Qu'a fait Sir Hector Langevin?
Il a été pour Sir John A. Macdonald un employé laborieux; mais jamais il
n'a rien dirigé, ailleurs, que sur les gravures, grassement rétribuées
de ses flatteurs.
Dans ce bureaucrate, devenu chef d'un parti et transformé par les
circonstances, en représentant d'un peuple, il n'y a jamais eu l'étoffe
d'un homme d'État ni le coeur d'un patriote.
Tout entier aux inspirations d'une nature étriquée, bouffie de vanité,
et prompte à satisfaire cette vanité avec l'apparence du premier rang
dans les emplois du second, Sir Hector Langevin n'a peut-être pas
compris une seule minute la grandeur du rôle que lui assignait, dans le
gouvernement fédéral, sa situation de _leader_ du parti
canadien-français et _d'alter ego_ de Sir John A. Macdonald.
Ce successeur de Cartier n'avait pas hérité une goutte de son sang fier
et généreux, un atome de son instinct de commandement et de la haute
idée que se faisait Cartier de la responsabilité et des devoirs d'un
chef de parti. On peut mesurer aujourd'hui, à la lueur sinistre des
événements, ce que l'influence canadienne-française a perdu, par sa
faute depuis qu'il est au pouvoir.
Il fallait une grande catastrophe pour nous faire ouvrir les yeux et
pour nous sauver.
Mais la semence des martyrs est féconde.
L'échafaud de Riel ne marque pas seulement la fin d'une époque néfaste.
Il marque l'aurore d'un ère de réparation, dans laquelle, chassant les
traîtres qui nous ont vendu et renonçant aux funestes divisions qui ont
failli nous perdre, avec l'aide de Dieu, nous soutiendrons ensemble le
bon combat pour la Patrie.
Si, comme notre religion nous en donne la divine assurance, du haut de
leur demeure céleste les âmes des morts s'intéressent encore aux
épreuves de ceux qui vivent sur la terre, l'âme de notre frère métis
tressaillera de contentement en sachant que le sacrifice de sa vie n'a
pas été perdu, et qu'une fois de plus la mort des martyrs aura servi au
triomphe final de la justice et à la ruine des persécuteurs.