Si l'on considère maintenant que la lame AS peut vibrer d'autant plus

facilement, sous l'influence des attractions électro-magnétiques, que

le nombre de ces attractions se rapproche davantage de celui des

vibrations correspondantes au son fondamental qu'elle peut émettre,

on comprend immédiatement qu'en accordant cette lame sur celle de

l'appareil transmetteur correspondant de manière à lui faire produire

le même son, elle deviendra particulièrement impressionnable aux

vibrations transmises par le transmetteur, et les autres vibrations

qui pourraient l'affecter n'agiront que faiblement. De plus, un

résonnateur placé au-dessus de cette lame pourra encore augmenter dans

une grande proportion cette prédisposition; de sorte que si plusieurs

systèmes de ce genre, accordés sur des tons différents, fournissent

des transmissions simultanées, les sons en rapport avec les

différentes vibrations transmises, se trouveront en quelque sorte

triés et distribués, malgré leur mélange, sur les récepteurs qui leur

sont spécialement appropriés, et chacun d'eux pourra conserver les

traces des sons émis, par l'adjonction de l'enregistreur qui pourra

être d'ailleurs un récepteur Morse ordinaire convenablement disposé.

Suivant M. Elisha Gray, il peut y avoir autant d'appareils

transmetteurs et de circuits locaux indépendants qu'il y a de tons et

de demi-tons dans deux octaves, ou plus, pourvu que chaque lame

vibrante soit accordée sur une note différente de l'échelle musicale.

Les instruments pourront être placés les uns à côté des autres, et

leurs clefs locales respectives, disposées comme les touches d'un

piano, permettront de jouer facilement un air composé de notes et

d'accords; on pourra encore espacer les appareils et même les éloigner

assez les uns des autres pour que chaque employé ne soit pas importuné

par des sons autres que ceux qui sont propres à l'appareil dont il

est chargé.

Dans une nouvelle disposition qui a figuré à l'Exposition universelle

de 1878, M. Elisha Gray a modifié assez notablement le mode de

fonctionnement des divers organes électro-magnétiques que nous venons

de décrire; cette fois les lames sont constituées par de véritables

diapasons à une branche qui vibrent continuellement aux deux stations,

et les signaux ne sont perçus que par des renforcements dans

l'intensité des sons produits. Cette disposition a été la conséquence

de la nécessité dans laquelle on se trouve, pour des transmissions

multiples de ce genre, de maintenir le circuit de ligne toujours

fermé, afin de réagir avec des courants ondulatoires, les seuls qui,

ainsi qu'on l'a vu page 39, peuvent conserver à plusieurs sons

transmis simultanément leur caractère individuel.

Dans ces conditions, le transmetteur se compose, comme on le voit fig.

57, d'une branche de diapason _a_ munie d'une rainure dans laquelle

peut courir un curseur pesant afin d'accorder le diapason sur la note

voulue, et qui oscille entre deux électro-aimants _e_ et _f_ et deux

contacts I et G. Ces électro-aimants ont une résistance

très-différente; celle de l'un _f_ est de 3 kilomètres de fil

télégraphique, et celle de l'autre ne dépasse pas 400 mètres. Les

communications électriques étant établies ainsi qu'on le voit sur la

figure, voici ce qui se passe: le courant de la pile locale BL étant

fermé à travers les deux électro-aimants _e_ et _f_ par le contact de

repos de la clef Morse H, la lame _a_ se trouve sollicitée par deux

actions contraires; mais comme l'électro-aimant _f_ a plus de spires

que l'électro-aimant _e_, son action est prépondérante, et la lame _a_

se trouve attirée du côté de _f_, déterminant avec le ressort G un

contact qui ouvre une issue moins résistante au courant; celui-ci

passant alors presqu'entièrement par G, _b_, 1, 2, B, permet à

l'électro-aimant _e_ d'exercer à son tour son action; la lame _a_ se

trouve alors attirée vers _e_ et, déterminant un contact sur le

ressort I, peut transmettre à travers la ligne télégraphique le

courant de ligne BP, si la clef H est en ce moment abaissée sur le

contact de transmission; si elle ne l'est pas, aucun effet n'a lieu

de ce côté, mais comme la lame _a_ a abandonné le ressort G, le

premier effet attractif de l'électro-aimant _f_ se renouvelle et tend

à attirer de nouveau la lame vers _f_, et les choses se renouvelant

ainsi indéfiniment, la vibration de la lame _a_ se trouve entretenue,

déterminant des émissions de courants de ligne en rapport avec ces

vibrations, toutes les fois que la clef H se trouve abaissée. Ces

vibrations sont d'ailleurs facilitées par l'élasticité de la lame qui

doit d'ailleurs être mise en vibration mécaniquement au début.

Le récepteur que nous représentons fig. 58, consiste dans un

électro-aimant M, monté sur une caisse sonore C et dont l'armature est

constituée par une lame de diapason LL solidement fixée sur la caisse

avec arqueboutement par une traverse T. Cette armature porte un

curseur P, mobile dans une rainure, qui permet d'accorder ses

vibrations propres sur la note fondamentale de la caisse sonore C,

laquelle doit vibrer à l'unisson avec elle et est disposée en

conséquence. Par conséquent, quand la lame LL vibre, l'intensité de la

note fondamentale est amplifiée suivant les lois bien connues des

résonnateurs, et un son ne pourra être reproduit par elle qu'à la

condition de vibrer à l'unisson avec elle. Dans ces conditions, la

caisse aussi bien que le diapason agira donc comme un analyseur des

vibrations transmises par les courants, et pourra faire fonctionner

l'enregistreur en réagissant elle-même sur un interrupteur de courant

local. Pour obtenir ce résultat, il suffit de tendre devant

l'ouverture de la caisse une membrane de baudruche ou de parchemin et

d'y adapter un contact de platine disposé de manière à rencontrer,

quand la membrane entre en vibration, un ressort métallique relié à un

enregistreur quelconque, soit un appareil Morse. Toutefois, comme en

Amérique les dépêches sont généralement reçues au son, on n'emploie

pas ce complément du système.

On règle l'appareil non-seulement au moyen du curseur P mais encore

d'une vis de réglage V qui permet de placer l'électro-aimant M dans

une position convenable; ce réglage est assuré au moyen de la petite

vis _v_, et l'appareil est relié à la ligne par le bouton d'attache B.

Ce double dispositif est naturellement établi pour chacun des systèmes

de transmission.

Comme je le disais, on pourrait à la rigueur transmettre simultanément

de cette manière sept dépêches différentes à la fois, mais jusqu'à

présent M. Elisha Gray n'a disposé ses appareils que pour quatre; il

leur a appliqué toutefois la combinaison en _duplex_, ce qui lui a

permis de doubler le nombre des transmissions; de sorte que huit

dépêches peuvent être transmises en même temps, quatre dans le même

sens, quatre en sens contraire.

D'après l'_Engineering_ et du reste d'après ce que m'a affirmé M.

Haskins, ce système aurait fonctionné avec le succès le plus complet

sur les lignes de la Western-Union Telegraph Company, de Boston à

New-York et de Chicago à Milwaukee. Mais depuis ces expériences, de

nouveaux perfectionnements ont permis de transmettre un beaucoup plus

grand nombre de dépêches.

M. Elisha Gray a combiné encore, conjointement avec M. Haskins, un

système dans lequel il peut effectuer des transmissions téléphoniques

sur un fil déjà desservi par des appareils Morse. C'est un problème

qu'avait résolu avant lui M. Varley; mais le système de M. Elisha Gray

paraît avoir fourni des résultats très-importants, et à ce titre il

mérite de fixer l'attention. Nous ne le décrirons pas toutefois ici,

car nous sortirions du cadre que nous nous sommes tracé, et nous nous

réservons d'en parler dans les appendices que nous ajouterons à notre

exposé des applications de l'électricité. En attendant, ceux que cette

question pourra intéresser trouveront tous les détails nécessaires

dans un travail inséré dans le journal de la Société des ingénieurs

télégraphistes de Londres, tome VI, p. 506.

=Système de M. Varley.=--Ce système est évidemment le premier en date,

puisqu'il a été breveté en 1870 et que ce brevet indique en principe

la plupart des dispositifs adoptés depuis par MM. Paul Lacour, Elisha

Gray et G. Bell. Il est basé sur l'emploi du téléphone musical du même

auteur que nous avons décrit p. 25 et dont il a, du reste, varié la

disposition de plusieurs manières qu'il indique, en le rapportant plus

ou moins au système de Reiss.

En fait, le but que s'était proposé M. Varley était de faire

fonctionner son appareil téléphonique concurremment avec des

instruments à courants ordinaires, par la superposition d'ondes

électriques rapides, incapables d'altérer pratiquement le pouvoir

mécanique ou chimique des courants formant les signaux ordinaires,

mais susceptibles de produire des signaux distincts perceptibles à

l'oreille et même à l'oeil. «Un électro-aimant, dit-il, offre au

premier moment une grande résistance au passage d'un courant

électrique, et, par suite, peut être regardé comme un corps

partiellement opaque eu égard à la transmission de courants inverses

très-rapides ou d'ondes électriques. En conséquence, si on place à la

station de transmission un diapason ou un instrument à lame vibrante

accordé sur une note déterminée et disposé de manière à avoir son

mouvement sans cesse entretenu par des moyens électriques, on pourra,

en faisant passer le courant qui l'anime à travers deux hélices

superposées constituant l'hélice primaire d'une bobine d'induction,

obtenir dans deux circuits distincts deux séries de courants

rapidement interrompus qui correspondront aux deux sens de la

vibration du diapason, et l'on aura encore les courants induits

déterminés dans l'hélice secondaire par ces courants, qui pourront

animer un troisième circuit. Ce troisième circuit pourra d'ailleurs

être mis en rapport avec une ligne télégraphique déjà desservie par un

système télégraphique ordinaire, si on y adapte un condensateur, et

l'on pourra obtenir deux transmissions simultanées différentes[28].»

[Note 28: J'avais décrit dans le tome III de mon exposé

des applications de l'électricité, p. 466, un système de ce

genre, que M. Varley avait expérimenté au moment de la pose

du câble transatlantique français.]

La figure 59 représente le dispositif de ce système, D est la lame

vibrante du diapason appelée à fournir les contacts électriques pour

l'entretien de son mouvement. Ces contacts sont en S et S', et les

électro-aimants qui l'actionnent sont en M et M'; la bobine

d'induction est en I, et les trois hélices qui la composent sont

indiquées par les lignes circulaires qui l'entourent. En A se trouve

un manipulateur Morse; un autre est en A', et en P et P' se trouvent

les deux piles destinées à animer le système. Le condensateur est en

C et le téléphone T à l'extrémité de la ligne L.

Quand la vibration de la lame D se porte à droite et que le contact

électrique est effectué en S', le courant de la pile P', après avoir

traversé la première hélice, arrive aux électro-aimants M, M' qui

l'actionnent en lui donnant une impulsion en sens contraire. Quand au

contraire elle se porte vers la gauche, le courant est envoyé à

travers le second circuit primaire qui sera équilibré avec le premier.

Il en résultera donc dans le circuit induit correspondant à la clef

A', une série de courants renversés qui chargeront et déchargeront

alternativement le condensateur C, envoyant ainsi sur la ligne une

série correspondante d'ondulations électriques qui réagiront sur

l'appareil téléphonique placé à l'extrémité de la ligne, et comme ces

courants peuvent être transmis avec des durées plus ou moins longues

suivant le temps d'abaissement de la clef A', on pourra obtenir sur

cet appareil téléphonique une correspondance en langage Morse en même

temps qu'une autre correspondance sera échangée avec la clef A et les

récepteurs Morse ordinaires.

Pour rendre sensibles à la vue les signaux vibratoires, M. Varley

propose d'employer, pour la reproduction des vibrations, un fil

d'acier fin, tendu à travers une hélice, en regard d'une fente

très-étroite. On place derrière la fente une lumière qui est

interceptée par le fil. Mais aussitôt qu'un courant passe, le fil

vibre et une lumière apparaît. Une lentille placée en avant projette

une image agrandie de la fente lumineuse sur un écran blanc tant que

le fil est en vibration.

APPLICATIONS DIVERSES DU TÉLÉPHONE.

=Applications aux usages domestiques.=--Nous avons vu que le téléphone

pouvait être employé avec beaucoup d'avantages aux services des

établissements publics et privés; ils sont en effet d'une installation

beaucoup moins dispendieuse que les tubes acoustiques, et peuvent

s'appliquer dans des cas où ceux-ci ne pourraient jamais être

employés. Grâce aux avertisseurs dont nous avons parlé, ils présentent

les mêmes avantages, et la liaison des appareils entre eux peut être

beaucoup mieux dissimulée. La différence du prix d'installation est

d'ailleurs environ dans le rapport de 1 à 7.

Pour ce genre d'application, les téléphones magnéto-électriques sont

évidemment ceux auxquels on doit donner la préférence, car ils ne

nécessitent pas de pile, et sont toujours prêts à fonctionner. On les

emploie déjà dans la plupart des bureaux des ministères, et il est

probable que d'ici à peu de temps, ils seront l'accompagnement des

sonneries électriques pour le service des hôtels et des grands

établissement publics et privés; on pourra même les employer dans les

maisons particulières pour donner des ordres aux domestiques éloignés

ou aux concierges qui, par leur intermédiaire, pourront éviter aux

visiteurs la fatigue de monter inutilement plusieurs étages. Dans ce

cas, ces appareils devront être accompagnés de commutateurs et de

boutons d'appel dont la disposition se devine du reste aisément.

Dans les établissements industriels, les téléphones remplaceront

évidemment prochainement les systèmes télégraphiques déjà installés

dans beaucoup d'entre eux. Ils pourront alors servir non-seulement à

la transmission des ordres ordinaires, mais encore aux services de

secours en cas d'incendie, et ils feront partie intégrante des divers

systèmes déjà établis dans ce but.

Dans les pays qui ont la liberté de communication télégraphique, le

téléphone a déjà remplacé en grande partie les appareils de

télégraphie privée jusque-là en usage, et si nous jouissons un jour de

ce privilége, il est évident qu'on n'emploiera pas d'autre moyen de

correspondance. Espérons que d'ici à peu de temps ce desiderata

exprimé depuis si longtemps aux divers gouvernements qui se sont

succédé, sera enfin accompli, et le téléphone sera venu juste à point

pour inaugurer cette ère nouvelle.

=Application aux services télégraphiques.=--Les avantages que le

téléphone peut rendre aux services télégraphiques est assez restreint,

car au point de vue de la célérité de la transmission des dépêches, il

aurait évidemment une moindre valeur que beaucoup de nos appareils

télégraphiques actuellement en usage, et les dépêches qu'ils

fourniraient ne seraient pas susceptibles d'être contrôlées. Néanmoins

dans les bureaux municipaux peu chargés de dépêches, ils pourraient

présenter des avantages en ce sens que l'on n'aurait pas besoin de

former des employés. Mais sur les lignes un peu longues, leur emploi

serait évidemment moins avantageux. Le _Journal télégraphique_ de

Berne a publié à cet égard des considérations d'un grand intérêt sur

lesquelles nous appellerons l'attention du lecteur et qu'il résume

ainsi:

«1º Pour transmettre une dépêche avec tous les avantages que

comporte le système, il faudrait que l'expéditeur pût parler

directement au destinataire sans l'intermédiaire d'employés. Et

tous ceux qui connaissent l'organisation des réseaux savent que

cela n'est pas possible, qu'il faut nécessairement des bureaux

intermédiaires de dépôt, et que le public ne peut être admis dans

les bureaux de transmission et de réception; par conséquent

l'expéditeur devra remettre sa dépêche écrite.

«2º L'employé une fois chargé de ce soin, l'appareil a déjà perdu

un de ses principaux avantages, car cet employé va lire la

dépêche et devra la prononcer à son correspondant; mais si cette

dépêche est écrite dans une langue étrangère, cela devient

évidemment impossible.

«3º Enfin, aujourd'hui les administrations possèdent des

instruments qui permettent d'expédier les dépêches avec une

vitesse plus grande que celle qu'on obtiendrait en les expédiant

par la voix.»

Cependant on a installé en Allemagne dans différents bureaux

télégraphiques un service téléphonique, et pour qu'on puisse

comprendre les avantages qu'on peut y trouver, il suffira de se

reporter à la circulaire administrative qui a créé l'établissement de

ces services. Voici cette circulaire:

Les bureaux qui seront ouverts au public pour le service des

dépêches téléphoniques en Allemagne, seront considérés comme des

établissements indépendants; mais ils seront en même temps

rattachés aux bureaux télégraphiques ordinaires, lesquels se

chargeront de la transmission, sur leurs fils, des télégrammes

envoyés au moyen du téléphone.

«La transmission aura lieu de la manière suivante: le bureau qui

aura un télégramme à expédier invitera le bureau de destination à

mettre l'appareil en place. Dès que les cornets auront été

ajustés, le bureau de transmission donnera le signal de l'envoi

de la dépêche verbale.

«L'expéditeur devra parler lentement d'une manière claire et sans

forcer la voix; les syllabes seules seront nettement séparées

dans la prononciation, on aura soin surtout de bien articuler les

syllabes finales et d'observer une pause après chaque mot, afin

de donner à l'employé récepteur le temps nécessaire à la

transcription.

«Lorsque le télégramme a été reçu et transmis, l'employé du

bureau de destination vérifie le nombre de mots envoyés; puis il

répète, à l'aide du téléphone, le télégramme entier rapidement et

sans pause, afin de constater qu'aucune erreur n'a été commise.

«Pour assurer le secret des correspondances, les instruments

téléphoniques sont installés dans des locaux particuliers, où les

personnes étrangères au service ne peuvent entendre celui qui

envoie la dépêche verbale, et il est interdit aux employés de

communiquer à qui que ce soit le nom de l'expéditeur ou celui du

destinataire.

«Les taxes à percevoir pour les dépêches téléphoniques sont

calculées à tant par mot, comme sur les lignes télégraphiques

ordinaires.»

=Application aux arts militaires.=--Depuis la découverte du téléphone,

de nombreuses expériences ont été entreprises dans les différents

pays, pour reconnaître les avantages que pourrait fournir son emploi à

l'armée pour les opérations militaires. Jusqu'à présent ces

expériences n'ont été que médiocrement satisfaisantes à cause des

bruits qui existent toujours dans une armée et qui empêchent le plus

souvent d'entendre; et on recherche avec empressement tous les moyens

de rendre les bruits du téléphone plus accentués. Au moment de la

découverte du microphone, on avait cru un instant le problème résolu,

et plusieurs écoles militaires m'avaient demandé des renseignements à

cet égard; mais je ne vois pas jusqu'ici que la question ait bien

avancé sous ce rapport. Quoi qu'il en soit, le téléphone a été un

instrument excessivement utile dans les écoles de tir et sur les

polygones d'artillerie. Avec la grande portée qu'ont aujourd'hui les

armes à feu, il devenait nécessaire pour juger de la justesse du tir

d'être prévenu télégraphiquement de la position des points frappés des

cibles, et on avait même imaginé pour cela, des cibles télégraphiques;

mais le téléphone est bien préférable, et on l'emploie aujourd'hui

avec un grand succès.

Si le téléphone présente des inconvénients pour le service de la

télégraphie volante en campagne, en revanche il peut être d'un grand

secours pour la défense des places, pour la transmission des ordres du

commandant aux différentes batteries et même pour l'échange des

correspondances avec des ballons captifs lancés au-dessus des champs

de bataille.

Malgré les difficultés de son emploi à l'armée, des essais ont été

tentés par les Russes à la dernière guerre; le câble des fils de

communication était assez léger pour être posé par un seul homme et

avait de quatre cents à cinq cents mètres. «Le mauvais temps, dit le

_Telegraphic Journal_ du 15 mars 1878, ne troubla pas le

fonctionnement des appareils, mais le bruit empêchait d'entendre, et

on était obligé de se couvrir la tête avec le capuchon d'un grand

manteau pour intercepter les sons extérieurs.» Les résultats n'ont

donc pas été très-satisfaisants. Toutefois le téléphone peut rendre à

l'armée de grands services, en permettant d'intercepter au passage les

dépêches de l'ennemi; ainsi un homme résolu muni d'un téléphone de

poche pourra, en se plaçant dans un endroit écarté, établir des

dérivations entre le fil télégraphique de l'ennemi et son téléphone et

saisir parfaitement, ainsi qu'on l'a vu, toutes les dépêches

transmises. Il pourra même obtenir ce résultat en prenant ses

dérivations à la terre ou sur un rail de chemin de fer. Bien des

recherches sont du reste encore à tenter dans cet ordre d'idées et il

est probable que l'on arrivera quelque jour à des combinaisons tout à

fait pratiques.

=Applications à la marine.=--L'un des plus grands avantages du

téléphone est celui qu'il peut rendre à la marine pour le service des

électro-sémaphores, des forts en mer, et des navires mouillés en rade.

«Les essais faits entre la préfecture maritime de Cherbourg, les

sémaphores et les forts de la digue, dit M. Pollard, ont fait

ressortir les avantages qu'il y aurait à munir ces postes de

téléphones, ce qui assurerait une communication facile entre les

bâtiments d'une escadre et la terre ou entre ces navires eux-mêmes. En

mouillant de petits câbles qui viendraient à la surface de la mer le

long des chaînes des corps-morts et aboutiraient aux bouées ou coffres

disposés en permanence dans la rade, les navires de guerre en

s'amarrant se mettraient de cette manière en relation avec la

préfecture maritime, et en mouillant temporairement des câbles légers

d'un bâtiment à l'autre, l'amiral entrerait en communication intime

avec les bâtiments de son escadre.»

On a essayé l'application du téléphone à bord des navires pour la

transmission des ordres, mais le bruit qui existe toujours sur un

bâtiment empêche d'entendre, et les résultats ont été négatifs.

C'est surtout pour les torpilles sous-marines que l'usage du téléphone

peut être utile. Nous avons déjà vu le genre de service qu'il peut

rendre quand il est accompagné d'un microphone. Mais il peut encore

être très-utile pour la mise à feu des torpilles, lorsqu'il s'agit de

connaître la position exacte du navire ennemi d'après deux visées

faites en deux points différents de la côte.

D'un autre côté, M. Trève a montré qu'on pouvait encore employer avec

avantage le téléphone pour relier télégraphiquement des navires

marchant à la remorque l'un de l'autre, et M. des Portes en a fait une

très-heureuse application pour les recherches que l'on est souvent

appelé à faire au fond de la mer à l'aide du scaphandre. Dans ce cas,

on remplace une glace du casque par une plaque en cuivre dans laquelle

est enchâssé le téléphone, ce qui fait que le scaphandrier n'a qu'un

léger mouvement de tête à faire soit pour recevoir des communications

de l'extérieur, soit pour en adresser. Avec ce système, on peut

visiter les carènes des navires et rendre compte de tout ce que l'on

voit, sans qu'il soit besoin de ramener les scaphandriers hors de

l'eau, comme on était obligé de le faire jusque-là.

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 15 / 19 段