revêtues du nom respectable de traités, n'étaient que des escamotages du
bien d'autrui. C'est vrai qu'au lieu de faire mourir les Indiens en
aussi grand nombre qu'elle aurait voulu, par le jeûne absolu, elle avait
établi au milieu d'eux des espèces d'agences apparemment chargées de les
faire disparaître plus lentement par le lard rouillé, pourri, le _bacon_
immangeable par la maigreur, et par la dispensation tant large que
possible de tous les maux vénériens, en plongeant les femmes et les
filles indiennes, autour de ses forts, dans une démoralisation
impossible à décrire. Tout cela, c'est vrai. Mais toujours est-il que la
Puissance avait reconnu les Indiens d'une manière quelconque; elle avait
laissé aux chefs presque leurs positions, une sorte de paix et jusqu'à
un certain point la considération de leurs tribus.
Aux Métis, rien! en 1872, durant les traités indiens au lac Qu'appelle,
les Métis rappelèrent au lieutenant-gouverneur de la Puissance leur
droits; ils représentèrent que leurs droits dans le Nord-Ouest n'étaient
pas inférieurs à ceux des Sauvages; et qu'ils ne pouvaient pas laisser
aller leur pays aussi. L'autre répondit que la Puissance traiterait avec
les Métis quand elle aurait fini de traiter avec les Indiens. Avoir
réglé avec les Métis, alors, la Puissance savait ce qu'elle avait à leur
payer. Et les Sauvages en auraient peut-être demandé plus qu'elle ne
voulait donner. Tandis qu'en traitant avec les Indiens les premiers,
elle pouvait les aveugler à son goût et profiter de leur ignorance, et
pendant tout ce temps-là, elle espérait que l'émigration deviendrait
assez nombreuse, prendrait le dessus, et qu'alors elle pourrait dire:
«Tenez, voilà tout. Je ne vous dois plus rien.»
Dans cette même année de 1872, la Puissance mit à part, pour les Métis
du Manitoba le septième des terres qui leur avaient été octroyées. Et
elle leur en fit une certaine distribution, en disant à ceux du
Nord-Ouest: «Attendez, vous en aurez autant.» Cinq années passèrent à
patienter.
En 1877, les pétitions métisses du Territoire commencèrent à frapper à
la porte des bureaux d'Ottawa. Dans l'automne de 1878,