(8 MAI)
[Illustration: Statue de Jeanne-d'Arc, à Orléans.]
Ce fut, comme on sait, le 8 mai 1429 que Jeanne d'Arc obligea les
Anglais à lever le siège d'Orléans; depuis ce jour, le souvenir de
l'héroïque jeune fille est resté, chez les Orléanais, entouré d'un
religieux prestige.
On voyait autrefois sur l'ancien pont d'Orléans, à l'angle de la rue de
la Vieille-Poterie et de la rue Royale, un groupe représentant Charles
VII et Jeanne d'Arc agenouillés devant Notre-Dame-de-Pitié. Ce monument
passa par bien des vicissitudes; en 1567, lors des troubles religieux,
il subit des mutilations qui furent réparées ensuite. Plus tard, la
démolition de l'ancien pont ayant obligé de l'enlever, on le déposa à
l'Hôtel-de-Ville, où il resta jusqu'en 1771. A cette époque, un M.
Desfriches obtint, à force de sollicitations, qu'il fût réédifié. Mais,
quelques années après, en 1792, on le brisa pour en fondre des canons.
Dans une délibération du 50 frimaire an XI, le conseil municipal
d'Orléans arrêta qu'une souscription serait ouverte en vue d'ériger un
nouveau monument à Jeanne d'Arc.--Chaptal, ministre de l'intérieur,
proposa, dans un rapport du 2 floréal même année(1805), le
rétablissement de l'anniversaire du 8 mai; et Napoléon, alors premier
consul, apostilla en ces termes la délibération du conseil municipal
d'Orléans:
«Ecrire au maire d'Orléans, M. Crignon-Desormeaux, que cette
délibération m'est très-agréable.
«L'illustre Jeanne d'Arc a prouvé qu'il n'est pas de miracle que le
génie français ne puisse produire, dans les circonstances ou
l'indépendance nationale est menacée.
«Unie, la nation française n'a jamais été vaincue; mais nos voisins,
plus calculateurs et plus adroits, abusant de la franchise et de la
loyauté de notre caractère, semèrent constamment parmi nous ces
dissensions d'où naquirent les calamités de cette époque et tous les
désastres que rappelle notre histoire.»
La fête, vraiment patriotique du 8 mai fut donc réinstituée en 1805; et
dans cette fête on inaugura une statue provisoire de Jeanne d'Arc,
exactement semblable à celle que le conseil municipal venait de voter.
Le monument définitif, qu'on peut voir aujourd'hui au centre de la place
du Martroi (quartier Vert), et que notre gravure représente, ne fut
érigé qu'en 1805. C'est une statue en bronze, de huit pieds, due au
talent de M. Gois. Elle repose sur un piédestal de neuf pieds de haut
sur quatre de large, revêtu de marbres d'une beauté remarquable, et orné
de bas-reliefs dont les sujets sont empruntés à la vie de la religieuse
héroïne.
Le quatre cent quatorzième anniversaire de la délivrance d'Orléans a été
célébré lundi dernier, 8 mai.
Voici à peu près le programme annuel de cette cérémonie: Le jour de la
fête, la cloche du beffroi sonne, de quart d'heure en quart d'heure,
depuis le lever du soleil jusqu à la rentrée du cortège dont nous allons
parler. A neuf heures du matin, le corps municipal, les diverses
corporations et les fonctionnaires civils et militaires se réunissent à
la cathédrale, où un orateur agréé par l'évêque prononce le panégyrique
de Jeanne d'Arc. Après la cérémonie religieuse, le cortège va faire une
station sur l'ancienne place des Tourelles, illustrée par les exploits
de Jeanne d'Arc. Une salve d'artillerie annonce ensuite le retour du
cortège, qui rentre à la cathédrale, pour entendre un _Te Deum_
solennel.
Maintenant, grâce aux chemins de fer qui viennent d'être inaugurés la
semaine dernière, on peut visiter dans la même journée le théâtre du
triomphe et celui du martyre de la Pucelle d'Orléans.