J'ai reçu votre lettre de bénédiction et hier (dimanche) j'ai
demandé au Père André de la placer sur l'autel pendant la
célébration de la messe, pour que son ombre se répandit sur moi.
Je lui ai demandé après de m'imposer ses mains sur la tête pour
que je puisse la recevoir efficacement, attendu que je ne
pouvais me rendre à l'église; et il a ainsi répandu sur moi les
grâces de la messe, avec l'abondance de ses bienfaits spirituels
et temporels.
A ma femme, mes enfants, mes frères, ma belle-soeur et autres
parents qui me sont tous chers, dites pour moi adieu.
Chère mère, c'est le voeu de votre fils aîné que vos prières
pour moi montent jusqu'au trône de Jésus-Christ, à Marie, à
Joseph, mon bon protecteur, et que la miséricorde et l'abondance
des consolation de Dieu répandent sur vous, sur ma femme, mes
enfants et autres parents, de génération en génération, la
plénitude des bénédictions spirituelles pour celles que vous
avez répandues sur moi; qu'elles se répandent sur Vous surtout
qui avez été une si bonne mère. Puissent votre foi, votre
espérance, votre charité et votre bon exemple être comme un
arbre chargé de fruits abondants pour le présent et pour
l'avenir. Puisse Dieu, quand sonnera votre heure dernière, être
tellement satisfait de votre piété qu'il fasse rapporter votre
esprit de la terre, sur les ailes des anges.
Il est maintenant deux heures du matin, en ce jours le dernier
que je dois passer sur cette terre, et le Père André n'a dit de
me tenir prêt pour le grand évènement. Je l'ai écouté et je suis
disposé à tout faire suivant ses avis et ses recommandations.
Dieu me tient dans sa main pour me garder dans la paix et la
douceur, comme l'huile tenue dans un vase et qu'on ne peut
troubler. Je fais ce que je peux pour me tenir prêt; je reste
même calme, conformément aux pieuses exhortations du vénérable
archevêque Bourget. Hier et aujourd'hui j'ai prié Dieu de vous
rassurer et de vous dispenser toute sorte de consolations, afin
que votre coeur ne soit pas troublé par la peine et l'anxiété.
Je suis brave; je embrasse en toute affection.
Je vous embrasse en fils respectueux de son devoir, toi, ma
chère femme, comme un époux chrétien, conformément à l'esprit
conjugal des unions chrétiennes. J'embrasse tes enfants dans la
grandeur de la miséricorde divine. Vous tous, frères et
belles-soeurs, parents et amis, je vous embrasse avec toute la
cordialité dont mon coeur est capable.
Chère mère, je suis votre fils affectionné, obéissant et soumis.