LOUIS-DAVID RIEL.

A 5 heures du matin, le P. André célébra la messe, et à 7 heures, il

administra les derniers sacrements à Riel.

Riel pria dans sa cellule jusqu'au moment où le député shérif Gibson

vint l'avertir que le moment fatal était arrivé.

Riel reçut l'ordre de marcher à la mort avec le même calme qu'il avait

montré la veille.

Son visage ne montrait aucune altération et avait conservé ses couleurs

ordinaires; et il était pleinement en possession de toute son énergie,

répondant d'une voix claire et ferme aux paroles de l'officiant.

Supporté par les deux prêtres, Riel marcha d'un pas ferme de sa cellule,

qui est la première du corridor, à travers le corps de garde, à

l'escalier qu'il gravit sans un signe de faiblesse. Le capitaine Fraser

gardait l'échafaud avec vingt hommes de la police à cheval.

Riel n'avait pas de chapeau. Il portait un habit court et noir, une

chemise en laine, un collet, des pantalons bruns et des mocassins, seule

partie de ses vêtements que rappelât la vie indienne et l'existence

libre de la prairie.

A 8 heures un quart le bourreau, un masque sur la figure, s'avança la

corde sur le bras et commença à garrotter Riel. Celui-ci continua à

prier, étendant les bras et regardant au ciel jusqu'à ce que les bras

fussent liés. Précédé de Gibson et escorté des prêtres, Riel monta sans

aide et d'un pas ferme les six degrés qui conduisaient à l'échafaud, en

disant: «Je me confie à Dieu.»

En poussant cette exclamation, un sourire passa sur ses lèvres.

Le condamné se plaça sur la trappe, la figure tournée vers le nord. Les

Pères André et McWilliams continuèrent à prier et Riel dit en anglais:

«Je demande pardon à tous les hommes et je pardonne à tous mes ennemis.»

Le député shérif lui demanda s'il avait quelque chose à dire. Il se

tourna vers son confesseur, le Père André, et lui demanda: «Est-ce que

je vais dire quelques mots?» «Non, répondit brièvement le prêtre, faites

votre dernier sacrifice, et vous serez récompensé.» Riel se tourna et

dit: «Je n'ai rien de plus à dire.»

Le bourreau ajusta le noeud, mais Riel ne parut pas même y faire

attention.

Alors, le bourreau se mit à son poste; le bonnet blanc fut enfoncé sur

la tête de Riel; les deux prêtres, tenant des cierges en main,

continuaient de prier pour le mourant, pendant qu'on entendait ce

dernier prier en même temps. A l'expiration des deux minutes qui lui

furent données pour prier, au moment où il répondait: «Ne nous induisez

pas en tentation», le bourreau fit partir la trappe et Riel tomba. Il ne

remua pas pendant quelques secondes, puis un mouvement convulsif se fit

sentir et deux minutes après, il n'existait plus.

Il était mort en brave et en chrétien.

Louis Riel, Martyr du Nord-Ouest Sa vie, son procès, sa mort · 第 33 / 67 题