886).
7--POUR UN RIVAL QUELCONQUE PAR UNE FEMME PERVERSE:--_La femme de
Claude_ (M. Dumas), _Pot-Bouille_ (Zola, 1883).--Roman: _Mme Bovary_.
8--POUR UN RIVAL PLUS LAID MAIS UTILE: (avec faux soupçons comiques,
c’est-à-dire soupçons _crus_ ensuite faux):--_l’Échéance_ de Jean
Jullien (1889).
D 1--UN MARI TROMPÉ SE VENGE (drames sur le _crescendo_ des
soupçons):--_Le Médecin de son honneur_ et _A outrage secret vengeance
secrète_ de Calderon, _l’Affaire Clémenceau_ (M. Dumas).
2--SACRIFIER SA JALOUSIE A SA CAUSE (aboutit aux «Sacrifices à
l’Idéal»):--_Les Jacobites_ (M. Coppée, 1885), _Patrie_ (Paladilhe,
1886).--La sacrifier A LA PITIÉ:--_La famille d’Armelles_ (M. Marras,
1883).
E--UN MARI PERSÉCUTÉ PAR UN RIVAL REPOUSSÉ:--_Raoul de Créqui_ (M.
Dalayrac, 1889). C’est le symétrique de B 7 et cela s’achemine, de même,
vers «Adultère meurtrier».
XXVIe SITUATION
Crimes d’amour
(L’Épris--l’Aimé)
La seule tragique des Situations sur l’Amour,--sujet essentiellement
comique (voir XXVIIIe et XXIXe).
Nous relevons 8 espèces de crimes érotiques:
1º L’Onanisme; ce «vice solitaire» qui ne pousse point à agir ne fournit
que des silhouettes élégiaques, comme la légende de Narcisse, _Charlot
s’amuse_, ou grotesques (Aristophane, _passim_), à moins qu’on le prenne
pour occasion à étudier l’écroulement d’une volonté, au même titre que
nous avons eu l’ivrognerie, le jeu, etc. (XXIIe).
2º Le Viol n’est qu’un _acte_, comme le meurtre, généralement bref comme
lui, et point une Situation, tout au plus se rapproche-t-il de
«l’enlèvement». Ses conséquences mêmes, pour qui le perpétra, ainsi que
celles de:
3º La Prostitution et de ses succédanés, la galanterie, le juanisme
(répétitions d’_actes_), ne deviennent dramatiques que poursuivies,
TRAQUÉES par un châtiment, ce qui appartient à la Ve Situation.
Toutefois, si l’impunité est acquise, le goût des Viols et de la
Prostitution tourne aussi à la XXIIe.
4º L’Adultère,--dont le caractère de larcin a donné lieu aux Situations
spéciales que nous avons étudiées.
5º L’Inceste se divise en deux directions principales. Il s’exerce sur
la ligne ascendante-descendante, et alors, s’il remonte (nuance A),
implique un sentiment d’impiété; s’il descend (nuance B), il présente un
abus d’autorité analogue à celui que nous retrouverons dans la 8e espèce
des Crimes d’Amour. Enfin il se produit encore sur la ligne en quelque
sorte horizontale, entre consanguins ou entre parents par alliance
(nuance C).
A 1--UN FILS AIME D’AMOUR SA MÈRE:--_Sémiramis_ de Crébillon; pour
expliquer ce cas et en atténuer l’effet, l’auteur a d’abord usé de la
XVIIIe (Involontaire crime d’amour).
2--UNE FILLE AIME D’AMOUR SON PÈRE:--_Myrrha_ d’Alfieri, de laquelle la
psychologie est décalquée d’après _Phèdre_.
3--UN PÈRE VIOLENTE SA FILLE:--_Les Cenci_ de Shelley; le conte de _Peau
d’âne_ (arrêté à l’intention).
B 1--UNE FEMME AIME D’AMOUR SON BEAU-FILS:--_Iobate_ de Sophocle et
_Sthénobée_ d’Euripide, _Phèdres_ de Sophocle et de Racine, _Hippolytes_
d’Euripide et de Sénèque.--Dans aucun des cas d’inceste qui précèdent,
il n’y a, comme on voit, réciprocité de désirs; tandis que la passion,
de solitaire, devient partagée, et que le crime, inconscient du moins
d’une part dans _Myrrha_, s’accomplit librement dans:
2--UNE FEMME ET SON BEAU-FILS S’AIMENT D’AMOUR:--_Renée_ de Zola (tirée
de son roman la _Curée_, dont se rapprocherait la passion presque
incestueuse du _Dr Pascal_).--Platoniquement cette donnée B 2 est celle
du _Philippe II_ d’Alfieri et du _don Carlos_ de Schiller.
3--UNE FEMME EST A LA FOIS LA MAITRESSE DU PÈRE ET DU FILS, QUI TOUS
DEUX ACCEPTENT CE PARTAGE:--_L’École des veufs_ (M. Ancey, 1889).
C 1--UN HOMME EST L’AMANT DE SA BELLE-SŒUR:--_La Sang-Brulé_ (M.
Bouvier, 1885).
2--UN FRÈRE ET UNE SŒUR S’AIMENT D’AMOUR:--_Éole_ d’Euripide et _C’est
dommage qu’elle soit une putain_, le chef-d’œuvre de Ford.
Après ces œuvres, c’est donc plus que des glanages, c’est une ample
moisson qui reste sur pied. On poussera jusqu’à la complicité des deux
parties la sous-nuance A 1 (telle se narre l’histoire de Néron et
d’Agrippine dans Suétone); un exemple fragmentaire, analogue, existe
d’ailleurs pour A 2, dans ce début de sinistre majesté du _Périclès_ de
Shakespeare. On renversera le sujet B 1: alors on verra le beau-fils
épris, sans obtenir réciprocité, de la femme de son père; cas, certes,
tout aussi commun. Au contraire on supprimera la complicité dans B 3,
dans C 1, dans C 2, en ne laissant plus subsister la passion criminelle
que chez un seul des personnages. On renversera A 1, et l’on aura «Une
mère éprise de son fils», comme dans _la Faenza_ de Moréas. Sans aller
jusqu’à l’acte criminel, l’étude des simples tentatives ou des désirs
mieux ou pis contenus a fourni de subtils chapitres, en ces psychologies
de grandes dames du XVIIe siècle où se complut Victor Cousin.
Restera enfin à entrelacer chacune de ces cordes de l’inceste à l’une
des 7 autres espèces des crimes d’amour: sous la forme de l’ignorance,
cette 5e et la 6e espèces fusionnent dans un des épisodes de _Daphnis et
Chloé_.--Ajoutez l’appoint habituel de rivalités, d’adultères, les
meurtres, etc., etc.
6º L’Unisexualité avec ses deux sens, les branches pédérastie et
tribadisme:
D 1--UN HOMME AIME D’AMOUR UN AUTRE HOMME QUI CÈDE:--Ex. roman.:
_Vautrin_. Ex. dramatiques: _Laïus_ d’Eschyle, _Chrysippe_ d’Euripide.
Cette dernière tragédie paraît avoir été une des plus belles, la plus
émouvante peut-être, de l’antiquité. Trois situations s’y superposaient
avec un rare bonheur: Laïus avait conçu, comme disent les professeurs,
une passion criminelle et, de plus, adultère pour le jeune Chrysippe; de
là sans doute quelque épithalame aussi terrible que celui de Ford: ne
fallait-il pas faire parler le premier homme qui sur terre ait ressenti
de pareils désirs, ait osé les exprimer et les assouvir? ne fallait-il
pas que ce qu’il dit expliquât le chancellement, la chute de Chrysippe?
Alors éclatait la plus indignée, la plus impitoyable jalousie chez
Hippodamie, femme de Laïus. On la voyait exciter, contre Chrysippe,
l’envie ancienne des deux frères du jeune homme, une envie du genre de
celle qui arma les fils de Jacob contre Joseph, mais une envie qui se
révélait étrangement menaçante au seul énoncé des noms de ces deux
frères: Atrée et Thyeste! Le fratricide s’accomplissait, à la joie
affreuse d’Hippodamie. Laïus en apprenait les détails de la bouche
expirante de Chrysippe lui-même. Et, dans quelque prédiction,--de
Tirésias sans doute, jeune alors et non privé de la vue--s’ouvrait le
destin des deux familles tragiques par excellence, des Labdacides et des
Atrides, aux crimes inaugurés là et dont devait vivre toute la légende
grecque, inspiratrice des littératures à jamais!
La branche tribadique, saphique, dont la fragmentation en petits
cotterets de nouvelles a du moins chauffé le foyer, par l’hiver de ce
siècle, d’un de nos poètes, ne s’est pas étendue sur la scène: seul, M.
Mourey le tenta, mais en vain, dans son _Lawn-tennis_. On peut objecter
à une telle entreprise (et ce serait pourquoi le Drame, du temps de la
liberté, n’y aurait point songé) que ce vice n’a pas le grandiose
horrible de son congénère; lâche, fade, cette mauvaise et suprême
habitude de filles usées ou mal venues n’offre pas au poète tragique
l’égarement brutal, absurde, mais fait de jeunesse barbare et de
puissance, qui se voit dans la passion criminelle des âges héroïques.
7º La Bestialité, ou amour pour un être en dehors de l’espèce humaine;
peinte en général comme un vice, elle n’est pas théâtrale. Toutefois en:
E--UNE FEMME ÉPRISE D’UN TAUREAU:--_Les Crétois_, d’Euripide, semblent
avoir révélé les émotions, après tout concevables, de cette _Ultima
Thule_ de l’affolement sexuel. Mieux qu’ailleurs, évidemment, le
caractère mystérieux d’illogisme, de mysticité dans les sens, de démence
aux allures normales qu’a la passion criminelle, ce frisson de fatalisme
que ses victimes communiquent, a eu l’occasion d’être transporté là, en
sa nudité formidable et triste.
8º L’Abus des enfants mineurs emprunte un peu aux 7 autres espèces de
leurs signes. Pourtant, ce sujet, si moderne, si anglais, deviendrait,
entre des mains habiles, très pathétique: la lecture de la _Pall Mall
Gazette_ nous l’a fait pressentir.
XXVIIe SITUATION
Apprendre le déshonneur d’un être aimé
(Celui qui l’apprend--le Coupable)
Presque aussitôt il en résulte une lutte psychologique, pareille à celle
de la XXIIe (sacrifier les siens), mais sans l’attrait d’un haut Idéal:
il est remplacé, dans la nouvelle action, par le fouet de la honte.
A 1--DÉCOUVRIR LA HONTE DE SA MÈRE:--_Mme Caverlet_ d’Augier, _Odette_,
_Georgette_ (M. Sardou, 1881, 1885), _les Quarts d’heure_ (2e partie,
MM. Guiches et Lavedan, 1888). Cette triste abolition du meilleur des
respects chez l’enfant se colore, en ces ouvrages, des terreurs de la
mère, de ses rougeurs, et de ses remords devant les conséquences du
passé; par ce dernier point, l’action aboutit à la XXXIVe (Remords).
2--DÉCOUVRIR LA HONTE DE SON PÈRE:--_Vieille histoire_ (Jean Jullien,
1891).
3--DÉCOUVRIR LE LE DÉSHONNEUR DE SA FILLE:--partie de la _Fille du
Député_ (M. Morel, 1881).
B 1--DÉCOUVRIR UN DÉSHONNEUR DANS LA FAMILLE DE SA FIANCÉE:--_L’Absente_
(M. Villemer, 1889). Ces délicatesses de romance, dont le tragique,
bénin, consiste, à retarder une signature de contrat, conviennent
également à la pseudo-Situation XXIX (Amours empêchées); déjà A 1 et A 2
en exhalaient la fadeur.
2--APPRENDRE QUE SA FEMME FUT, AVANT LE MARIAGE, VIOLÉE:--_Le Secret de
Gilberte_ (M. Massiac, 1890); qu’elle le fut _depuis_ le
mariage:--_Flore de Frileuse_ (M. Bergerat, avec dénouement «comique»,
grâce à un quiproquo).
3--QU’ELLE COMMIT JADIS UNE FAUTE:--_Le Prince Zilah_ (M. Claretie,
1885) et un peu _Denise_ (M. Dumas). Ex. ordinaires: les mariages par
agences.
4--APPRENDRE QUE SA FEMME A ÉTÉ UNE FILLE:--_Léna_ (M. Berton et Mme Van
Velde, 1886);--QUE SA MAITRESSE A ÉTÉ UNE FILLE:--_Marion Delorme_. La
même donnée, au point de vue du Remords (XXXIVe), est dans la
_Madeleine_ de Zola.
5--APPRENDRE QUE SON AMANT A FORFAIT A L’HONNEUR. Cela aussi confine à
la XXXIVe:--_Chamillac_ (Feuillet, 1886), _le Crocodile_ (M. Sardou,
1886).
6--APPRENDRE QUE SA MAITRESSE, ANCIENNE FILLE, REPREND SA VIE
D’AUTREFOIS (avec circonstances atténuantes):--_La Dame aux Camélias_
(M. Dumas); partie de _Manon Lescaut_. Sans l’habileté féminine, ne
serait-ce pas le cours normal de toutes les bonnes fortunes?
7--APPRENDRE QUE SON AMANT EST UN MISÉRABLE OU QUE SA MAITRESSE EST UNE
FILLE:--_M. Alphonse_ (M. Dumas), _Mensonges_ (M. Bourget, 1889).
Puisque les liaisons seraient éternelles si on ne les rompait jamais
(remarque de M. la Palice) et que, toujours, les deux amants, _lesquels
se connaissent certainement bien_, donnent pour raison de leur rupture
le titre de la présente sous-nuance, la conclusion est aussi facile à
tirer que peu flatteuse pour le cher genre humain.
8--MÊME DÉCOUVERTE AU SUJET DE SA FEMME:--_Le Mariage d’Olympe_
(Augier).
C--DÉCOUVRIR QUE SON FILS EST UN ASSASSIN:--_Werner_ de Byron, _la
Policière_ (M. de Montépin, 1889). Cette surprise se décuple dans les
parricides. On peut développer à l’infini la nuance C.
D pourrait figurer une Situation distincte: il y a non seulement
découverte, mais devoir d’exercer soi-même le châtiment; cette Situation
servirait d’intermédiaire entre la XXIIe (Sacrifier les siens) et la
XXVIIe que nous étudions, et qui s’arrêterait, alors, après la nuance C.
1--DEVOIR PUNIR SON FILS TRAITRE A LA PATRIE:--_Brutus_ de Voltaire,
_Brutus I_ d’Alfieri.
2--DEVOIR PUNIR SON FILS CONDAMNÉ AUX TERMES DE LA LOI QUE LE PÈRE
ÉDICTA POUR TOUS:--_L’Inflexible_ (M. Parodi, 1884).
3--DEVOIR FRAPPER SON FILS CRU COUPABLE:--_Le Régiment_ (M. Mary, 1890),
_l’As de Trèfle_ (M. Decourcelle, 1883). Se rapproche de la XXXIIIe
(Erreur judiciaire).
4--DEVOIR FRAPPER, A LA SUITE D’UN SERMENT TYRANNICIDE, SON PÈRE
JUSQUE-LA INCONNU. Ce serment imprudent nous mène un moment auprès de la
XXIIIe (Sacrifier les siens) et de la XVIIe (Imprudence), et dans un
autre moment l’acte de «frapper un parent inconnu» évoque aussi la
XIXe:--_Severo Torelli_ (M. Coppée, 1883).
5--DEVOIR PUNIR SON FRÈRE ASSASSIN:--_Casse-Museau_ (M. Marot, 1881). De
cette Situation, le parent justicier n’échappe un instant que pour
tomber en D 3; il revient donc, résigné, en D 5.
XXVIIIe SITUATION
Amours empêchées
(1er Amant--2e Amant--l’Obstacle)
A 1--MARIAGE EMPÊCHÉ PAR INÉGALITÉ DE RANGS:--_Nitétis_ et _le Héros
chinois_ de Métastase, _Le Prince Soleil_ (M. Vasseur, 1889). Donnée
philosopho-sentimentale d’une quantité d’œuvres du XVIIIe siècle
(_Nanine_, etc.), dans lesquelles invariablement un seigneur s’éprend
d’une vilaine. Chez George Sand, au contraire, ce ne sont que dames
férues de leurs inférieurs: littérature qui occasionna du moins beaucoup
de galantes aventures aux «larbins» de notre siècle. L’adjonction d’un
petit obstacle de plus,--le lien conjugal,--fournit prétexte à
l’intrigue réelle de _Ruy Blas_.
2--MARIAGE EMPÊCHÉ PAR INÉGALITÉ DE FORTUNES:--_Myrtille_ (1885) et un
peu _l’Ami Fritz_ d’Erckmann-Chatrian, _l’Abbé Constantin_ (M. Halévy,
1887), même l’action du _Rêve_ (de Zola, par Bruneau, 1890) et du roman
«Le Bonheur des Dames»,--pour ne citer que les ouvrages estimables et
pour taire la foule de livrets-Scribe et d’Histoires de Jeunes Hommes
pauvres, Dames Blanches, etc., où de vertigineuses additions et
soustractions bruissent aux oreilles, jusqu’à la multiplication
inattendue, _dea ex machina_, qui égalise soudain les deux termes du
problème, les deux fortunes en scène, dans le plus admirable et
symétrique alignement de zéros parallèles,--précédés, ô bonheur! ô
ivresse! d’un côté comme de l’autre, par deux chiffres identiques!
Il faut bien reconnaître que ces inégalités sociales et conventionnelles
sont de puérils détails et que, si nos amoureux ont un peu de cœur et de
sincérité, ils en triompheront sans peine: il leur suffira de laisser là
titres et écus et d’aller, dans un pays neuf et sous d’autres noms,
recommencer, d’un courageux et commun accord, leurs destinées. Si, au
lieu de pareilles bagatelles, on nous avait seulement décrit une fois
ces obstacles autrement sérieux de l’inégalité des âges, des forces, des
goûts, dont les exemples sont en même temps beaucoup plus communs!
Ils le sont même tellement qu’on en pourrait établir une théorie: le
premier amour, le premier tiers de la vie amoureuse (20 ans), cherchant
pour objet l’égalité du rang et la supériorité de l’âge (c’est un fait
reconnu de ceux qui ont étudié le cas des filles-mères); le deuxième
amour et, en général, la deuxième période de la vie amoureuse (30 ans),
s’adressant, l’audace étant accrue, à des supérieurs en rang, mais égaux
par l’âge; et enfin, le troisième amour, et, d’une façon plus générale,
la troisième période de la vie sentimentale, allant de préférence à des
inférieurs sociaux moins âgés. Rien n’empêche, naturellement, de
subdiviser.
B--MARIAGE EMPÊCHÉ PAR DES ENNEMIS ET DES OBSTACLES ÉVENTUELS:--_Sieba_
(M. Manzotti, 1883); toutes les féeries, depuis le _Zéim_ de Gozzi, sans
compter le reste, hélas! En somme, ici s’adapte,--selon les désirs d’un
public en état de viduité supportée sans constance,--le procédé du
steeple-chase: mais ce n’est pas de plusieurs montures et cavaliers
rivaux qu’il se compose; il n’y a, dans la course, qu’un seul couple
d’engagé, en vue d’aboutir, au lieu du but éclatant, à... la culbute que
l’on sait.
C--MARIAGE EMPÊCHÉ PAR LA DESTINATION DE LA JEUNE FILLE A UN AUTRE:--_Le
Roi Pasteur_ de Métastase, et je ne sais combien de pièces encore. Les
amants mourront d’être séparés, nous assurent-ils. On ne les voit même
pas commencer, mais le spectateur est assez bon pour les toujours croire
sur parole; les feux, les _braises_ (selon le langage plus exact du
grand siècle), et autres phénomènes nerveux, ne laissent pas, dans leurs
descriptions d’hypocondriaques, que d’offrir quelque intérêt,... pas
trop longtemps toutefois.
D--AMOURS D’UN MÉNAGE EMPÊCHÉES PAR DES BEAUX-PARENTS:--_Le Roman
d’Élise_ (M. Richard, 1885).
E--AMOURS...
Ça voyons! que faisons-nous, co-spectateurs, en cette salle, devant une
telle prétendue situation? Voici que ces jeunes gens s’embrassent comme
du pain, et qu’ils dessinent toutes sortes d’attitudes, de pure
convention théâtrale, et, probablement, symboliques d’autres attitudes,
qu’ils désireraient prendre dans le plus bref délai. Allons-nous-en...
Quoi vous retient ici?... Comment, Madame, vous vous raidissez dans
votre fauteuil, toute excitée par la gesticulation du jeune premier? eh
bien, mais... et son amie qui est là, ne vous souvenez-vous plus que
c’est elle qu’il désire? ou jouent-ils donc tous deux si mal, leur
dialogue a-t-il donc si peu de naturel que vous oubliiez l’histoire et
croyiez entendre un monologue, une déclaration,--à vous s’adressant
peut-être?... Bon! et voilà Monsieur à présent, lèvre pendante, les yeux
jaillissant dans sa jumelle, et, avec avidité, suivant les remous
intérieurs au corset de l’actrice! dites donc, brave homme, m’est avis
qu’un autre est prêt à passer avant vous? Au moins, soyez logique, que
diable! Sautez sur la scène, cassez-moi les reins de ce bellâtre, et
prenez sa place!...
Lamentable retour à la promiscuité, dans ces salles surchauffées comme
des lupanars et que le prêtre a presque raison de condamner! Se
réunit-on ici pour approfondir la chorestique de l’amour? Ouvrez
franchement, en ce cas, de grandes écoles de courtisanes... Est-ce pour
les bénéfices du trottoir, tout à l’heure, qu’on prépare ici le
public?... De l’air! de l’air!
O souffle vivifiant et orageux du drame dionysien! Eschyle, où es-tu,
toi qui aurais rougi de représenter de l’amour autre chose, dans tes
œuvres, que les crimes et les infamies? Ne voyons-nous pas encore quelle
hauteur ont ces chastes sommets de l’art moderne: _Macbeth_ et
_Athalie_!
... Mais quoi? s’indigner?... Oh! que non! Mon attention revenant de ces
cimes sur la scène actuelle, je ne me sens plus accablé. Et j’éclate
d’un bon rire!... Ces personnages-ci? mais ce sont des fantoches de
comédie,--simplement! Et les peines de leurs maladroits auteurs à les
vouloir renfrogner en dépit de leur nature font une excellente charge!
Dans des mains autrement intelligentes, est-ce que les meilleurs de nos
drames où l’amour avait quelque importance (sans encore avoir la
première, comme dans cette XXVIIIe) ne retournaient pas, d’eux-mêmes,
logiquement, à l’indulgence du sourire? _Le Cid_ qui en est le type
classique est une tragi-comédie, et dans _Roméo et Juliette_ tous les
personnages ambiants sont franchement comiques.
Cependant, notre dramaturgie aveugle essouffle ses gravités en ce rythme
équivoque, avec obstination: que la pièce traite de sociologie, de
politique, de religion, des procédés de la peinture, du titre des
successions, de l’exploitation des mines, de l’invention d’un fusil, de
la découverte d’un produit chimique, de quoi que ce soit... il y faut
une histoire d’amour! nous n’y échapperons pas!... En vérité, c’est à
faire rire et à énerver, à la façon d’un chatouillement à la plante des
pieds: comment! savants, révolutionnaires, poètes, généraux, prêtres, ne
se présentent à nous que pour, immédiatement, se mettre en devoir de
faire la bête à deux dos! Mais c’est du délire! Et encore veut-on nous
faire prendre cette _scie_ au sérieux!...
Oui-dà. Et c’est le théâtre actuel.
Seul, à mon avis, M. de Chirac en a été le fils courageusement
logique,--quoique réprouvé,--la société, semblable aux vieilles
coquettes, réservant toujours quelques péchés secrets et ne craignant
rien à l’égal de la nudité, qui mettrait à néant la légende de ses
imaginaires appâts vicieux, voilés, laisse-t-elle volontiers croire,
sous son hypocrisie.
... Quel grotesque aspect aura notre ithyphallie, une fois figée dans
l’histoire, quand nous serons enfin revenus à l’antique bon sens!
XXIXe SITUATION
Aimer ennemi
(L’Ennemi aimé--Celui qui l’aime--Celui qui le hait)
A--L’AIMÉ EST HAÏ PAR LES PROCHES DE QUI L’AIME:--J’y absorberais
volontiers la Situation précédente.--1, L’AIMÉ EST POURSUIVI PAR LES
FRÈRES DE CELLE QUI L’AIME:--_La Duchesse d’Amalfi_ de Webster, le _Cœur
brisé_ de Ford.
2--IL EST HAÏ PAR LA FAMILLE DE CELLE QUI L’AIME:--_L’histoire de
Yayati_ de Roudra dêva (c’est la vraie couleur indigène de ces rivalités
indoues où la jalousie n’a presque rien à voir), _la Victoire de
Pradyoumna_ par Samara dikchita, _Caton_ de Métastase, _la Grande
Marnière_ (M. Ohnet, 1888).
3--L’AIMÉ EST FILS D’UN HOMME HAÏ PAR LES PARENTS DE CELLE QUI
AIME:--_La Taverne des Trabans_ (1881) et _Les Rantzau_ (1882)
d’Erckmann-Chatrian.
4--L’AIMÉ EST L’ENNEMI DU PARTI DE CELLE QUI AIME:--_Madhouranirouddha_
de Vira le contemporain de Corneille, _les Scythes_ de Voltaire,
_Almanzor_ d’Henri Heine, _Lakmé_ (Delibes, 1888), _les Carbonari_ (M.
Nô, 1882), _Madame Thérèse_ (Erckmann-Chatrian, 1882), _Lydie_ (M.
Miral, 1882).
B 1--L’AIMÉ EST LE MEURTRIER DU PÈRE DE CELLE QUI AIME:--_Le Cid_ (et
l’opéra qui en est issu), _Olympie_ de Voltaire.
2--L’AIMÉE EST LA MEURTRIÈRE DU PÈRE DE CELUI QUI AIME:--_Mademoiselle
de Bressier_ (M. Delpit, 1887).
3--L’AIMÉE EST LA MEURTRIÈRE DU FRÈRE DE CELUI QUI AIME:--_La Reine
Fiammette_ (M. Mendès, 1889).