L'Hon. J. A. CHAPLEAU, et

Sir A. P. CARON, ce renégat couvert d'un tel excès d'opprobre, que

depuis les scènes de cannibalisme dont Winnipeg a été souillé, les gens

que se respectent hésitent même à prononcer son nom.

A cette responsabilité s'ajoute celle des journaux, leurs organes; des

journaux complices de l'orangisme, qui ont consenti à servir

d'instrument entre les mains des ministres; à colporter les mensonges

par lesquels on nous a trompés, à préparer par d'odieuses manoeuvres le

crime qu'on voulait commettre; des journaux dont la trahison a été

double;--car en même temps qu'ils nous ont trompé avec préméditation sur

les intentions des ministres, ils ont trompé sciemment les ministres sur

l'état de l'opinion publique dans notre province.

Pour complaire à leurs maîtres, ils leur ont caché la vérité qui eût

peut-être été mal reçue, mais qui leur eût donné à réfléchir et qui eût

sans doute arrêté leurs mains, au moment de donner la signature fatale.

Pour se donner de l'importance, pour céder à la gloutonnerie du

servilisme qui les caractérise, ils se sont portés forts auprès de leurs

maîtres, qu'après le meurtre comme avant, ils seraient de taille à

continuer à tromper le peuple et à assurer l'impunité à la trahison. [3]

Et ils ont contribué par là à inspirer aux ministres canadiens-français

une confiance, sans laquelle leur intérêt eut peut-être fait à la

dernière heure ce que leur conscience et leurs remords n'avaient pas

suffi à leur dicter.

[Note 3: Le 13 octobre, M. VANASSE, M. P., directeur du _Monde_, a

déclaré dans une assemblée publique, à St. François du Lac, que si Riel

était pendu, il n'en continuerait pas moins à supporter le ministère.

Depuis lors, M. Vanasse paraît avoir changé d'avis.]

Il ne servirait à rien de le dissimuler:

C'est plus qu'une politique qui succombe, avec les hommes qui en étaient

les représentants et qui en portent la tache au front.

C'est tout un système que s'effondre.

C'est une phase de notre histoire qui vient de prendre fin au pied du

gibet d'un de nos frères.

Assez de mensonges!

Assez d'exposés fallacieux!

Assez de comptes fantastiques!

Assez de partis pris de se tromper soi-même et de tromper les autres!

Assez de la politique de clinquant, d'apparence, de décor de théâtre, de

fausse union dont tous les profits nous échappent et au nom de laquelle

on nous impose des sacrifices sans réciprocité!

Que n'a-t-on pas tenté, hélas! avec succès, pour nous endormir avec des

paroles mielleuses, pour nous tromper avec des compliments et des

phrases toutes faites, pendant qu'on travaillait à nous égorger.

Nous a-t-on assez répété que nous étions les piliers de la

Confédération; que l'Angleterre voyait en nous les soutiens les plus

éprouvés du loyalisme; et que l'indépendance de la race française dans

le Nouveau-Monde était désormais un fait acquis; et que nous pouvions

voguer en pleine confiance et toutes voiles vers l'avenir, à l'ombre du

régime qui garantissait notre langue, nos institutions et nos lois?

Dans quelle sécurité nous dormions, lorsque le meurtre du 16 novembre

nous a enfin réveillés.

Eh bien, examinons les choses froidement et faisons le bilan de nos

pertes, comme il convient à des hommes résolus à voir le péril tel qu'il

est, à l'aborder de front et à en triompher.

Avant la politique de Sir John A. Macdonald, et la Confédération que est

son oeuvre, nous étions théoriquement avec Ontario sur un pied d'égalité

absolue.

En fait, notre discipline politique nous avait fait les maîtres; et nos

voix déterminaient la balance du pouvoir, en faveur du parti que nous

soutenions, quel qu'il fût.

Aujourd'hui, nous sommes en minorité: et la seule excuse que nos

ministres aient encore trouvée à leur trahison est que nous devons céder

devant le nombre, et que, l'eussent-ils voulu, ils eussent été

impuissants à empêcher le meurtre de Riel.

Vaine excuse! Menteuse défaite! Nous n'en sommes pas encore là, et nos

ministres nous abaissent pour tenter de se disculper; mais le seul fait

qu'un tel argument ait pu être produit, indique le chemin parcouru et

témoigne que ce mensonge ne tarderait point, si nous n'y mettions le

holà, à devenir une vérité.

Avant la politique de Sir John A. Macdonald, il était admis en principe

que le ministère se composait de deux factions égales. Nous avions

souvent le premier ministre. La retraite des nôtres entraînait la

dissolution du cabinet. En fait, leur volonté prévalait le plus souvent.

Aujourd'hui, nous comptons à Ottawa trois ministres sur treize; et c'est

leur opinion, sur leur propre importance, que s'ils s'étaient retirés à

l'occasion de l'exécution de Riel, on aurait tranquillement passé outre,

sans même faire attention à eux.

Avant la politique de Sir John A. Macdonald, nous avions conquis dans le

parlement uni, l'usage de la langue française malgré la loi.

Aujourd'hui, la langue française est devenue légale. Mais il n'y a pas à

Ottawa un ministre canadien-français, qui osât parler autrement qu'en

anglais, dans une discussion du Parlement.

Avant la politique de Sir John A. Macdonald, le ministère

Lafontaine-Baldwin faisait voter des indemnités aux victimes de 1837.

Aujourd'hui, les journaux ministériels insultent les patriotes et le

ministère fait pendre Riel.

Avant la politique de Sir John A. Macdonald, le Nord-Ouest était

français.

Aujourd'hui, tout notre or, qui eut pu être consacré à coloniser la

province de Québec, a passé dans le Nord-Ouest, dont on a fait à nos

frais une terre anglaise, d'où l'on expulse les Métis en confisquant

leurs terres et où l'on pend Riel aux acclamations des spéculateurs, des

_jobbers_ et des fanatiques de Winnipeg.

Pendant ce temps-là qu'ont fait nos ministres?

Ont-ils combattu pour nous?

A défaut de combattre, nous ont-ils révélé leur impuissance et le péril?

Non! Ils ont gardé leurs places!

L'an dernier, à pareille époque, on publiait à Québec, un gros volume en

tête duquel se trouvait une gravure avec cette inscription:

Louis Riel, Martyr du Nord-Ouest Sa vie, son procès, sa mort · 第 36 / 67 题