Les Métis, par leur supériorité sur les tribus indiennes, les dominaient
mais sans abus de force. Quelquefois, à la chasse, les Indiens
déclaraient la guerre aux Métis, ou leur volaient des chevaux.
Satisfaction était demandée en cas de refus, la nation métisse entrait
en guerre avec les malveillants. Mais il est à remarquer qu'elle ne fit
jamais de luttes agressives. Les combats étaient ceux de la défense ou
de la protection du droit. En retour, Dieu aidant, elle est toujours
demeurée victorieuse des Tribus qui l'attaquaient. Comme peuple
primitif, simple, de bonne foi, placé par la Providence dans une
heureuse abondance de biens, et d'ailleurs sans beaucoup d'ambition, les
Métis n'avaient presque pas besoin de gouvernement. Cependant, quand ils
allaient à la chasse au bison, il se faisait naturellement, au milieu
d'eux, une pression d'intérêts. Et tant pour maintenir l'ordre dans
leurs rangs que pour se tenir en garde contre les vols de chevaux et
contre des attaques d'ennemis, ils s'organisaient et se composaient un
camp. Un chef était choisi; douze conseillers étaient élus, avec un
crieur public et des guides. Les soldats se groupaient par dizaine. Tout
chasseur était soldat. Chaque dizaine se choisissait un capitaine. Quand
arrivait le moment de l'organisation militaire proprement dite, le chef
en donnait avis: le premier soldat venu commençait par désigner celui
qu'il voulait avoir pour son capitaine. Neuf de ceux qui approuvaient ce
choix le suivaient. Ainsi le capitaine de chaque dizaine se trouvait-il
placé à la tête de soldats d'autant mieux décidés à le suivre partout
que sa charge au-dessus d'eux était un effet de leur confiance en lui et
de leur choix unanime.
La chasse au bison se faisait à cheval. C'était beau de voir des
centaines de coursiers se cabrer, hennir, danser, piocher le sol de
leurs pieds ambitieux; demander la bride du désir, de leurs regards, à
grands coups de tête, et faisant toutes sortes de gestes; et ces