AU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS
_ULTIMA VERBA_
L'heure n'est pas encore venue de retracer l'histoire des journées qui
ont suivi la mort du martyr canadien.
Cette histoire se continue.
Elle ne sera achevée que le lendemain de la vengeance.
Que dirions-nous d'ailleurs, que tout le monde ne sût?...
L'effarement de tout un peuple, en apprenant que l'échafaud politique se
dressait à Regina!
La stupeur, la consternation, l'anxiété, un reste d'espérance survivant
jusqu'au dernier moment au fond des coeurs!
Puis le deuil de la nation!
Il n'y eut pas un mot d'ordre, pas une réunion, pas une intrigue.
Ce fut une explosion spontanée de douleur et de colère.
D'un bout à l'autre du Canada-français,--avant que personne eut
seulement songé à se concerter,--le télégramme qui apporta la fatale
nouvelle fut reçu de la même manière. Chose merveilleuse! On vit tous
les coeurs vibrer à l'unisson!
Tout le monde sentit que la race canadienne-française avait reçu une
blessure et une insulte!
Toutes les maisons se couvrirent d'insignes de deuil.
Tous les partis abdiquèrent et se confondirent dans la douleur commune.
Il n'y eut plus ni bleus ni rouges.
Il n'y eut plus que des patriotes, prêts à s'unir, pour demander compte
du crime commis et pour défendre la patrie menacée.
Mais ce qui est remarquable encore: ce qui est de nature à inspirer une
légitime confiance dans les destinées à venir du Canada-français, tout
le monde comprit à la fois qu'il ne s'agissait pas de se livrer à de
vaines démonstrations, et qu'un grand devoir s'imposait.
Il n'y eut qu'un seul cri qui sortit de toutes les poitrines: