Hélas! oui! Faire justice des ennemis et des traîtres!
Car nous n'avons pas seulement été frappés, nous avons été trahis!
Et deux responsabilités distinctes se dégagent.
Celle d'une politique qui, sans que nous y prissions garde, poursuivait,
perfidement et dans l'ombre, notre anéantissement national.
Celle des ministres canadiens-français qui se sont faits les complices
de cette politique, et qui nous ont livrés à l'ennemi.
Le premier des coupables, l'ennemi, c'est SIR JOHN A. MACDONALD.
SIR JOHN A. MACDONALD, premier ministre, responsable de la politique du
gouvernement.
SIR JOHN A. MACDONALD, orangiste, franc-maçon, adversaire implacable de
notre race, destructeur sournois et tenace de l'autonomie de notre
province.
SIR JOHN A. MACDONALD, ministre de l'intérieur, responsable des crimes
du Nord-Ouest et des dénis de justice qui ont amené l'insurrection.
SIR JOHN A. MACDONALD, bourreau de Riel, ayant froidement
méthodiquement, lentement conçu et perpétré le meurtre, suborné les
juges, capté dans le conseil le vote de ses collègues
canadiens-français, rêvé de transformer le gibet de Riel en un honteux
moyen de réclame électorale.
SIR JOHN A. MACDONALD, dont la carrière néfaste, après avoir commencé
aux lueurs sinistres de l'incendie du palais du Parlement, aura
misérablement fini sous le sentiment d'horreur provoqué par le gibet de
Riel!
Mais, Sir John A. Macdonald et ses collègues orangistes ne sont pas
seuls responsables du crime commis.
Il y a, à côté de la leur, une responsabilité plus douloureuse pour
nous, plus inouïe, que ne saurait être couverte même par une ombre
d'excuse, et que les patriotes n'ont pas hésité à envisager avec la
claire notion du devoir à remplir.
Cette responsabilité est celle des trois traîtres qui siègent dans le
cabinet fédéral, et auxquels il eut suffi de déposer leurs démissions sur
la table du conseil, pour dissoudre le gouvernement et rendre impossible
l'exécution de Riel.
Sir HECTOR LANGEVIN,