assis avec assurance comme dans des chaises, sur leurs petites selles de
cuir mou, ou milieu des fleurs en rasade dont elles étaient garnies;
ayant aux poignets les poignées de leurs fouets à plusieurs branches, le
fusil d'une main, les rênes de l'autre, retenant la fouge de leurs
chevaux, les ménageant jusqu'à ce qu'ils fussent rendus à portée du
buffle.
Les capitaines présidaient à la course; et veillaient à ce que personne
ne se lançât avant le mot d'ordre du capitaine en charge. Le mot donné,
la cavalcade bondissait. Un tourbillon de poussière obéissant au
commandement partait avec elle. Le buffle, en dévorant la prairie,
prenait l'épouvante, pour être bientôt rejoint par les coursiers
alertes. Les cavaliers entraient pêle-mêle dans la bande de boeufs
sauvages; choisissaient à qui mieux mieux les animaux les plus gros;
chacun tirait, tous tiraient; en tâchant de ne pas se frapper les uns
les autres, en prenant garde aux hommes et aux chevaux.
J'ai vu ces courses. J'y ai pris part. Elles sont terribles. L'adresse
des chasseurs, leur extrême attention, et surtout la Providence
pouvaient seule prévenir les malheurs au risque desquels ces courses
avaient lieu.
De loin, c'était le grand spectacle d'une fusillade dans un nuage.
Le conseil des chasseurs faisait des règlements. On les appelait les
lois de la Prairie. Le conseil était un gouvernement provisoire. C'était
aussi un tribunal qui prenait connaissance des infractions aux
règlements, et de tous les différends qu'avaient à lui présenter les
personnes du camp.
Les capitaines avec leurs soldats exécutaient les ordres et les
jugements du conseil.
Dans les affaires ordinaires, le conseil agissait d'après son autorité
telle qu'elle lui avait été confiée; mais en matière d'importance plus
grande, il recourait au public, et ne basait ses décisions que sur une
majorité de tous les chasseurs.
C'était l'état d'un peuple neuf, mais civilisé, et jouissant d'un
gouvernement à lui, fondé sur les vraies notions de la liberté publique
et sur celles de l'équité. Ce gouvernement provisoire, d'un rouage
simple, qui ne se formait que pour