_Des Lettres_
CHACUN sçait assez que ces peuples Occidentaux n'ont point l'usage Des
lettres, & c'est ce que tous ceux qui en ont écrit disent qu'ils ont
davantage admiré, de voir que par un billet de papier je face conoitre
ma volonté d'un monde à un autre, & pensoient qu'en ce papier il y eust
de l'enchanterie. Mais ne se faut tant emerveiller de cela si nous
considerons qu'au temps des Empereurs Romains Plusieurs nations de deça
ignoroient les secrets d'icelles, entre léquelles Tacite met les
Allemans (qui pour le jourd'hui formillent en hommes studieux) & adjoute
un trait notable. Que les bonnes moeurs ont là plus de credit,
qu'ailleurs les bonnes loix.
Quant à noz Gaullois il n'étoit pas ainsi d'eux. Car dés les vieux
siecles de l'âge d'or ils avoient l'usage des lettres, mémes avant les
Grecs & Latins (n'en déplaise à ces beaux Docteurs qui les appellent
barbares). Car Xenophon, qui parle d'eux, & de leur origine en ses
Æquivoques, nous temoigne que les lettres que Cadmus apporta aux Grecs
ne ressembloient pas les Phoeniciennes, mais celles des Galates (c'est à
dire Gaullois) & Mæsoniens. En quoy Cæsar s'est æquivoqué ayant dit que
les Druides usoient de lettres Grecques és choses privées: car au
contraire les Grecs ont usé des lettres Gaulloises. Et Berose dit que le
troisiéme Roy des Gaulles aprés le deluge, nommé Sarron, institua des
Universitez pardeça, & adjoute Diodore, que'és Gaulles y avoit des
Philosophes & Theologiens appellez Sarronides (beaucoup plus anciens que
les Druides) léquels étoient fort reverés, & auquels tout le peuple
obeissoit, ainsi qu'aujourd'hui en la Chine, où les commandemens &
charges se donnent aux philosophes & à la vertu. Les mémes autheurs
disent que Bardis cinquiéme Roy des Gaullois inventa les rhimes &
Musique, & introduisit des Poëtes & Rhetoriciens qui furent appellez
Bardes, déquels Cæsar & Strabon font mention. Mais le méme Diodore écrit
que les Poëtes étoient parmi eux en telle reverence, que quand deux
armées étoient prétes à choquer ayans desja les coutelas degainez, ou
les javelots en main pour donner dessus, ces Poëtes survenans chacun
cessoit & remettoit ses armes: tant l'ire cede à la sapience, méme entre
les barbares plus farouches, & tant MARS REVERE LES MUSES, dit
l'Autheur. Ainsi j'espere que nôtre Roy tres-Chrétien, tres-Augtuste &
tres-victorieux HENRY IIII, aprés le tonnerre des sieges de villes & des
batailles cessé, reverant les Muses & les honorant comme il a desja
fait, non seulement il remettra sa fille ainée en son ancienne
splendeur, & lui donnera, étant fille Royale, la proprieté de ce Basilic
attaché au temple d'Apollon, lequel par une vertu occulte empéchoit que
les araignes n'ourdissent leurs toiles au long de ses parois: Mais aussi
établira sa Nouvelle-France, & amenera au giron de l'Eglise tant de
pauvres peuples qu'elle porte affamez de la parole de Dieu, qui sont
proye à l'enfer: & que pour ce faire il donnera moyen d'y conduire des
Sarronides & des Bardes Chrétiens portans la Fleur-de-lis au coeur,
léquels instruiront & civiliseront ces peuples vrayment barbares, & les
ameneront à son obeissance.
Tel avoit eté mon desir & mon espoir. Mais un parricide abominable
engendré de la bave de Cerbere, imbu de la doctrine de quelques uns qui
enseignent à tuer les Rois souz le nom de tyrans, a trenché le filet de
la vie à nôtre grand HENRY l'honneur des Rois, au milieu de ses liesses
& de sa ville capitale: Sur quoy je fis coucher au frontispice de la
harangue funebre prononcée en l'Eglise saint Gervais à Paris, par le
docte & subtile Docteur Theologien nostre Maistre Nicolas de Paris, en
l'honneur de ce bon & grand Roy, le Sonnet qui s'ensuit:
SONNET SUR LA MORT
DU GRAND HENRY ROY DE
France & de Navarre.
_QUOY doncques est-il mort ce Mars toujours vainqueur,_
_Notre Hercule Gaullois, ce foudre de la guerre_
_Qui promettoit bien-tot la mécreante terre_
_Reduire par son bras sous le joug du Seigneur!_
_Pleurez-le, bons François, & des ïeux & du coeur,_
_Car en luy vôtre gloire a comme d'un tonnerre_
_Ressenti les éclats, & ce lieu qui l'enserre_
_Enserre quant & lui de France le bon-heur._
_Malheureux assassin quelle maudite école_
_T'a montré d'attenter sur l'Oint du Souverain,_
_Et mettre dessus lui ta parricide main!_
_O cieux qui tout voyés rompez vôtre carole,_
_Soleil détourne toy pour ne voir ce forfait_
_Terre ouvre tes enfers pour venger ce meffait._