Duetto superbe, _Se tu m'ami, o mia
regina_ 187
_Demetrio e Polibio_, premier opéra composé
par Rossini, au printemps de 1809 188
Ouverture du théâtre de Como 190
CHAP. X. _Il Turco in Italia_ 198
CHAP. XI. Rossini va à Naples 209
_Scrittura_ contracté par Rossini avec
M. Barbaja 210
Influence de la voix de la _prima donna_
de Naples sur le talent de Rossini 213
CHAP. XII. L'_Elisabetta_ 216
CHAP. XIII. Suite de l'_Elisabetta_ 224
Ode italienne sur la mort de Napoléon,
à comparer à l'ode anglaise de lord
Byron, et à la méditation de M. de
Lamartine sur le même sujet 226
Critique du style de Rossini par les vieux
amateurs de Naples, contemporains de
Cimarosa et de Paisiello 232
CHAP. XIV. Rossini compose dix opéras à
Naples 235
CHAP. XV. _Torvaldo e Dorliska_ 241
CHAP. XVI. Analyse musicale du _Barbier de
Séville_ 244
Cimarosa n'a pas fait usage de _dissonances_
dans le _Matrimonio segreto_; il
venait cependant de voir applaudir tous
les chefs-d'oeuvre de Mozart 251
Aventures de Rossini à Rome 262
CHAP. XVII. Du public relativement aux
beaux-arts, solitude et chant à l'église,
sources du goût pour l'opéra 279
De la province relativement aux Beaux-Arts 287
CHAP. XVIII. Analyse musicale d'_Otello_ 292
Quelle est la jalousie qui peut être touchante
au théâtre 293
Singulière observation de M. l'abbé Girard
sur l'usage qui, en 1746, permet la
galanterie aux femmes mariées et leur
défend l'amour-passion 298
L'auteur du libretto d'_Otello_ n'a pas donné
les situations qui appartiennent a ce
beau sujet 299
M. _Kean_, le premier acteur tragique de
l'époque, n'a jamais été vanté à l'Europe
par un écrivain à la mode comme
madame de Staël 304
CHAP. XIX. Suite d'_Otello_ 305
Quel est le plus beau morceau de cet
opéra 310
La musique du vers _Impia, ti maledico_
devait être sur ces paroles d'Otello:
_Va, je ne t'aime plus_ 314
Romance du saule 321
Pantomime de la mort de Desdemona dans
les théâtres d'Italie 323
Histoire de la mort de Stradella 324
FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME
ACHEVÉ D'IMPRIMER LE 28 DÉCEMBRE 1928
SUR LES PRESSES
DE L'IMPRIMERIE ALENÇONNAISE
_F. GRISARD, Administrateur_
11, RUE DES MARCHERIES, 11
ALENÇON (ORNE)
* * * * *
NOTES:
[1] Paul Arbelet: _Stendhal et le petit Ange._ Les Amis d'Édouard, nº
99.
[2] Préface de l'éditeur aux _Vies de Haydn, Mozart et Métastase_. Le
Divan, 1928.
[3] M. Henry Prunières a donné la traduction intégrale de ce libelle en
appendice à son édition de la _Vie de Rossini_, chez Champion, en 1923.
[4] Henri Delacroix: _La Psychologie de Stendhal_, 1 vol. Alcan, 1918.
[5] _Candidature au Stendhal Club: Stendhal inédit_, p. 126 Edition du
Divan.
[6] Cf. _Vie de Henri Brulard_, tome II, pp. 203-205, édition du Divan.
[7] C'est ainsi que sont nés ces chants sublimes, plaintifs pour la
plupart, qui depuis plusieurs siècles se répètent dans le royaume de
Naples. Je citerai pour exemple à ceux qui connaissent ce beau pays, le
chant national nommé _la Cavoejola_, et le _Pestagallo_, particulier aux
Abruzzes. Un habitant d'Aquila, qui me les chantait, me dit: La musica è
il lamento dell'amore, o la preghiera a gli Dei. 12 mai 1819
[8] En 1795, un homme de beaucoup d'esprit, très-jeune alors, M. Toni,
qui depuis est devenu un imprimeur célèbre, était employé du
gouvernement vénitien à Vérone; il y vivait heureux et content d'un
petit emploi de dix-huit cents fr., et faisait la cour à la princesse
P****. Tout à coup il fut destitué, avec menace de prison. Il courut à
Venise: après trois mois de finesses et de sollicitations, il put
adresser un mot, entre deux portes, à un membre du conseil des Dix, qui
lui dit: «Pourquoi diable aussi avez-vous fait faire un _habit bleu_?
nous vous avons cru jacobin.» L'année 1822 a été témoin, à Milan, de
traits de cette espèce. Aimer le Dante, qui écrivait en 1300, passe, en
Lombardie, pour un trait de carbonarisme, et les amis _libéraux_ d'un
homme qui aime trop le Dante cessent peu à peu de le voir aussi
fréquemment.
[9] Voir les injures atroces dont un nommé Philpott vient d'affubler le
célèbre M. Jeffrey, le directeur du meilleur journal qui existe, la
_Revue d'Edimbourg_.
[10] Voir dans la correspondance de Napoléon, année 1796 l'esprit public
de Milan et de Brescia. Vingt-quatre coquins habillés de rouge, chargés
de la police de la ville, formaient toute l'armée milanaise. Voir, dans
les bulletins de l'armée d'Espagne, ce que Napoléon avait fait de ce
peuple.
[11] Je n'ai pas besoin de rappeler que le docteur Burney a donné une
excellente histoire de la musique. Je trouve que ce bel ouvrage est gâté
par un peu d'obscurité. Peut-être que le voile désagréable qui
s'interpose entre notre oeil et les idées de l'auteur vient de ce qu'il
ne nous a pas dit bien clairement quel était son _credo_ en musique.
Peut-être aurait-il dû donner des exemples de ce qu'il trouve beau,
sublime, médiocre, etc.
[12] Historique, Bâle, 1823.
[13] Voir leur célèbre tragédie de l'_Expiation_, par Mülner. Je ne
voudrais pas du héros Hugo, comte d'Eridur, pour en faire un caporal.
[14] Anfossi, Coccia, Farinelli, Federici, Fioravanti, Generali, les
deux Guglielmo père et fils, Manfroce, Martini, Mosca, Nazolini,
Nicolini, Orgitano, Orlandi, Pavesi, Portogallo, Salieri, Sarti, Tarchi,
Trento, Weigl, Winter, Zingarelli, etc., etc.
[15] Mozart, né à Salzbourg en 1756, mort à Vienne en 1796{*}, avait
quatorze ans lorsqu'il écrivit le _Mitridate_.
{*} Mozart mourut en 1791. N. D. L. E.
[16] Ce chant ignoble me semble moins plat, je l'avoue à ma honte, que
les romances célèbres de M. R. et de tant d'autres. Il a au moins un
rythme en rapport avec la vivacité du caractère national.
[17] Son père, Joseph Rossini, sa mère, Anna Guidarini l'une des plus
jolies femmes de la Romagne.
[18] Potter, _Histoire de l'Église_, état de l'Eglise en 1781. Giannone,
_Histoire de Naples_. Il faut excepter l'excellent gouvernement dont on
jouit à Florence en 1823. Mais combien durera-t-il? D'ailleurs, il ne
produira rien pour les beaux-arts; l'enthousiasme est mort en Toscane
depuis bien des années.
[19] Cimarosa, adoré à Venise, et ami particulier de la plupart des
amateurs de musique, y était mort peu d'années auparavant, en 1801.
[20] Voir les six tempéraments dans l'immortel ouvrage de Cabanis: _Des
Rapports du physique et du moral de l'homme_.
[21] Il y a ici un point de contact frappant entre la sculpture et la
musique. Voir, pour le développement de cette idée un peu difficile,
l'_Histoire de la Peinture en Italie_, tome II, page 133.
[22] On appelle _introduction_ tout ce qu'on chante depuis la fin de
l'ouverture jusqu'au premier récitatif.
[23] Madame Pasta l'a placé dernièrement dans le premier acte de la
_Rosa bianca_; les situations sont pareilles.
[24] M. Prunières fait remarquer que c'est en réalité la clarinette qui
a dans ce récitatif le rôle important. N.D.L.E.
[25] On pourrait dire que la flûte a une certaine analogie avec les
grandes draperies _bleu d'outremer_ prodiguées par plusieurs peintres
célèbres, et entre autres par Carlo Dolce, dans les sujets tendres et
sérieux; mais une telle remarque qui passerait peut-être pour du génie à
Bayreuth ou à Koenigsberg, ne semblera pas chimérique à Paris. Heureux le
pays où, dès qu'on est vague et obscur, l'on peut espérer de paraître
sublime!
[26] Les accompagnements ne sortent jamais des bornes d'une conversation
respectueuse à l'égard du _chant_, ils ont soin de se taire dès que le
chant paraît avoir quelque chose à dire; dans la musique allemande, au
contraire, les accompagnements sont insolents.
[27] Voir la _Tactique_ de M. de Guibert. Bayard ne voulut jamais être
général en chef.
[28] Paroles adressées par Virgile au Dante, en traversant l'enfer des
_tièdes_: A quoi bon discourir de ces gens? donne leur un regard et
passons.
[29] Le caractère vénitien est esquisse avec toute la grâce et l'effet
possible dans un roman de Schiller, intitulé _Mémoires du comte d'O_.
Voici un problème moral digne de toute l'attention des philosophes. Le
pays le plus gai, le plus naturel, le plus heureux de l'Europe était
celui qui avait les lois écrites les plus atroces. Voir les
constitutions de l'inquisition d'État dans l'_Histoire de Venise_ de M.
Daru. Le pays le moins gai du monde, c'est assurément Boston, justement
celui où le gouvernement est à peu près parfait. Le mot de l'énigme ne
serait-il pas _Religion_?
[30] Voir l'effet analogue cherché par Métastase dans le drame sérieux.
_Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase_, p. 374.
[31] Telle que le retentissement du canon, ma tête fait bon... bon.
Taddeo.--Je suis comme une corneille qui, après avoir perdu ses plumes
fait crà, crà.--Il faut juste autant d'esprit pour critiquer ces paroles
que pour les faire.
[32] Pauvre Jacques, ne pense plus aux femmes, et étudie les
mathématiques.
(_Confessions._)
[33] Songe à la patrie, sois intrépide, accomplis ton devoir; pense que
l'Italie a vu plus d'une fois parmi ses enfants des exemples sublimes de
valeur et de dévouement.
[34] La _scrittura_ est une petite convention de deux pages,
ordinairement imprimée, qui contient les obligations réciproques du
_maestro_ ou du chanteur, et celles de l'_impresario_ qui les engage
(_scrittura_). Il y a beaucoup d'intrigues pour les _scritture_ des
premiers talents, cela est amusant; je conseille au voyageur de voir de
près cette diplomatie-là, il y a souvent plus d'esprit que dans l'autre.
Là, comme pour la peinture, les coutumes du pays où l'art a pris
naissance se confondent avec la théorie de cet art, et souvent
expliquent plusieurs de ses procédés. Le génie de Rossini a presque
toujours été influencé par la _scrittura_ qu'il avait signée. Un prince
qui lui eût fait une pension de trois mille francs l'aurait mis à même
d'attendre le moment de l'inspiration pour écrire, et eût donné, par ce
simple moyen, une physionomie nouvelle aux productions de son génie. Nos
compositeurs français, MM. Auber, Boïeldieu, Berton, etc., écrivent un
opéra tous les ans fort à leur aise; Rossini, rappelant les beaux temps
de la peinture, a écrit, pendant toute sa jeunesse, comme le Guide
peignait, quatre ou cinq opéras par an, pour payer son hôte et sa
blanchisseuse. J'ai honte de descendre à des détails aussi vulgaires;
j'en demande pardon au lecteur; mais enfin c'est une biographie que
j'écris, et telle est la vérité. Le difficile dans tous les genres,
c'est de lutter avec les malheurs qui ont quelque chose de bas et de
commun, et qui repoussent ainsi le secours de l'imagination. C'est au
milieu de telles circonstances que Rossini a conservé la fraîcheur de
son génie; il est vrai que les moeurs de l'Italie actuelle n'étant qu'une
suite et une conséquence des républiques du moyen âge, la pauvreté n'y
est pas avilissante, et avilissante comme en France, pays monarchique,
où avant tout il faut _parestre_, comme dit si bien le baron de
_Foeneste_{*}.
Une chose qui passe pour miraculeuse en Italie, c'est un _imprésario_
qui ne fait pas banqueroute, et qui paie régulièrement ses chanteurs et
son maestro. Quand on voit de près quels pauvres diables sont ces
_impresari_, on a réellement pitié du pauvre maestro qui, pour vivre,
est obligé d'attendre l'argent que ces gens mal vêtus doivent lui payer.
La première idée qui se présente en voyant un _imprésario_ italien,
c'est que, dès qu'il verra vingt sequins ensemble, il achètera un habit
et prendra la fuite avec les sequins.
{*} Roman très-curieux d'Agrippa d'Aubigné, presque aussi intéressant
que l'Histoire de sa vie écrite par lui-même. Cette histoire peint Henri
IV presque aussi bien que Quentin Durward nous représente Louis XI. J'y
vois sur Henri IV des anecdotes que je n'ose citer. Ce roi fut un grand
homme sans doute, mais non pas un grand homme à l'eau rose. Il y a des
traits de ressemblance frappants entre Henri IV et Napoléon, entre
certains passages de la vie de d'Aubigné et les mémoires de Las Cases.
Un seul mobile est différent: Henri IV aimait les femmes comme Napoléon
les batailles.
[35] Je cite les seules véritables comédies de l'époque La comédie, au
Théâtre-Français, n'est plus qu'une _épître sérieuse_ coupée en
dialogues et abondante en morale. Voir _la Fille d'honneur_, _les Deux
Cousines_, _les Comédiens_, etc.
[36] MM. Jouy, de la Mennais, Etienne, le vicomte de Chateaubriand,
Benjamin Constant, de Bonald, de Pradt, le comte de Marcellus, Mignet,
Buchou Fiévée, etc., etc.
[37] Echo, nymphe aimable, comme moi malheureuse, tu es la seule qui
daigne me consoler dans ma douleur.
[38] Je fais un journal parfait, qu'on recherche en tous lieux; vous
voulez l'interrompre?--Ainsi du moins, pour quelques instants, le bon
sens pourra respirer.
[39] Bulletins de l'armée d'Espagne, les généraux Bertholetti, Suchi,
Schiassetti, etc.; le comte Prina, ministre; le peintre Appiani, le
poëte Monti, etc., etc.
[40] Don Marforio.--Eh bien! laissez-moi faire, je vous arrangerai de la
gloire dans mon journal.
Joconde.--Dieux Immortels! voilà une nouvelle raison pour t'expédier
sans délai.
[41] J'ai des craintes sérieuses que quelques méchants ne mettent en
doute mon respect profond pour tous les compositeurs français en
général, tant anciens que modernes, et pour M. Berton en particulier. Je
crois faire un acte de justice envers M. Berton et envers moi, en
reproduisant ici les lettres curieuses auxquelles je fais allusion dans
le texte. Ce que je crains avant tout, c'est de passer pour _mauvais
Français_; on conviendra qu'il serait affreux pour moi qu'une simple
brochure sur la musique me fît perdre à jamais ma réputation de
patriotisme.
LETTRE DE M. BERTON.
_Abeille_ du 4 août 1821.
«M. Rossini a une imagination brillante, de la verve, de l'originalité,
une grande fécondité; mais il sait qu'il n'est pas toujours pur et
correct; et, quoi qu'en disent certaines personnes la pureté du style
n'est pas à dédaigner, et les fautes de la syntaxe de la langue dans
laquelle on écrit ne sont jamais excusables. M. Rossini sait tout cela,
et c'est pourquoi je me permets de le dire ici. D'ailleurs, puisque les
écrivains de nos journaux quotidiens se constituent juges en musique,
ayant pris mes licences dans _Montano_, _le Délire_, _Aline_, etc., je
crois avoir le droit de donner mon opinion _ex professo_. Je la donne
avec franchise et la signe, ce que ne font pas toujours certaines
personnes qui s'efforcent incognito de faire et défaire des réputations.
Tout ceci n'a été suggéré que par l'amour de l'art, et dans l'intérêt
même de M. Rossini. Ce compositeur est, sans contredit, le talent le
plus brillant que l'Italie ait produit depuis Cimarosa; mais on peut
mériter le titre de célèbre sans pourtant être à la hauteur de Mozart.»
Je me refuse le plaisir de transcrire de longs passages d'une brochure
de M. Berton, intitulée: _De la musique mécanique et de la musique
philosophique, par M. Berton, membre de l'Institut royal de France_,
1821, 24 pages. M. Rossini y est remis à sa place. Il paraît que cet
Italien ne s'élève pas au-dessus de la _musique mécanique_. Dans une
autre dissertation de sept pages, insérée dans _l'Abeille_ (tome IV,
page 267), M. Berton prouve que l'auteur d'_Otello_ n'a fait que des
_arabesques_ en musique. En Italie, un M. Majer, de Venise, vient
d'établir la même vérité.
RÉPONSE DU _Miroir_ (11 août 1831).
Ce n'est plus au rédacteur novice d'une feuille obscure que j'ai
affaire; ce n'est plus des traits d'un compositeur de salon que j'ai à
me défendre, un athlète vigoureux et renommé par plus d'une victoire
descend dans la lice, et m'y porte le défi le plus formel. L'auteur de
_Montano_, d'_Aline_ et du _Délire_ provoque en moi l'admirateur
d'_Otello_, de _Tancrède_ et du _Barbier_. Les antirossinistes comptent
enfin dans leurs rangs un homme dont ils peuvent se prévaloir. Les
préjugés du professorat sont avoués par un des maîtres de la scène, et
la contre-révolution musicale a pour champion un membre de l'Institut.
M. Berton prélude au combat par des paroles dont la hauteur inusitée
dans la polémique littéraire trahit le sentiment intime et profond de
son incontestable supériorité. J'en fais la remarque, mais je suis loin
de lui en faire un reproche. J'aime, au contraire, cette expression
franche et naïve d'une noble confiance: une attitude fière convient à un
brave, et la forfanterie du langage n'est pas déplacée dans le duel. M.
Berton ne se contente pas d'admirer les anciens, il s'efforce encore de
les imiter; il sait que dans ces luttes héroïques, dont Homère et
Virgile nous ont laissé de si brillantes descriptions, les combattants
ne manquaient jamais, avant d'en venir aux mains, d'échanger une foule
d'expressions de menace et de dédain. Il est vrai que le plus
présomptueux n'était pas toujours le plus vaillant: témoin _Pâris_, qui
provoquait tous les jours les plus illustres guerriers du camp des
Grecs, et s'enfuyait, comme un cerf timide, au moment du combat; mais
cela n'ôte rien à ce que l'usage dont je parle avait de respectable, et
l'exemple n'en est pas moins bon à suivre pour un adorateur de la
savante antiquité. Quant à moi, qui ne professe pas, comme M. Berton,
pour les hommes et pour les choses d'autrefois un culte absolument
exclusif, il est tout simple que je n'emprunte pas pour me défendre le
ton sur lequel il a cru devoir m'attaquer. J'opposerai à sa jactance
renouvelée des Grecs ma modestie et ma politesse toutes modernes. Il ne
me sera pas difficile d'être moins impérieux et moins tranchant, soit
que j'exprime mon sentiment sur la partition d'_Otello_, soit que je
dise mon opinion sur Racine, que ce savant musicien place fort au-dessus
de l'auteur de _Brutus_ et de _Mahomet_.
M. Berton me reproche de ne pas signer mes articles: cet illustre
professeur s'exagère beaucoup, à ce qu'il paraît, l'importance de notre
débat; il se croit encore au temps des disputes sur les partitions de
Gluck et de Piccini: une querelle musicale est presque à ses yeux une
affaire d'honneur; il oublie d'ailleurs que je ne l'ai nommé dans aucun
de mes articles, et que l'agression est toute de son côté. S'il était
question de toute autre chose que d'un cartel littéraire, je me ferais
connaître avec empressement; mais j'aurai grand soin de m'en abstenir
tant que nous ne bataillerons que sur la prééminence de Racine ou de
Voltaire, de Mozart ou de Rossini. Une signature aussi respectable que
celle de M. Berton pourrait encore recommander un article qui n'aurait
par lui-même aucune espèce de valeur: un nom aussi obscur que le mien
ferait peut-être perdre à mes opinions le crédit qu'elles se sont acquis
auprès du public. J'en conclus que mon honorable adversaire n'a pas tort
quand il signe, et qu'à mon tour j'ai raison quand je ne signe pas.
C'est un épouvantable blasphème aux yeux de M. Berton que de trouver
Rossini plus _dramatique_ que Mozart: ce blasphème, si c'en est un, je
l'ai réellement proféré. Le crime est donc clairement défini; reste à
savoir si l'accusation est fondée, et si le public, seul jury que je
reconnaisse, attache du blâme aux paroles pour lesquelles je suis
dénoncé. Je pourrais à la rigueur, me dispenser de dire en quoi l'auteur
d'_Otello_ est plus dramatique, puisque M. Berton s'abstient de montrer
en quoi il l'est moins; mais le savant académicien auquel je réponds m'a
déclaré qu'ayant pris ses licences dans _Montano_, dans _le Délire_, et
même dans _les Rigueurs du cloître_, il se croyait le droit d'être cru
sur parole quand il assignait le rang d'un compositeur. Voltaire
écrivant son commentaire sur Corneille, La Harpe et M. Lemercier
analysant dans la chaire de l'Athénée les ouvrages de nos plus grands
écrivains, avaient assez habituellement la complaisance de prouver ce
qu'ils affirmaient. On peut dire cependant qu'ils avaient pris aussi
leurs licences, le premier dans vingt chefs-d'oeuvre, le second dans
_Warwick_ et _Philoctête_, le dernier dans _Pinto_, _Plaute_ et
_Agamemnon_. Mais il paraît que les professeurs du Conservatoire ont des
licences qui leur sont particulières, et auxquelles les gens de lettres
ne participent pas. J'avais cru jusqu'à ce jour qu'ils se bornaient à
réclamer pour leurs doctes partitions l'important privilège de tout dire
sans rien prouver.
Rossini ne se contente pas de dire, il prouve ce qu'il dit: son éloge
est dans ce peu de mots. Voilà en quoi et pourquoi il est dramatique. Il
dessine ses caractères, il conduit son action comme si le poëte n'était
pas à ses côtés. La vivacité spirituelle de Figaro, la maligne défiance
du tuteur de Rosine, ce mélange de fureur et de tendresse qui
caractérise l'amour d'Othello, voilà des beautés vraiment dramatiques
qui, en perdant l'appui des paroles, conserveraient encore la plus
grande partie de leur charme ou de leur grandeur. Qu'il y ait ailleurs
plus d'harmonie musicale, un style plus sévère et plus correct, une
obéissance plus scrupuleuse aux règles de la composition, toutes ces
qualités sont, pour l'effet dramatique, d'utiles auxiliaires, mais elles
ne le constituent pas essentiellement. Soyez de bonne foi; oubliez vos
préventions d'école, et faites taire le préjugé des noms; prêtez à
Mozart l'attention de l'esprit autant que celle de l'oreille; et dites
si le Figaro des _Noces_ est aussi original, aussi piquant, aussi
scénique que le Figaro de _Rossini_. Que m'importe à moi, spectateur
d'une représentation théâtrale, que l'intendant du comte Almaviva chante
des airs délicieux, qui n'ont avec son caractère ou sa situation que des
rapports éloignés ou imparfaits? Quand je veux entendre des sons, je
vais au concert; quand je vais au spectacle, j'y cherche le rire ou
l'émotion. Que l'auteur du drame qu'on représente devant moi s'appelle
poëte, chorégraphe ou compositeur; qu'il procède par des paroles, par
des notes ou par des pas, peu importe; il a atteint le but de son art,
il a rempli sa promesse et mon attente, quand, par une fidèle peinture
des moeurs, par l'enchaînement des scènes, par la vérité des situations
et des caractères, il est arrivé à ce degré d'imitation où j'oublie que
le spectacle qui m'est offert n'est qu'une récréation ingénieuse et un
mensonge convenu. C'est ce qu'a fait Rossini plus qu'aucun autre
compositeur, et autant que le lui ont permis les étroites limites de
l'art dans lequel il a obtenu des succès si nombreux et si brillants. Le
poëme est pour Mozart une traduction indispensable; il n'est pour
Rossini qu'un second accompagnement: le Figaro du _Barbier_ est un
personnage tout à fait comique, le Figaro de Mozart n'est qu'un
excellent musicien.
Quoi qu'en ait dit mon illustre antagoniste, je ne crois pas que
Rossini, qu'il appelle M. Rossini, répudie les éloges que j'ai donnés à
ses admirables compositions. S'il en était ainsi, l'auteur d'_Otello_
serait un homme tout à fait prodigieux. Il joindrait la palme du
caractère à celle du talent. Ce double miracle est peu vraisemblable.
Les musiciens modestes sont presque aussi rares que les musiciens
dramatiques.
SECONDE RÉPONSE (nº 173) A L'OCCASION D'_Otello_.
_Otello_ continue d'attirer la foule: le mérite de cet opéra n'est plus
contesté aujourd'hui que par quelques professeurs de piano, musiciens
anatomistes pour qui le mérite de l'originalité, de l'esprit et de la
verve dramatique disparaît devant l'irrégularité d'un _finale_ ou les
imperfections d'un quintette. Le public, qui a trop de raison pour
chercher au spectacle autre chose que du plaisir, se garde bien de
chicaner un compositeur qui lui plaît, sur ses prétendues infractions
aux axiomes du Conservatoire et aux théories du professorat. Il n'attend
pas pour s'émouvoir qu'il y soit autorisé par les puristes de la rue
Bergère, et ses bravos sont indépendants de la justesse du contre-point.