Cabanne, Oüagoan

Pain, Caracona

Vin, Chabaüan saaket

Chair, ïoux

Graisse, Mimera

Blé, Cromcouch'

Beurre, Cacamo

Sel, Saraoé

Faim, Peskabaüan, ou Pech'ktemay, ou Keouigin.

Farine, Oabeeg

Pois, ïerraoué

Feves, Pichkageguin

Galette, Mouschcoucha

Cuisinier, Atoctegic

Arc, Tabi

Fleche, Pomio

Fer de fleche, Nachoutugan

Carquois, Pitrain

Arquebuze, Piscoué

Epée, Ech'pada

Capitaine, Sagmo, Hirmo

Prisonnier esclave, Kichtech'

Couteau, Hoüagan

Plat, ou Escuelle, Ouragan

Culiere, Nememekouën

Baton, Makia

Peigne, Arcoenet

J'ay voulu ici raporter ce que dessus, pour montrer la facilité de leur

prononciation: & en eusse peu fair un plus long dictionaire si mon sujet

l'eût permis. Mais cela suffira à mon intention. D'une chose

veux-j'avertir mon lecteur, que quoy que j'aye cherché & demandé

curieusement quelque regle pour la variation des noms & verbes de la

langue de noz Sauvages, je n'en ay jamais rien peu apprendre. Item sera

observé qu'ils ont en leur prononciation le (s) des Grecs au lieu de

nôtre (u) & terminent volontiers les mots en (a) comme Souriquois,

_Souriquoa_, Capitaine _Capitaina_: Normand, _Normandia_: Basque,

_Basquoa_: une Martre, _Martra_, Banquet, _Babaguia_: &c. Mais il y a

certaines lettres qu'ilz ne peuvent bien prononcer, sçavoir (v) consone,

& (f) au lieu dequoy ilz mettent (b) & (p) comme Févre, _Pebre_. Et pour

(Sauvage) ilz disent _Chabaia_, & s'appellent eux-mémes tels, ne sachans

en quel sens nous avons ce mot. Et neantmoins ilz prononcent mieux le

surplus de la langue Françoise que noz Gascons, léquels outre

i'inversion de l'(u) en (b) & du (b) en (u) és troubles derniers étoient

encore reconus & mal-menés en Provence par la pronunciation du mot

_Cabre_, au lieu duquel ilz disoient _Crabe,_, ainsi que jadis les

Ephrateens ayans perdu la bataille contres les Galaadites, pensans fuir

étoient reconus au passage du Jordain par la prononciation du mot

_Schibboleth_, qui signifie un épic, au lieu duquel ilz prononçoient

_Sibboleth_ (qui signifie le gay d'une riviere) demandans s'ilz

pourroient bien passer. Les Grecs aussi avoient diverses prononciations

d'un méme mot, pour ce qu'ils avoient quatre langues distinctes separées

de la commune. Et en Plaute nous lisons que les Prænestin non gueres

élognez de Rome Prononçoient _Konia_, au lieu de _Ciconia_. Mémes

aujourd'hui les bonnes femmes de Paris disent encore _mon Courin_ pour

_mon Cousin_, & _mon mazi_, pour _mon mari_.

Or pour revenir à noz Sauvages, jaçoit que par le commerce plusieurs de

noz François les entendent, neantmoins ils ont une langue particuliere

qui est seulement à eux conue: ce qui me fait douter de ce que j'ay dit

que la langue qui étoit en _Canada_ au temps de Jacques quartier n'est

plus en usage. Car pour s'accommoder à nous ilz nous parlent du langage

qui nous est plus familier, auquel y a beaucoup du Basque entremelé: non

point qu'ilz se soucient gueres d'apprendre noz langues: car il y en a

quelquefois qui disent qu'ilz ne nous viennent point chercher: mais par

longue hantise force de retenir quelque mot.

Ayans divers langages entre eux-mémes, & ces peuples étans tous divisez

les uns des autres en ce regard, & peu curieux d'apprendre noz langues

(qui neantmoins est un point bien necessaire) je continue au propos que

j'ay dit ci-dessus, que pour les enseigner utilement & parvenir bien-tot

à leur conversion, & les nourrir d'un laict qui ne leur soit point amer,

il ne les faut surcharger de langues inconues, la Religion ne consistant

point en cela. Et par ce moyen sera satisfait au desir de l'Apôtre

sainct Paul, lequel écrivant aux Corinthiens, disoit, _J'aime mieux

prononcer en l'Eglise cinq paroles en mon intelligence afin que

j'instruise aussi les autres, que dix mille paroles en langage inconu_.

Ce que saint Chrysostome interpretant: _Il y en avoit déja anciennement_

(dit-il) _plusieurs qui avoient le don de prier, & prioient certainement

en langue persane, ou Romane, mais ilz n'entendoient pas ce qu'ils

avoient dit._ C'est une des bonnes parties de la Religion que la priere,

en laquelle il est bien necessaire qu'on entende ce que l'on demande. Et

ne puis penser que le peu de devotion qui se voit préque en toute

l'Eglise, vienne d'ailleurs, que faute d'entendre ce que l'on prie: ce

que si plusieurs personnes endurcies au vice comprenoient de

l'intelligence aussi bien que des aureilles, je croy que la pluspart se

fondroient en larmes bien souvent entendans le contenu soit aux Pseaumes

de David, soit en leurs autres prieres. Non qu'il faille changer le

service ordinaire de l'Eglise: Mais si en l'assemblée Ecclesiastique de

Trente le Conseil de France a trouvé bon pour la generale union de

l'Eglise, & consolation des ames, de demander entre autres choses

quelques prieres & cantiques approuvez de nos Evéques & Docteurs, en

langue vulgaire, & entendue, cela se peut à beaucoup meilleure raison

accorder à ces pauvres Sauvages, déquels il faut chercher le salut sur

toutes choses, & le chemin pour y bien-tot parvenir.

Je diray encore ici touchant les nombres (puis que nous en avons parlé)

qu'ilz ne content point distinctement, comme nous les jours, les

semaines, les mois, les années: ains declarent les années par soleils,

comme pour cent années ilz dirent _Cach'metren achtek_, c'est à dire

cent soleils, _bitumetrenagué achtek_, mille soleils, c'est à dire mille

ans: _metrem Knichkaminau_, dix lunes, _tabo metrenguenak_, vint jours.

Et pour demontrer une chose innumerable, comme le peuple de Paris, ilz

prendront leurs cheveux, ou du sable à pleine mains: & de cette façon de

conter use bien quelquefois l'Ecriture sainte, comparant (par hyperbole)

des armées au sable qui est sur le rivage de la mer. Ilz signifient

aussi les saisons par leurs effects, comme pour donner à entendre que le

_Sagamos_ Poutrincourt viendra au Printemps, ilz diront _nibir betour,

Sagmo_ (pour _Sagamos_, mot racourci) _Poutrincourt betour eta, Ke

deretch_, c'est à dire: La fueille venue, alors le Sagamos Poutrincourt

viendra, certainement. N'ayans donc distinction de jours, ni de saisons,

aussi ne sont ilz persecutez par l'impitié des crediteurs, comme

pardeça: & leurs _Autmoins_ ne leur roignent ni allongent les années

pour gratifier les peagers & banquiers, comme faisoient anciennement

(par corruption) des Prétres idolatres de Rome, auquels on avoit

attribué le reglement & disposition des temps, des saisons & des années,

ainsi que dit Solin.

Histoire de la Nouvelle-France (Version 1617) · 第 246 / 303 题