Quand la Puissance se présenta à nos portes, elle nous trouva donc dans
le calme. Elle trouva dans le Nord-Ouest non seulement le peuple Métis
en bonne condition de vivre sans elle, comme je l'ai montré dans le
cours de cet article, mais le peuple Métis avec un gouvernement à lui,
libre, en paix, et fonctionnant, faisant à son compte, l'oeuvre de la
civilisation que la compagnie et l'Angleterre n'eussent pas pu faire
sans des milliers d'hommes de troupes! un gouvernement de constitution
définie, et dont la juridiction était d'autant plus légitime et à
respecter qu'elle s'exerçait sur un sol qui lui appartenait.
Qu'a fait la Puissance? Elle a mis la main sur le pays des Métis comme
sur le sien. De ce seul coup, elle a donné preuve que son plan est de
les frustrer de leur avenir. Elle a mis en jeu même leur condition
présente. Car non seulement elle a fait partir le sol de dessous leurs
pieds, mais elle leur en ôte l'usufruit. Ainsi privé de son point
d'appui dans le monde, au début de son existence, l'élément métis est
dans une position bien plus triste que la classe même indigente parmi
les émigrants. Tout pauvres que bien des émigrants puissent être, par le
fait même qu'ils ont été élevés au sein d'une civilisation mûrie, ils
arrivent au Nord-Ouest avec une dote morale précieuse en habitudes
d'économie, avec une dote morale d'arts et d'aptitudes excellente. Ils
sont riches en moyens de gagner leur vie. Une société prospère par la
jouissance de plus ou moins complète de son Territoire en a fait des
hommes industrieux.
Mais les Métis, au début de leur carrière, comme ils le sont
aujourd'hui, n'ont pas encore fait ces progrès. Et leur ôter leur pays,
c'est démoraliser les forces de leur caractère; en les réduisant à
lutter péniblement pour chaque bouchée de nourriture, c'est leur ôter le
moyen de faire ces progrès. Qu'on y fasse attention. Et l'on reconnaîtra
que chaque nation, chaque tribu à l'état de vie même le plus primitif a
des biens que son pays lui fournit en abondance, sans qu'elle ait
beaucoup à travailler pour les convertir en articles de subsistance.
Dieu qui est leur Père, les dote ainsi, d'abord parce qu'il est bon, et
puis parce qu'il veut que la reconnaissance de tous les hommes s'élève à
Lui. Enfin il entre dans ces desseins de charité que