ne supportait pas d'émoluments, s'organisait partout où s'agglomérait
une caravane assez considérable, et cessait d'exister avec elle;
s'organisait pareillement dans tout établissement métis où une assez
grande diversité d'intérêts tendait à engendrer des difficultés, où il y
avait des dangers à conjurer, des hostilités à repousser. Les
établissements métis étaient les jalons de la civilisation future. Et
leurs places sont si bien choisies, qu'elles deviennent partout des
centres sur lesquels l'émigration s'appuie, pour coloniser et s'étendre
dans toutes les directions.
Les lois de la Prairie suivaient les Métis comme les règlements des
mines suivent les mineurs dans leurs exploitations.
La Compagnie de la Baie d'Hudson était environnée du gouvernement des
Métis dans toute la zone fertile. Elle n'en prenait pas ombrage. Au
contraire, ses traiteurs et ses chasseurs, dans les camps, dans les
hivernements, dans les établissements métis faisaient la chasse, la
traite, commerçaient sous l'autorité du Conseil de la Praire et sous la
protection des lois métisses. Et c'était pour elle un rempart à l'abri
duquel elle était bien aise de se tenir, car il n'y a pas encore bien
longtemps les indiens étaient barbares autrement que la Puissance ne les
a trouvés; ils étaient nombreux, en lutte les uns avec les autres. Les
partis de guerre se croisaient dans toutes les directions. Les Cris, les
Pieds-Noirs, les Sioux du Minnesota, du Dakota, du Montana se
disputaient le plumet avec de la bravoure. Ce qui les rendit alors
inopinément plus à craindre peut-être qu'avant, c'est que par leurs
rapports avec les blancs et toutes sortes de gens livrés aux aventures,
ils se trouvèrent, voilà une trentaine d'années, mieux armés qu'ils ne
l'avaient été jusque-là.
Il eut été impossible à la compagnie de se maintenir, sans avoir à faire
des dépenses continuelles, nécessaires à l'entretien d'une force armée
considérable.
Les Métis sont les hommes qui domptèrent ces nations sauvages par leurs
armes, et qui, ensuite, les adoucirent, par les bonnes relations qu'ils
entretenaient avec elles à la faveur de la paix. Ce sont eux qui mirent
au prix de leur sang, la tranquillité dans le Nord-Ouest.