CHAP VII

_Des Lettres_

CHACUN sçait assez que ces peuples Occidentaux n'ont point l'usage Des

lettres, & c'est ce que tous ceux qui en ont écrit disent qu'ils ont

davantage admiré, de voir que par un billet de papier je face conoitre

ma volonté d'un monde à un autre, & pensoient qu'en ce papier il y eust

de l'enchanterie. Mais ne se faut tant emerveiller de cela si nous

considerons qu'au temps des Empereurs Romains Plusieurs nations de deça

ignoroient les secrets d'icelles, entre léquelles Tacite met les

Allemans (qui pour le jourd'hui formillent en hommes studieux) & adjoute

un trait notable. Que les bonnes moeurs ont là plus de credit,

qu'ailleurs les bonnes loix.

Quant à noz Gaullois il n'étoit pas ainsi d'eux. Car dés les vieux

siecles de l'âge d'or ils avoient l'usage des lettres, mémes avant les

Grecs & Latins (n'en déplaise à ces beaux Docteurs qui les appellent

barbares). Car Xenophon, qui parle d'eux, & de leur origine en ses

Æquivoques, nous temoigne que les lettres que Cadmus apporta aux Grecs

ne ressembloient pas les Phoeniciennes, mais celles des Galates (c'est à

dire Gaullois) & Mæsoniens. En quoy Cæsar s'est æquivoqué ayant dit que

les Druides usoient de lettres Grecques és choses privées: car au

contraire les Grecs ont usé des lettres Gaulloises. Et Berose dit que le

troisiéme Roy des Gaulles aprés le deluge, nommé Sarron, institua des

Universitez pardeça, & adjoute Diodore, que'és Gaulles y avoit des

Philosophes & Theologiens appellez Sarronides (beaucoup plus anciens que

les Druides) léquels étoient fort reverés, & auquels tout le peuple

obeissoit, ainsi qu'aujourd'hui en la Chine, où les commandemens &

charges se donnent aux philosophes & à la vertu. Les mémes autheurs

disent que Bardis cinquiéme Roy des Gaullois inventa les rhimes &

Musique, & introduisit des Poëtes & Rhetoriciens qui furent appellez

Bardes, déquels Cæsar & Strabon font mention. Mais le méme Diodore écrit

que les Poëtes étoient parmi eux en telle reverence, que quand deux

armées étoient prétes à choquer ayans desja les coutelas degainez, ou

les javelots en main pour donner dessus, ces Poëtes survenans chacun

cessoit & remettoit ses armes: tant l'ire cede à la sapience, méme entre

les barbares plus farouches, & tant MARS REVERE LES MUSES, dit

l'Autheur. Ainsi j'espere que nôtre Roy tres-Chrétien, tres-Augtuste &

tres-victorieux HENRY IIII, aprés le tonnerre des sieges de villes & des

batailles cessé, reverant les Muses & les honorant comme il a desja

fait, non seulement il remettra sa fille ainée en son ancienne

splendeur, & lui donnera, étant fille Royale, la proprieté de ce Basilic

attaché au temple d'Apollon, lequel par une vertu occulte empéchoit que

les araignes n'ourdissent leurs toiles au long de ses parois: Mais aussi

établira sa Nouvelle-France, & amenera au giron de l'Eglise tant de

pauvres peuples qu'elle porte affamez de la parole de Dieu, qui sont

proye à l'enfer: & que pour ce faire il donnera moyen d'y conduire des

Sarronides & des Bardes Chrétiens portans la Fleur-de-lis au coeur,

léquels instruiront & civiliseront ces peuples vrayment barbares, & les

ameneront à son obeissance.

Tel avoit eté mon desir & mon espoir. Mais un parricide abominable

engendré de la bave de Cerbere, imbu de la doctrine de quelques uns qui

enseignent à tuer les Rois souz le nom de tyrans, a trenché le filet de

la vie à nôtre grand HENRY l'honneur des Rois, au milieu de ses liesses

& de sa ville capitale: Sur quoy je fis coucher au frontispice de la

harangue funebre prononcée en l'Eglise saint Gervais à Paris, par le

docte & subtile Docteur Theologien nostre Maistre Nicolas de Paris, en

l'honneur de ce bon & grand Roy, le Sonnet qui s'ensuit:

SONNET SUR LA MORT

DU GRAND HENRY ROY DE

France & de Navarre.

_QUOY doncques est-il mort ce Mars toujours vainqueur,_

_Notre Hercule Gaullois, ce foudre de la guerre_

_Qui promettoit bien-tot la mécreante terre_

_Reduire par son bras sous le joug du Seigneur!_

_Pleurez-le, bons François, & des ïeux & du coeur,_

_Car en luy vôtre gloire a comme d'un tonnerre_

_Ressenti les éclats, & ce lieu qui l'enserre_

_Enserre quant & lui de France le bon-heur._

_Malheureux assassin quelle maudite école_

_T'a montré d'attenter sur l'Oint du Souverain,_

_Et mettre dessus lui ta parricide main!_

_O cieux qui tout voyés rompez vôtre carole,_

_Soleil détourne toy pour ne voir ce forfait_

_Terre ouvre tes enfers pour venger ce meffait._

Histoire de la Nouvelle-France (Version 1617) · 第 247 / 303 题