[Illustration: Décédé le 16 février 1843.]
Théodore Colocotroni est mort le 16 février dernier dans la ville
d'Athènes, d'une attaque d'apoplexie, à l'âge de 74 ans.
La gravure ci-jointe, dont le dessin a été fait par un artiste récemment
arrivé d'Athènes, représente le célèbre général grec, tel qu'il était
exposé aux regards de la foule, avec son uniforme et ses décorations, la
veille de ses funérailles.
Avant la révolution grecque, Theodore Colocotroni s'était acquis une
grande réputation comme chef de partisans, nous pourrions presque dire
comme chef de bandits. Il se faisait remarquer surtout par son audace,
par son courage et par sa cruauté. Forcé de s'exiler, il prit tour à
tour du service dans les armées de la Russie et de l'Angleterre. Au
moment où la révolution grecque éclata, c'est-à-dire au mois d'avril
1821 il habitait les îles Ioniennes, où il exerçait la profession de
boucher. A peine la nouvelle de l'insurrection lui fut parvenue, il
s'embarqua, passa en Morée et il devint bientôt un des chefs principaux
de l'armée révolutionnaire. Aussi habile que brave, il sut se défendre
avec succès contre toute» les attaques des ennemis de sa patrie, jusqu'à
la bataille de Navarin. Mais l'indépendance de la Grèce proclamée, il se
montra l'un des ennemis les plus violents du roi Othon et du
gouvernement établi par les puissances alliées. Accusé du crime de haute
trahison, il fut condamne à mort. D'abord le jeune roi commua sa peine
en un emprisonnement perpétuel; puis il lui accorda un pardon complet et
il lui rendit ses grades, ses honneurs et ses propriétés Le jour de ses
funérailles. Colocotroni a été conduit à sa dernière demeure par la
population d'Athènes. Les troupes de la garnison, les dignitaires de
l'État les représentants des grandes puissances assistaient à cette
cérémonie. A ce moment suprême chacun oubliait les fautes de l'homme
dont on allait confier à la terre la dépouille mortelle, pour ne se
rappeler que les eminents services qu'il avait rendus à son pays.