l'aurait pensé à première vue. Au point de vue du service
télégraphique, son usage ne peut être évidemment qu'assez restreint,
puisqu'il ne laisse pas de traces des dépêches transmises, et que sa
vitesse de transmission est moins grande que celle des télégraphes
perfectionnés; mais il est une foule de cas où son emploi peut être
précieux, même comme système télégraphique, car pour le faire
fonctionner il n'est pas besoin d'une éducation télégraphique
spéciale. Le premier venu peut transmettre et recevoir avec le
téléphone, ce qu'on ne pourrait certainement pas faire avec les
appareils télégraphiques, même les plus simples. Aussi ce système
est-il employé maintenant pour le service des établissements publics
et industriels, pour les services des mines, pour les travaux
sous-marins, pour la marine militaire, surtout lorsque plusieurs
vaisseaux marchent de conserve dans les mêmes eaux et à la remorque
les uns des autres, enfin, pour les opérations militaires, soit pour
les transmissions d'ordres à divers corps d'armée, soit pour les
correspondances à échanger dans les écoles de tir. En Amérique, le
service des télégraphes municipaux et des télégraphes privés à
l'intérieur des villes est effectué de cette manière, et il est
probable que ce système sera prochainement adopté en Europe. Déjà en
Allemagne un service de cette nature est établi depuis l'automne
dernier aux bureaux télégraphiques de certaines villes, et le
Post-office de Londres s'occupe en ce moment de l'établir en
Angleterre. Il est à supposer que le réseau municipal de notre
administration française sera un jour ou l'autre desservi ainsi. Mais
indépendamment des services qu'il peut rendre comme appareil de
correspondance, le téléphone peut être d'un grand secours aux services
télégraphiques eux-mêmes en fournissant un moyen des plus simples
d'obtenir un grand nombre de transmissions télégraphiques simultanées
à travers un même fil et même d'être associés en _Duplex_ avec des
télégraphes Morse. Ses applications sous la forme de microphone sont
incalculables, et le proverbe qui dit que _les murs ont des oreilles_
pourra devenir de cette manière matériellement vrai. On est effrayé
des conséquences que pourrait avoir un organe aussi indiscret. MM. les
diplomates devront évidemment redoubler de réserve, et les tendres
confidences ne pourront plus se faire avec le même abandon. Y
gagnera-t-on? nous n'osons le croire, mais en revanche le médecin
pourra vraisemblablement un jour en tirer parti pour étudier avec une
plus grande facilité tout ce qui se passe dans notre corps.
APPLICATION DU TÉLÉPHONE AUX TRANSMISSIONS TÉLÉGRAPHIQUES SIMULTANÉES.
L'une des plus curieuses et des plus importantes applications du
téléphone est celle qu'on peut en faire aux appareils télégraphiques
pour transmettre simultanément plusieurs dépêches à travers le même
fil, et nous avons vu que c'était cette application qui avait conduit
MM. Gray et Bell à leurs téléphones parlants que nous admirons tant
aujourd'hui, et qui ont fait perdre un peu de vue les conceptions
primitives, bien qu'elles aient peut-être une plus grande importance
pratique. Ce sont de ces systèmes dont nous allons maintenant nous
occuper.
Pour obtenir la transmission simultanée, il n'est pas besoin d'un
téléphone articulant; les téléphones musicaux imaginés par MM.
Pétrina, Elisha Gray, Froment, etc., peuvent parfaitement suffire, et
pour qu'on puisse le comprendre, il me suffira d'en exposer
brièvement le principe: Qu'on imagine aux deux stations en
correspondance sept vibrateurs électro-magnétiques accordés sur les
différentes notes de la gamme et d'après un même diapason, et
admettons qu'une touche analogue à une clef de télégraphe Morse
permette, par son abaissement, de faire réagir électriquement chaque
vibrateur; on comprendra aisément que ces vibrateurs pourront faire
réagir par le même moyen les vibrateurs correspondants de la station
opposée, mais il faudra qu'ils soient accordés sur la même note, et la
durée des sons émis sera en rapport avec la durée de l'abaissement des
touches. On pourra donc, au moyen d'un abaissement court ou prolongé,
obtenir des sons longs et brefs qui pourront constituer les éléments
du langage télégraphique usité dans le système Morse, et, par
conséquent, se prêter à une transmission télégraphique auditive.
Admettons maintenant que, devant chacun des vibrateurs dont nous avons
parlé, soit placé un employé télégraphiste façonné à ce genre de
transmission, et que ces employés transmettent en même temps par ce
moyen des dépêches différentes: le fil télégraphique se trouvera
instantanément traversé par sept courants interrompus et superposés
qui, à la station d'arrivée, sembleraient ne devoir fournir sur tous
les vibrateurs qu'un mélange de bruits confus, mais qui, en raison de
l'accord existant entre les vibrateurs en correspondance,
n'influenceront d'une manière sensible que ceux de ces vibrateurs
auxquels ils sont destinés. La prédominance des sons ainsi reproduits,
pourra d'ailleurs être accentuée davantage en adaptant à chaque
vibrateur un _résonnateur d'Helmholtz_[27], c'est-à-dire un appareil
acoustique susceptible de ne vibrer que sous l'influence d'une seule
note sur laquelle il aura été accordé. Par ce moyen, il deviendra donc
possible de _trier_ les sons transmis et de ne faire arriver aux
oreilles de chaque employé que les sons qui lui sont destinés.
Conséquemment, que les sons soient mêlés ou non sur les vibrateurs
d'arrivée, l'employé du _do_ ne recevra que des _do_, l'employé du
_sol_ ne recevra que des _sol_, etc., de sorte que tous les employés
pourront correspondre entre eux comme s'ils avaient chacun un fil
spécial.
[Note 27: Le résonnateur d'Helmholtz repose sur ce
principe qu'un volume d'air contenu dans un vase ouvert émet
une certaine noie quand il est mis en vibration, et que la
hauteur de cette note dépend de la dimension du vase et de
celle de l'ouverture découverte. La forme employée par
Helmholtz est celle d'un globe, avec ouverture large sur un
côté et petite sur l'autre; c'est cette dernière qu'on
approche de l'oreille. S'il y a dans l'air une série de sons
musicaux, c'est celui qui est d'accord avec la note
fondamentale du globe qui est renforcé et qui est perçu parmi
tous les autres. C'est du reste le même effet qui se produit
quand en chantant dans un piano, on entend certaines cordes
qui vibrent plus fortement que les autres. Ce sont
précisément celles qui vibrent à l'unisson des sons émis. On
a donné aux résonnateurs des formes bien différentes; les
plus employées sont des caisses plus ou moins longues qui
servent en même temps de boîtes sonores.]
Tel qu'il vient d'être exposé, ce système télégraphique ne permettrait
que des transmissions auditives, et l'on ne pourrait pas, par
conséquent, obtenir aucune trace des dépêches envoyées. Pour obvier à
cet inconvénient, on a imaginé de faire réagir les vibrateurs du poste
de réception sur des enregistreurs, en disposant ceux-ci de manière
que leur organe électrique présentât assez d'inertie magnétique pour
que, étant mis en action sous l'influence des vibrations sonores, il
put maintenir l'effet produit tout le temps de la vibration.
L'expérience a montré qu'un récepteur Morse, animé par le courant
d'une pile locale, suffisait parfaitement pour cela; de sorte qu'en
faisant réagir le vibrateur musical comme relais, c'est-à-dire sur un
contact en rapport avec la pile locale et le récepteur, on pouvait
obtenir sur celui-ci les traces longues et courtes qui sont les
éléments constituants du langage Morse.
D'après ces principes, et en considérant les espaces musicaux séparant
les différentes notes de la gamme comme suffisants pour être
facilement distingués par le résonnateur, on pourrait donc obtenir
sept transmissions simultanées à travers le même fil; mais
l'expérience a montré qu'il fallait se contenter d'un moins grand
nombre. Toutefois, comme on peut appliquer à ce système les moyens de
transmission en sens contraire, on peut doubler ce nombre facilement.
Suivant M. G. Bell, l'idée de l'application du téléphone aux
transmissions électriques multiples serait venue simultanément à MM.
Paul Lacour de Copenhague, à M. Elisha Gray de Chicago, à M. C. Varley
de Londres et à M. Edison de New-Marck; mais nous croyons qu'il a fait
confusion, car nous voyons déjà, les brevets en mains, que le système
de M. Varley date de 1870, que celui de M. Paul Lacour date de
septembre 1874, que celui de M. Elisha Gray date de février 1875, et
que ceux de MM. Bell et Edison sont postérieurs; mais si on se reporte
aux caveats de M. Elisha Gray, on voit que c'est lui qui, le premier,
a conçu et exécuté des appareils de ce genre. En effet, dans un caveat
rédigé le 6 août 1874, il exposait nettement le système que nous
avons décrit précédemment et qui fut la base de ceux dont nous
parlerons plus loin. Ce caveat n'était d'ailleurs lui-même qu'un
complément de deux autres remplis en avril et en juin 1874. Quant au
système de M. Varley, il ne se rapportait que très-indirectement à
celui que nous avons exposé. Du reste, M. Bell lui-même semble avoir
abandonné maintenant toute prétention à cette invention. Voici,
toutefois, ce qu'il disait à cet égard dans son mémoire lu à la
Société des ingénieurs télégraphistes de Londres:
«Ayant été frappé de l'idée que la durée plus ou moins grande d'un son
musical pouvait représenter le point et la barre de l'alphabet
télégraphique, je pensai qu'au moyen d'un clavier de diapasons
(analogue à celui d'Helmholtz) adapté à l'une des extrémités d'une
ligne télégraphique et disposé de manière à réagir électriquement à
l'autre bout de la ligne sur des appareils électro-magnétiques
frappant sur des cordes de piano, on pourrait obtenir, par des
combinaisons convenables de sons longs et courts, des transmissions
télégraphiques simultanées, dont le nombre ne pourrait être limité que
par la délicatesse de l'ouïe. Il ne s'agissait pour cela que
d'affecter au service de la transmission un employé pour chaque touche
du clavier, et de faire en sorte que son correspondant ne put
distinguer, au milieu de tous les sons transmis, que celui qui lui
était propre. Cette idée envahit tellement mon esprit que je ne
m'occupai plus que de résoudre le problème ainsi posé, et c'est ce qui
m'a conduit à mes recherches sur la téléphonie.
«Pendant plusieurs années, je cherchai le meilleur moyen de
reproduire, à distance, les sons musicaux au moyen de Rhéotomes à
trembleur; celui qui m'a donné les meilleurs résultats était une lame
d'acier vibrant entre deux contacts et dont les vibrations étaient
provoquées et entretenues électriquement au moyen d'un électro-aimant
et d'une batterie locale. Par suite de sa vibration, les deux contacts
se trouvaient alternativement touchés, et il en résultait des
fermetures alternatives de deux circuits, l'un local qui entretenait
le mouvement de la lame, l'autre en rapport avec la ligne, et qui
réagissait à distance sur le récepteur de manière à lui faire
accomplir des vibrations isochrones. Une clef Morse était adaptée dans
ce dernier circuit près de l'appareil transmetteur, et quand elle
était abaissée, les vibrations étaient transmises à travers la ligne;
quand elle était relevée, ces vibrations cessaient, et l'on comprend
aisément qu'en abaissant plus ou moins longtemps la clef, on pouvait
obtenir les sons brefs et longs nécessaires aux différentes
combinaisons du langage télégraphique. De plus, si la lame vibrante de
l'appareil récepteur avait été réglée de manière à vibrer à l'unisson
de celle de l'appareil transmetteur correspondant, elle devait vibrer
beaucoup mieux avec ce transmetteur qu'avec un autre qui n'aurait pas
eu sa lame ainsi accordée.
«Il est facile de comprendre, d'après cette disposition
d'interrupteur, comment on peut obtenir avec plusieurs lames de sons
différents des transmissions simultanées, et comment, au poste de
réception, il est possible de distinguer les sons qui sont destinés à
chaque employé, puisque c'est celui qui se rapporte au son
fondamental de chaque lame vibrante qui est reproduit le plus
fortement par cette lame. Conséquemment, les sons provoqués par la
lame vibrante du _do_, par exemple, ne seront bien perceptibles à la
station d'arrivée que sur l'appareil dont la lame aura été accordée
sur le _do_, et il en sera de même pour les autres lames; de sorte que
les sons arriveront à destination, sinon sans confusion, du moins
suffisamment clairement pour être distingués par les employés.
«Sans entrer dans les détails de cette disposition, je dirai seulement
qu'il existait dans ce système plusieurs défauts qui peuvent se
résumer ainsi:
«1º L'employé qui devait recevoir les dépêches devait avoir une bonne
oreille musicale afin de bien distinguer la valeur des sons.
«2º Les signaux ne pouvant être produits qu'autant que les courants
transmis sont dans la même direction, il fallait employer deux fils
pour échanger les dépêches dans les deux directions.
«Je surmontai la première difficulté en adaptant au récepteur un
appareil auquel je donnai le nom d'interrupteur de circuit vibratoire
et qui permettait d'enregistrer automatiquement les sons produits. Cet
interrupteur était disposé dans le circuit d'une pile locale qui
pouvait actionner un appareil Morse sous certaines conditions. Quand
les sons émis par l'appareil ne correspondaient pas à ceux pour
lesquels il avait été accordé, l'interrupteur restait sans action sur
l'appareil télégraphique; au contraire il agissait sur lui quand les
sons émis étaient ceux qui devaient être interprétés, et naturellement
cette action durait plus ou moins, suivant que ces sons étaient brefs
ou longs. Dès lors, on obtenait sur l'appareil télégraphique les
points et les traits qui correspondaient aux signaux transmis.»
M. Bell dit encore qu'il a appliqué ce système aux télégraphes
électro-chimiques, mais nous n'insisterons pas davantage sur cette
partie de l'invention, puisque, ainsi que nous l'avons dit, il semble
l'avoir abandonnée.
=Système de M. Paul Lacour de Copenhague.=--Le système de M. Paul
Lacour a été breveté le 2 septembre 1874, mais les premières
expériences ont été faites dès le 5 juin de la même année. À cette
époque, comme M. Lacour craignait que les vibrations ne fussent pas
perceptibles sur de longues lignes, les essais ne furent entrepris que
sur une ligne assez courte; mais au mois de novembre 1874, de
nouvelles expériences furent entreprises entre Frédériccia et
Copenhague, sur une ligne dont la longueur était de 390 kilomètres, et
on put constater que les effets vibratoires pouvaient être transmis
facilement, même sous l'influence d'une pile assez faible.
Dans le système de M. P. Lacour, l'appareil transmetteur est un simple
diapason soutenu horizontalement et dont l'un des bras réagit sur un
interrupteur de courant qui peut produire à travers la ligne un nombre
d'émissions de courants exactement égal à celui des vibrations du
diapason. Si un manipulateur Morse est interposé dans le circuit, on
comprend aisément qu'en le manoeuvrant de manière à produire les
traits et les points de l'alphabet Morse, on pourra reproduire ces
sortes de signaux à la station opposée, et ces signaux s'y
manifesteront par des sons longs et courts, si un récepteur
électro-magnétique est disposé en conséquence. Ce transmetteur est
indiqué fig. 53.
La fig. 54 représente le récepteur de M. Lacour. C'est un diapason F non
plus en acier comme le diapason transmetteur, mais en fer doux et dont
chacune des branches est introduite dans le tube d'une bobine
électro-magnétique CC; deux électro-aimants particuliers M, M réagissent
très-près de l'extrémité antérieure de ces branches et de telle manière
que les polarités développées sur ces branches sous l'influence des
bobines CC, se trouvent être de noms contraires à celles des
électro-aimants M, M. Si ce double système électro-magnétique est
interposé dans un circuit de ligne, il arrivera que, pour chaque
émission de courant qui sera transmise, il se produira une attraction
correspondante des branches du diapason, d'où naîtra une vibration, et
par suite un son si ces émissions sont nombreuses. Ce son sera
naturellement bref ou long, suivant la durée d'action du transmetteur,
et il sera le même que celui du diapason de cet appareil. De plus, si
l'une des branches du diapason réagit sur un contact P introduit dans le
circuit d'une pile locale correspondant à un récepteur Morse, il pourra
se produire sur ce récepteur des traces qui seront longues ou courtes
suivant la durée des sons reproduits, car l'électro-aimant du Morse se
trouvera, si promptement actionné par ces fermetures successives de
courant, qu'il ne changera pas de place pendant toute la durée de chaque
vibration. «Je n'ai pu encore, dit M. Lacour, à l'Académie des sciences
de Danemark, en 1875, calculer le temps nécessaire pour produire dans le
diapason du récepteur des vibrations d'un ordre déterminé. Ce temps est
fonction de divers facteurs, mais l'expérience a montré que le temps qui
s'écoule avant la fermeture du circuit local est une fraction de
seconde si petite, qu'elle est presque inappréciable, même quand le
courant est très-faible.
«Comme les courants intermittents n'agissent sur un diapason qu'à la
condition que ce diapason vibre à l'unisson de celui qui produit ces
courants, il en résulte que, si on dispose à l'une des extrémités d'un
circuit une série de diapasons transmetteurs accordés sur différentes
notes de l'échelle musicale, et que l'on dispose à l'autre extrémité
une série semblable de diapasons électro-magnétiques accordés
exactement sur les autres, les courants intermittents qui seront
transmis par les diapasons transmetteurs, se superposeront sans se
confondre, et chacun des diapasons récepteurs électro-magnétiques ne
sera impressionnable qu'aux courants lancés par le diapason vibrant à
son unisson. De cette façon, les combinaisons de signaux élémentaires
représentant un mot, pourront être télégraphiées au même instant.»
M. Lacour énumère de la manière suivante les applications que l'on
peut faire de ce système: «si les clefs reliées aux diapasons
transmetteurs sont placées les unes à côté des autres et abaissées
successivement ou simultanément en nombre plus ou moins grand, il
suffira de jouer de ces clefs comme on joue de celles d'un instrument
de musique pour jouer un air à distance, ou bien encore les signaux
transmis simultanément pourront appartenir chacun à une dépêche
différente. Ce système permettra donc à la station extrême d'une ligne
de communiquer avec une ou plusieurs stations intermédiaires et
vice-versâ, sans troubler en rien l'installation des autres postes.
Ainsi deux des stations pourront s'envoyer des signaux sans que les
autres s'en aperçoivent. Cette faculté de transmettre beaucoup de
signaux à la fois donne un moyen avantageux de perfectionner le
télégraphe autographique. Dans les appareils qui existent
actuellement, tels que ceux de Caselli, de d'Arlincourt et autres, il
n'y a qu'un seul style traceur, et, pour obtenir la copie d'un
télégramme, il faut que ce style passe sur toute sa surface; mais avec
le téléphone, on peut placer un certain nombre de styles à côté les
uns des autres de manière à figurer un peigne, et il suffit de tirer
ce peigne dans un sens pour qu'il parcoure la surface du télégramme.
On obtiendra ainsi en moins de temps une copie plus fidèle.»
M. Lacour fait remarquer également que son système offre cet avantage
déjà signalé par M. Varley, que ses appareils laissent passer les
courants ordinaires sans en accuser la présence, d'où il résulterait
que les courants accidentels qui troublent généralement les
transmissions télégraphiques, seraient sans action sur les systèmes
télégraphiques dont il vient d'être question.
Dans l'origine, M. Lacour n'avait pas adapté au transmetteur de son
appareil un système électro-magnétique pour entretenir le mouvement du
diapason; mais il n'a pas tardé à reconnaître que cet accessoire était
indispensable, et il a dû faire de ses diapasons des électro-diapasons.
D'un autre côté, il a pensé à transformer les courants transmis en
courants ondulatoires en interposant dans le circuit, comme l'avait fait
du reste M. Elisha Gray, une bobine d'induction. Enfin, pour obtenir la
mise en action immédiate des diapasons et la cessation également
immédiate de leur action, il les construisit de manière à rendre leur
inertie aussi petite que possible. Le moyen qui lui a le mieux réussi a
été d'introduire d'abord les deux branches du diapason dans une même
bobine, et de prolonger en arrière le pied du diapason de manière
qu'après s'être recourbé, il passât à travers une seconde bobine, se
divisant en deux branches et embrassant sans les toucher les deux
branches vibrantes. Lorsqu'un courant traverse les deux bobines, il
produit dans ces deux systèmes qui constituent une sorte
d'électro-aimant en fer à cheval, des polarités contraires qui
provoquent une double réaction sur les branches vibrantes, réaction par
répulsion exercée par ces deux branches en raison de leur même polarité,
réaction par attraction par les deux autres branches en raison de leurs
polarités contraires, et cette action est renouvelée par le jeu d'un
interrupteur de courant adapté à l'une des branches vibrantes du
diapason.
=Système de M. Elisha Gray.=--Dans le système breveté primitivement,
chacun des transmetteurs dont nous représentons fig. 55 la
disposition, se compose d'un électro-aimant M M soutenu au-dessous
d'une petite tablette de cuivre BS, de manière que ses pôles
traversant cette tablette viennent affleurer la surface supérieure de
celle-ci. Au dessus de ces pôles se trouve fixée une lame d'acier AS
qui peut être tendue plus ou moins au moyen d'une vis S, et contre
laquelle vient appuyer une autre vis _c_, mise en rapport électrique
avec une pile locale R' par l'intermédiaire d'une clef Morse.
Au-dessous de cette lame AS se trouve un contact _d_ relié au fil de
ligne L, lequel contact, étant rencontré par la lame au moment de son
attraction par l'électro-aimant, forme le courant d'une pile de ligne
P qui agit sur le récepteur de la station opposée. Enfin des
communications électriques établies entre la pile locale R' et
l'électro-aimant, comme on le voit sur la figure, permettent de
déterminer à chaque abaissement de la clef, et à la manière des
trembleurs ordinaires, des vibrations de la part de la lame d'acier
AS, vibrations qui, par une tension convenable de cette lame et une
intensité donnée de la pile R', peuvent fournir une note musicale
déterminée. De plus, comme à chaque vibration, cette lame AS rencontre
le contact _d_, des émissions du courant de ligne sont produites à
travers la ligne L et peuvent réagir sur l'appareil récepteur en lui
faisant reproduire exactement les mêmes vibrations que sur l'appareil
transmetteur.
L'appareil récepteur que nous représentons fig. 56 est exactement
semblable à celui que nous venons de décrire, seulement le contact _d_
manque au-dessous de la lame vibrante AS, et le contact _c_, au lieu
de correspondre au fil de ligne, est relié électriquement à un
enregistreur E et à une pile locale P. Or il résulte de cette
disposition que quand la lame AS vibre sous l'influence des courants
interrompus traversant l'électro-aimant MM, des vibrations semblables
sont transmises à travers l'enregistreur; mais si l'organe
électro-magnétique de cet enregistreur est convenablement réglé, ces
vibrations ne pourront produire que l'effet d'un courant continu, et
dès lors les traces laissées sur l'appareil seront plus ou moins
longues suivant la durée des sons produits; on aura donc de cette
manière l'enregistration des traits et des points qui composent les
signaux du vocabulaire Morse.