_De la Guerre._
DE la Terre vient la guerre: & quand on sera établi en la
Nouvelle-France, quelque gourmand paraventure voudra venir enlever le
travail des gens de bien & de courage. C'est ce que plusieurs disent.
Mais l'Etat de la France est maintenant trop bien affermi, grace à Dieu,
pour craindre de ces coups. Nous ne sommes plus au temps des ligues &
partialitez. Nul ne s'attaquera à nôtre Roy, & ne fera des entreprises
hazardeuses pour un petit butin. Et quand quelqu'un le voudroit faire,
je croy qu'on a desja pensé aux remedes. Et puis, ce fait est de
Religion, & non pour ravir le bien d'autrui. Cela étant, la Foy fait
marcher en cette entreprise la téte levée, & passer par-dessus toutes
difficultez. Car voici que le Tout-puissant dit par son Prophete Esaie à
ceux qu'il prent en sa garde, & aux François de la Nouvelle-France:
_Ecoutez moy vous qui suivez justice, & qui cherchez le Seigneur.
Regardés au rocher duquel vous avés eté taillés, & au creux de la
cisterne dont vous avés eté tires_; c'est à dire, Considerez que vous
étes François. _Regardés à Abraham vôtre pere & à Sara qui vous a
enfantés, comment je l'ay appelé lui étant tout seul, & ay beni &
multiplié. Pour certain doncques le Seigneur consolera Sion, &c_.
Noz Sauvages n'ont point leurs guerres fondées sur la possession de la
terre. Nous ne voyons point qu'ils entreprennent les uns sur les autres
pour ce regar. Ils ont de la terre assez pour vivre & pour se promener.
Leur ambition se borne dans leurs limites. Ilz font la guerre à la
maniere d'Alexandre le Grand, pour dire, Je vous ay battu: ou par
vindicte en ressouvenance de quelque injure receuë; qui est le plus
grand vice que je trouve en eux, par ce que jamais ilz n'oublient les
injures: en quoy ilz sont d'autant plus excusables, qu'ilz ne font rien
que nous ne facions bien. Ilz suivent la Nature: & si nous remettons
quelque chose de cet instinct, c'est le commandement de Dieu qui nous le
fait faire, auquel toutefois la plus-part fermons les ïeux.
Quand donc ilz veulent faire la guerre, le _Sagamos_ qui a plus de
credit entre eux leur en fait sçavoir la cause, & le rendez-vous, & le
temps de l'assemblée. Etans arrivés il leur fait des longues harangues
sur le sujet qui se presente, & pour les encourager. A chacune chose
qu'il propose il demande leur avis, & s'ilz consentent, ilz font tous
une exclamation, disans Hau d'une voix longuement trainée: sinon,
quelque Sagamos prendra la parole, & dira ce qu'il lui en semble, étans
& l'un & l'autre bien écoutés. Leurs guerres ne se font que par
surprises, de nuict obscure, ou à la lune par embuche, ou subtilité. Ce
qui est general par toutes ces Indes. Car nous avons veu au premier
livre de quelle façon guerroient les Floridiens: & les Bresiliens ne
font pas autrement. Et aprés les surprises ilz vient aux mans, &
combattent bien souvent de jour.
Mais avant que partir, les nôtres (j'enten les Souriquois) ont cette
coutume de faire un Fort, dans lequel se met toute la jeunesse de
l'armée; où étans, les femmes le viennent environner & tenir comme
assiegés. Se voyans ainsi envelopppés ilz font des sorties pour evader,
& se liberer de prison. Les femmes qui sont au guet les repoussent, les
arrétent, font leur effort de les prendre. Et s'ils sont pris elles
chargent dessus, les battent, les depouillent & d'un tel succés prennent
bon augure de la guerre qui se va mener. S'ils échappent, c'est mauvais
presage.
Ils ont encore une autre coutume à l'égard d'un particulier, lequel
apportant la téte d'un ennemi, ilz font de grandes Tabagies, danses, &
chansons de plusieurs jours: & durant ces choses ilz despouillent le
victorieux, & ne lui baillent qu'un méchant haillon pour se couvrir.
Mais au bout de huitaine environ, aprés la féte, chacun lui fait present
de quelque chose pour l'honorer de sa vaillance. Ilz ne s'eloignent
jamais des cabanes qu'ilz n'ayent l'arc au point & le carquois sur le
dos. Et quand quelque inconnu se presente à eux, ilz mettent les armes
bas, s'il est question de parlementer, ce qu'il faut faire aussi
reciproquement de l'autre part: ainsi qu'il arriva au sieur de
Poutrincourt en la terre des Armouchiquois.
Les Capitaines entre eux viennent par succession, ainsi que la Royauté
par-deça, ce qui s'entend si le fils d'un _Sagamos_ ensuit la vertu du
pere,& est d'âge competant. Car autrement ilz font comme aux vieux
siecles lors que premierement les peuples eleurent des Rois: dequoy
parlant Jehan de Meung autheur du Roman de la Rose dit:
_Un grand villain entre eux eleurent_
_Le plus corsu de quants qu'ilz furent_
_Le plus ossu, & le grigneur (plus grand),_
_Le firent Prince & Seigneur._
Mais ce _Sagamos_ n'a point entre eux authorité absolue, ains telle que
Tacite dit des anciens Rois Allemans: La puissance de leurs Rois
(dit-il) n'est point libre, ni infinie, mais ilz conduisent le peuple
plutot par exemple, que par commandement. En Virginia & en la Floride
ilz sont davantage honorez qu'entre les Souriquois. Mais au Bresil celui
qui aura plus prins de prisonniers & plus tué d'ennemis, ilz le
prendront pour Capitaine, sans que ses enfans puissent heriter de cette
qualité.
Leurs armes sont les premieres qui furent en suage aprés la creation du
monde, masses, arcs, fleches: car de frondes ni d'arc-baletes ilz n'en
ont point, ni aucunes armes de fer ou acier, moins encore de celles que
l'esprit humain a inventé depuis deux cens ans pour contre-carrer le
tonnerre: ni de beliers & foutoirs, anciennes machines de batterie.
Ilz sont fort adroits à tirer de la fleche: & pour exemple soit ce qui
est rapporté ci-dessus d'un qui fut tué par les Armouchiquois ayant un
petit chien cousu avec lui d'une fleche tirée de loin. Toutefois je ne
voudroy leur donner la louange de beaucoup de peuples du monde de deça
qui ont eté renommés en cet exercice, comme les Scythes, Getes,
Sarmates, Gots, Ecossois, Parthes, & tous les peuples Orientaux, déquels
grand nombre étoient si adroits qu'ils eussent touché un cheveu: ce que
l'Escriture sainte temoigne de plusieurs du peuple de Dieu, méme des
Banjamites, léquels allans à la guerre contre Israël: _De tout ce peuple
là_ (dit l'Ecriture) _il y avoit sept cent hommes d'elite, combattans
autant de la senestre que de la dextre: & si asseurés à jetter la pierre
avec la fronde, qu'ilz pouvoient frapper un cheveu sans decliner d'une
part ou d'autre_. En Crete il y eut un Alcon archer tant expert, qu'un
dragon emportant son fils, il le poursuivit & le tua sans offenser son
enfant. On lit de l'Empereur Domitian qu'il sçavoit addresser sa fleche
de loin entre deux doigts ouverts. Les écrits des anciens font mention
de plusieurs qui transperçoient des oiseaux volans en l'air, & d'autres
merveilles que noz Sauvages admireroient. Mais neantmoins ilz ne
laissent d'étre galans hommes & bons guerriers, qui se fourreront par
tout étans soutenus de quelque nombre de François: & ce qui est de
perfection aprés le courage, ilz sçavent patir à la guerre, coucher
parmi les neges, & à la gelée, souffire le chaud le froid, la faim, &
par intervalles se repaitre de fumée, comme nous avons dit au chapitre
precedent: Faisans que le mot Latin _Bellum_, se trouve en eux en sa
propre signification, sans antiphrase: & au contraire que le mot
_Militia_, est pris en eux pour _mollitia_ par une contraire
signification, selon l'étymologie que lui donne le Jurisconsulte Ulpian:
quoy que j'ayme mieux le deriver de _Malitia_, qui vaut autant à dire
que _Duritia_, [Grec: kakia]: ou _Afflictio_; que les Grecs appellent
[Grec: kakôsis]. Ainsi qu'il se prent en saint Matthieu, là où il es dit
_qu'à chacun jour suffis sa malice [Grec: kakia]_, c'est à dire _son
Affliction, la peine, son travail, sa dureté_, comme l'interprete fort
bien sainct Hierome. Et n'auroit point eté mal traduit en saint Paul le
mot [Grec: kakamy thêson ôs galos spatiôtës Iêsou Christô], _Dura sicut
bonus miles Christi Jesu_, au lieu de _Labora_. Endurci toy par
patience: Ainsi qu'en Virgile.
_Durate, & rebus vosmet servate secundis._
Et en un autre endroit il appelle les Scipions _Duros belli_, pour
signifier des braves & excellens Capitaine: laquelle durté & malice de
guerre Tertillian explique _Imbonitas_ au livre qu'il a écrit aux Martys
pour les exhorter à bien soutenir les afflictions pour le nom de
Jesus-Christ: _Un gendarme_, dit-il, _ne vient point à la guerre avec
delices, & ne va point au combat sortant de sa chambre, mais des tentes
& pavillons étendus, & attachés à des pauls & fourches,_ ubi omnis
duritia & imbonitas & insuavitas, _où il n'y a nulle douceur._
Or jaçoit que la guerre qui se fait au sortir des tentes, & pavillons
soit dure, toutefois la vie ordinaire de noz Sauvages l'est encore plus,
& se peut appeller une vraye milice, c'est à dire malice, que je prens
pour durté. Et de cette façon ilz traversent de grandz païs par les bois
pour surprendre leur ennemi, & l'attaquer au depourveu. C'est ce qui les
tient en perpetuelle crainte. Car au moindre bruit du monde, comme d'un
Ellan qui passera à travers les branches & fueillages, les voila en
alarmes. Ceux qui ont villes à la façon que j'ay décrit ci-dessus, sont
un peu plus asseurez. Car ayans bien barré l'entrée, ilz peuvent dire,
Qui va là, & se preparer au combat. Par ces surprises les Iroquois jadis
en nombre de huit mille hommes ont exterminé les _Algumquins_, ceux de
_Hochelaga_, & autres voisins de la grande riviere. Toutefois quand noz
Sauvages souz la conduite de _Membertou_ allerent à la guerre contre les
Armouchiquois, ilz se mirent en chaloupes & canots: mais aussi
n'entrent-ilz point dans le païs: ais les tuerent à la frontiere au port
de _Chouakoet_. Et d'autant que cette guerre, le sujet d'icelle, le
conseil, l'execution, & la fin, ont eté par moy décrits en vers François
qui sont rapportez ci-aprés parmi ce que j'ay intitulé, LES MUSES DE LA
NOUVELLE-FRANCE, je prieray mon Lecteur d'avoir là recours, pour
n'écrire une chose deux fois. Je diray seulement qu'étant à la riviere
saint-Jehan le Sagamos _Chkoudun_ homme Chrétien & François de courage,
fit voir à un jeune homme de Retel nommé le Févre, & à moy, comme ilz
vont à la guerre: & aprés la Tabagie sortirent environ quatre vints de
sa ville, ayans mis bas leurs manteaux de peluche, c'est à dire tout
nuds, portans chacun un pavois qui leur couvroit tout le corps, à la
façon des anciens Gaullois qui passerent en la Grece souz le Capitaine
_Brennus_, déquels ceux qui ne pouvoient guayer les rivieres, se
mettoient sur leurs boucliers qui leur servoient de bateaux, ce dit
Pausanias. Avec ces pavois ils avoient chacun sa masse de bois, le
carquois sur le dos & l'arc en main, marchans comme en dansant. Je ne
pense pas toutefois que quand ils approchent l'ennemi pour combattre ilz
soient tant retenus que les anciens Lacedemoniens, léquels dés l'âge de
cinq ans on accoutumoit à une certaine façon de danse, de laquelle ils
usoient en allant au combat, sçavoir d'une cadence douce & posée, au son
des flutes, afin de venir aux mains d'un sens froid & rassis, & ne se
troubler point l'entendement: pour pouvoir aussi discerner les asseurez
d'entre les craintifs comme dit Plutarque: Mais plutot ilz vont
furieusement, avec des grandes clameurs & hurlemens effroyables, afin
d'étonner l'ennemi, & se donner mutuelle asseurance. Ce qui se fait
entre tous les Indiens Occidentaux.
En cette montre noz Sauvages s'en allerent fair le tour d'une colline, &
comme le retour étoit un peu tardif, nous primmes la route vers nôtre
barque, où noz gens étoient en crainte qu'on ne nous eüt fait quelque
tort.
En la victoire lz tuent tout ce qui peut resister: mais ilz pardonnent
aux femmes & enfans. Les Bresiliens au contraire prennent tant qu'ilz
peuvent de prisonniers & les reservent pour les mettre en graisse, les
tuer, les manger en la premiere assemblée qu'ilz feront. Qui est une
manière de sacrifice entre les peuples qui ont quelque forme de
Religion, d'où ceux-ci ont pris cette inhumaine coutume. Car
anciennement ceux qui étoient veincus étoient sacrifiez aux Dieux
pretendus autheurs de la victoire, d'oz est venu qu'on les appelloit
_Victimes_, par ce qu'ils étoient veincus: _Victima à Victis_. On les
appelloit aussi Hosties, _ab Hoste_, par ce qu'ils étoient ennemis. Ceux
qui mirent en avant le nom de _Supplice_ le firent préque à un méme
sujet, faisans faire des _Supplications_ aux Dieux des biens de ceux
qu'ilz condemnoient à mort. Telle a eté la coutume en plusieurs nations
de sacrifier les ennemis aux Dieux, & se prattiquoit encore au Perou, au
temps que les Hespagnols y allerent premierement.
Nous lisons en la sainte Ecriture, que le Prophete Samuel mit en pieces
Agag Roy des Hamalekites devant le Seigneur en Ghilgal. Ce qu'on
pourroit trouver étrange, veu qu'il n'étoit rien de si doux que ce saint
Prophete. Mais il faut ici considerer que ç'a eté un special mouvement
de l'Esprit de Dieu qui l'a suscité à se rendre executeur de la justice
divine alencontre d'un ennemi du peuple d'Israël au defaut de Saul
contempteur du commandement de Dieu, auquel avoit eté enjoint de frapper
Hemalek, & faire tout mourir, sans epargner aucune ame vivante: ce qu'il
n'avoit fait: & pour-ce fut-il delaissé de Dieu. Samuel donc fit ce que
Saul devoit avoir fait, il mit en pieces un homme condemné de Dieu,
lequel avoit fait maintes femmes vefves en Israël, & justement receu la
pareille: afin aussi d'accomplir la prophetie de Balaam, lequel avoit
predit long temps au-paravant que le Roy des Israëlites seroit elevé
par-dessus Agag, & seroit son Royaume haussé. Or ce fait de Samuel n'est
point sans exemple. Car quand il a eté question d'appaiser l'ire de
Dieu, Moyse a dit: _Mettés un chacun son espée sur sa cuisse, & que
chacun de vous tue son frere, son ami, son voisin._ Ainsi Elie fit tuer
les Prophetes de Baal. Ainsi à la parole de saint Pierre Ananias &
Saphira tomberent morts à ses piez.
Pour donc revenir à notre propos, noz Sauvages qui n'ont point de
religion, aussi ne font-ilz point de sacrifices: & d'ailleurs sont plus
humains que les Bresiliens, entant qu'ilz ne mangent point leurs
semblables, se contentans d'exterminer ce qui leur nuit. Mais ils ont
une generosité de mourir plutot que de tomber entre les mains de leurs
ennemis. Et quand le sieur de Poutrincourt fit vengeance du forfait des
Armouchiquois, il y en eut qui se firent tailler en pieces plutot que de
se laisser emporter: ou si par force on les enleve ilz se lairront
mourir de faim, ou se tueront. Mémes quant aux corps morts ilz ne
veulent point qu'ilz demeurent en la possession des ennemis, & au peril
de la vie ilz les recueillent & enlevent: ce que Tacite temoigne des
Anciens Allemans, & a eté chose coutumiere à toute nation genereuse.
La victoire acquise d'une part ou d'autre, les victorieux retiennent
prisonniers les femmes & enfans, & leur tondent les cheveux comme on
faisoit anciennement par ignominie, ainsi qu'il se voit en l'histoire
sacrée. En quoy ilz retiennent plus d'humanité que ne font quelquefois
les Chrétiens, comme nous avons veu en plusieurs rencontres és troubles
derniers. Et telle cruauté envers les prisonniers fut reprouvée par le
Prophete Elisée. Car on se doit contenter en tout cas de les rendre
esclaves, comme font noz Sauvages: ou de leur faire r'acheter leur
liberté. Mais quant aux morts ilz leur coupent les tétes en si grand
nombre qu'ils en peuvent trouver, léquelles se divisent entre les
Capitaines, mais ilz laissent la carcasse, se contentans de la peau,
qu'ilz font secher, ou la conroient, & en font des trophées en leurs
cabanes, ayans en cela tout leur consentement. Et avenant quelque féte
solennelle entre eux (j'appelle féte toutes & quantes fois, qu'ilz font
Tabagie) ilz les prennent, & dansent avec, pendues au col, ou au bras ou
à la ceinture, & de rage quelquefois mordent dedans: qui est un grand
témoignage de ce desordonné appetit de vengeance, duquel nous avons
quelquefois parlé.
Nos anciens Gaullois ne faisoient pas moins de trophées que noz Sauvages
des tétes de leurs ennemis. Car (s'il en faut croire Diodore, & Tite
Live) les ayans coupées ilz les rapporteroient pendues au poitral de
leurs chevaux, & les attachoient solemnellement avec cantiques & louange
des victorieux (selon leur coutume) à leurs portes ainsi qu'on feroit
une téte de sanglier. Quant aux tétes des Nobles ilz les embaumoient &
les gardoient soigneusement dans des caisses, pour en faire montre à
ceux qui les venoient voir, & pour rien du monde ne les rendoient ni aux
parens, ni à autres. Les Boiens (qui sont ceux de Bourbonnois) faisoyent
davantage. Car aprés avoir vuidé la cervelle ilz bailloient les
carcassea à des orfévres pour les étoffer d'or, & en faire des vaisseaux
à voire, déquels ilz se servoient és choses sacrées, & solennitez
saintes. Que si quelqu'un trouve ceci étrange, il faut qu'il trouve
encor plus étrange ce qui est rapporté des Hongres par Virgenere sur
Tite Live, déquels il dit qu'en l'an mille cinq cens soixante six étant
prés Iavarin, ilz lechoient le sang des tétes des Trucs qu'ils
apportoient à l'Empereur Maximilian: ce qui passe la barbarie qu'on
pourroit objecter à noz Sauvages.
Voire je diray qu'ils ont plus d'humanité que beaucoup de Chrétiens, qui
depuis cent ans en diverses occurrences ont exercé sur les femmes &
enfans des cruautez plus que brutales, dont les Histoires sont pleines:
& à ces deux sortes de creatures noz Sauvages pardonnent,
_Du Lion genereux imitans la vertu,_
_Qui jamais ne s'attaque au soldat abbatu._
[Illustration]