M. Baum rit.

--Oui, l’Italie c’est tout de même quelque chose... Par exemple, prenez

Venise...

Je m’arrêtai.

--Vous vous rappelez encore Venise?

--Mais je vous en prie, gémit-il, car il était trop gros pour s’indigner

sans fatigue, je vous en prie, comment n’aurais-je pas? Lorsqu’on a vu

cela une fois... cette piazzetta... n’est-ce pas?

--Oui, répondis-je, j’aime particulièrement à me rappeler la promenade

du canal, ce glissement léger et silencieux au bord des passés...

--Le Palazzo Franchetti, m’interrompit-il.

--La Cà d’Oro, répliquai-je.

--Le marché aux poissons.

--Le Palazzo Vendramin.

--... où Richard Wagner, ajouta-t-il vite, en Allemand cultivé qu’il

était.

Je hochai la tête:

--Le ponte, savez-vous.

Il eut un sourire orienté.

--Bien entendu, et le musée, sans oublier l’Académie où un Titien...

M. Baum s’était soumis de la sorte à un examen assez fatigant. Je

résolus de le dédommager par une histoire, et je commençai sans autre:

--Si vous passez sur le ponte di Rialto, le long du Fondaco dei Turchi

et du marché aux poissons, et si vous dites à votre gondolier: «A

droite!» il vous regardera peut-être bien avec un peu d’étonnement et

vous demandera même: «Dove?» Mais vous vous entêtez à tourner à droite,

vous quittez votre barque au bord d’un des petits canaux sales, vous

marchandez avec lui, vous criez, et, à travers des défilés de rues et de

porches noirs de suie, débouchez sur une petite place ouverte. Tout

cela, simplement parce que mon histoire se déroule là.

Histoires du bon Dieu · 第 16 / 27 题