D'un autre côté, nous voyons que si, en Angleterre, les téléphones à

membranes multiples n'ont pas produit de bons résultats, il n'en a pas

été de même en Amérique, car les téléphones aujourd'hui les plus en

usage dans ce pays sont précisément ceux de MM. Elisha Gray et Phelps,

qui sont à plusieurs diaphragmes. Il y a évidemment dans la

disposition de ces appareils des détails de construction qui peuvent

paraître insignifiants, théoriquement, et qui ont pourtant une grande

importance au point de vue pratique, et nous croyons que c'est surtout

à cette circonstance que les appareils de ce genre doivent leur

réussite ou leur non réussite. Ainsi, par exemple, il paraît que les

vibrations de l'air, déterminées dans l'embouchure, doivent être

dirigées sur les diaphragmes normalement à leur surface et par

l'intermédiaire de canaux distincts; il faut que les espaces vides

autour des diaphragmes, soient assez étroits afin d'éviter les échos

et les interférences, à moins que la caisse ne soit assez grande pour

que ces effets ne soient pas à craindre. Il faut surtout que les

matières employées pour la fixation des organes ne soient pas

susceptibles de jouer, et c'est pour cela qu'on emploie de préférence

le fer ou l'ébonite. Ce qui paraît certain, c'est que quand l'appareil

est bien construit, il donne des effets supérieurs aux téléphones

Bell, et, s'il faut croire le _Telegraphic Journal_, un appareil de ce

genre expérimenté devant la Société royale de Londres le 1er mai 1878,

aurait déterminé des effets d'une intensité proportionnelle au nombre

des diaphragmes. Cet appareil avait été combiné par M. Cox Walker de

New-York, et possédait huit diaphragmes. C'est d'après lui, la

disposition qui donne les meilleurs résultats.

_Système de M. Elisha Gray._--Le dernier système de M. Elisha Gray,

que nous représentons fig. 34, est un de ceux qui ont donné les

meilleurs effets. Il est constitué, comme on le voit, par deux

téléphones juxtaposés auxquels correspondent deux tuyaux V, issus

d'une embouchure commune E. L'un de ces téléphones est vu en coupe sur

la figure, l'autre en élévation, et ils correspondent aux deux

branches d'un aimant en fer à cheval nickelisé NUS, qui peut servir

d'anneau pour le suspendre. Dans le côté de la figure qui montre la

coupe, on peut voir en B la bobine d'induction et en A le noyau

magnétique qui est en fer doux et vissé sur l'extrémité polaire S de

l'aimant; la lame vibrante est en LL, et, comme on le voit, le tuyau

de l'embouchure y aboutit normalement à sa surface.

Dans un autre modèle, il existe quatre téléphones juxtaposés au lieu

de deux, et il donne des effets encore plus marqués.

_Système de M. Phelps._--Ce système n'est qu'une dérivation du

précédent, mais il y a deux modèles; dans le grand, qui permet

d'entendre comme si la personne avec laquelle vous entrez en

correspondance parlait à haute voix et de très-près, les deux

téléphones sont placés parallèlement l'un devant l'autre et de manière

à présenter verticalement leur diaphragme. L'intervalle compris entre

ces deux lames est occupé par un tuyau vertical terminé inférieurement

par un tuyau horizontal correspondant aux centres des deux

diaphragmes, et c'est sur ce tuyau qu'est adaptée l'embouchure qui

ressort extérieurement de la boîte carrée où est renfermé l'appareil.

Les bobines d'induction et les noyaux magnétiques qui les traversent

sont placés suivant l'axe du système, et semblent constituer une sorte

d'axe de roue qui se trouve polarisé par les pôles d'un aimant en fer

à cheval dont on peut régler la position par rapport à la surface des

diaphragmes au moyen d'écrous mobiles. On dirait en voyant l'appareil,

une sorte de tore de gyroscope soutenu par un axe horizontal sur deux

piliers issus d'un aimant en fer à cheval aplati.

Au-dessus de ce système, se trouve l'appareil magnéto-électrique de la

sonnerie d'appel, qui n'a d'ailleurs rien de particulier et qui se

rapproche des avertisseurs allemands dont nous parlerons à la fin de

cette notice. Cet appareil est remarquable par la force et la netteté

de ses sons et surtout par l'absence de cette voix de polichinelle si

désagréable dans les autres téléphones.

Le petit modèle de M. Phelps a la forme d'une tabatière oblongue ou en

ellipse dont les deux centres sont occupés par deux systèmes

téléphoniques actionnés par un même aimant. Celui-ci est placé

horizontalement au-dessous de la tabatière, et ses pôles correspondent

aux noyaux magnétiques des bobines. Ces noyaux sont constitués par des

tubes de fer fendus longitudinalement pour faire disparaître les

réactions d'induction insolites, et les diaphragmes de fer sont

appuyés sur cinq ressorts à boudin qui tendent à les soulever

au-dessus du système magnétique. Du côté opposé, ces diaphragmes sont

munis de bagues en matière demi-élastique, qui empêchent les

vibrations centrales des lames de se compliquer de celles des bords.

Sur ces lames est ensuite appliqué le couvercle qui est creusé de

cavités très-évasées et peu profondes, avec couloirs de communication

qui constituent la caisse sonore. L'embouchure correspond à l'une des

cavités, et l'autre est fermée par un petit bouchon métallique que

l'on retire pour régler l'appareil quand besoin en est. Les vibrations

de l'air se trouvant transmises par les couloirs aux deux cavités, les

deux téléphones fonctionnent simultanément quoique, à première vue, un

seul des téléphones semble être appelé à produire l'effet.

Suivant M. Pope, la perfection de cet appareil tient à la

simultanéité des effets produits sur les deux appareils, à la petite

bague semi-élastique qui circonscrit les contours de chaque lame

vibrante et qui joue le rôle du marteau de l'oreille, c'est-à-dire

celui d'étouffoir, aux fentes longitudinales du noyau tubulaire

magnétique et à la petitesse des cavités laissées au-dessus des lames

vibrantes. L'appareil est d'ailleurs en ébonite et strié sur sa

surface pour lui donner plus de fixité dans la main.

_Système de M. Cox Walker._--Ce système, dont nous avons dit

précédemment quelques mots, a exactement la disposition de celui de M.

Elisha Gray. Les aimants qui agissent sur les diaphragmes sont en fer

à cheval, et des conduits séparés, issus d'une embouchure commune,

dirigent les vibrations de l'air sur les diaphragmes. Ceux-ci, par

exemple, ne sont que des parties circonscrites d'un même diaphragme,

limitées circulairement par des embouchures correspondantes aux

conduits d'air, et qui sont assez comprimées sur leurs bords pour

limiter le champ de la vibration.

_Système de M. Trouvé._--M. Trouvé a rendu très-simple la disposition

des téléphones à double diaphragme en combinant son appareil de

manière à faire réagir sur plusieurs lames l'aimant droit de Bell par

ses deux pôles à la fois. À cet effet, il emploie un aimant tubulaire

et enroule l'hélice sur toute sa longueur, comme on le voit fig. 35.

Cet aimant est maintenu dans une position fixe au centre d'une petite

boîte cylindrique dont les bases sont taillées de manière à former

légèrement entonnoir, et ce sont elles qui servent d'embouchure et de

cornet acoustique. Elles sont en conséquence percées d'un trou central

plus large en _a_, du côté où l'on parle, que du côté opposé _b_.

Entre ces bases et les pôles de l'aimant sont disposées deux lames

vibrantes en fer M, M' dont l'une, M, est percée d'un trou _a_, de

même diamètre que la partie creuse de l'aimant et plus petit par

conséquent que celui de l'embouchure. Enfin entre ces deux lames se

trouve échelonnée une série d'autres lames _n_, _n_, _n_ disposées

parallèlement de manière à laisser passer, au travers, l'aimant et son

hélice.

Quand on parle devant l'embouchure _a_, les ondes sonores, en

rencontrant les bords de la lame M, la mettent en vibration, et

continuant leur route dans l'intérieur du tube aimant, viennent faire

vibrer la lame pleine M' qui vibre alors synchroniquement avec la lame

M. Il en résulte sur l'aimant tubulaire une double action inductrice

qui se traduit par des courants induits développés dans l'hélice, et

qui sont d'autant plus énergiques, que chacune des lames renforce les

effets magnétiques produits au pôle opposé à celui qu'elles

actionnent, comme cela a toujours lieu avec les aimants droits dont le

pôle inactif est garni d'une armature. Cet avantage peut même être

constaté avec les téléphones ordinaires quand on met seulement en

contact la vis qui tient l'aimant avec une masse de fer doux.

Avec la disposition de M. Trouvé, les courants induits déterminés sont

donc plus énergiques; mais suivant l'auteur, les sons reproduits

seraient aussi plus forts par la multiplicité des effets vibratoires

et par l'amplification des effets magnétiques résultant de la

disposition plus avantageuse des pièces magnétiques.

«L'oreille placée en _a_, dit M. Trouvé, perçoit directement les sons

produits par la première lame M, et ceux de la seconde lui arrivent

par l'intérieur du tube aimant. Cette nouvelle disposition est des

plus heureuses pour comparer expérimentalement les résultats fournis

par un téléphone à membrane unique (téléphone Bell), et ceux fournis

par un téléphone à membranes multiples. En effet, il suffit d'écouter

alternativement aux deux faces de ce téléphone, pour s'apercevoir

immédiatement de la différence d'intensité des sons perçus. Ceux

recueillis en _a_, du côté de la membrane percée, paraissent

sensiblement doubles en intensité de ceux recueillis en _b_ du côté de

la membrane pleine qui constitue le téléphone ordinaire.

«La différence est encore plus frappante si, en transmettant ou

recevant un son invariable d'intensité à travers un téléphone

multiple, on empêche à plusieurs reprises la membrane pleine M' de

vibrer.»

Avant cette disposition, M. Trouvé en avait imaginé une autre qu'il

présenta à l'Académie des sciences, le 26 novembre 1877 et qui est

celle à laquelle nous avons fait allusion au commencement de ce

chapitre. Il la décrit en ces termes:

«Pour augmenter l'intensité des effets produits dans le téléphone

Bell, j'ai substitué à la membrane unique de ce téléphone, une chambre

cubique dont chaque face, à l'exception d'une, est constituée par une

membrane vibrante. Chacune de ces membranes, mise en vibration par le

même son, influence un aimant fixe également muni d'un circuit

électrique. De cette sorte, en associant tous les courants engendrés

par ces aimants, on obtient une intensité unique qui croît

proportionnellement au nombre des aimants influencés. On peut

remplacer le cube par un polyèdre dont les faces seraient formées d'un

nombre indéfini de membranes vibrantes afin d'obtenir l'intensité

voulue.»

_Système de M. Demoget._--Plusieurs autres systèmes de téléphones à

membranes multiples ont encore été proposés:

L'un d'eux, imaginé par M. Demoget, consiste à placer en avant et à un

millimètre de la plaque vibrante du téléphone ordinaire de Bell, une

ou deux plaques vibrantes semblables, en ayant soin de percer dans la

première et au centre, un orifice circulaire d'un diamètre égal à

celui du barreau aimanté, et dans la seconde un orifice d'un diamètre

plus grand.

Suivant l'auteur, on augmente ainsi non-seulement l'intensité des sons

transmis, mais encore leur netteté.

«Par cette disposition, dit M. Demoget, la masse vibrante magnétique

en regard de l'aimant étant plus grande, la force électro-motrice des

courants engendrés est augmentée, et par conséquent les vibrations des

plaques du deuxième téléphone sont plus perceptibles.»

=Modifications dans la disposition des organes téléphoniques.=--Les

formes que l'on a données au téléphone Bell ont été, comme on l'a déjà

vu, très-diversifiées, mais celles que l'on a adoptées pour ses

organes constituants l'ont été encore plus, sans amener de notables

améliorations. Voici ce que dit à cet égard M. Preece dans le travail

intéressant dont nous avons parlé plus haut: «En augmentant ou en

variant les dimensions et la force des aimants, on n'a obtenu que peu

ou point d'améliorations, et le plus grand effet obtenu a été réalisé

par l'emploi d'aimants en fer à cheval disposés comme l'a indiqué Bell

lui-même. Le téléphone a certainement été introduit en Europe avec sa

disposition théorique la plus parfaite, quoique Bell travaille encore

à l'améliorer.» Cet avis est aussi celui de M. Hellesen qui a fait

comme M. Preece beaucoup d'expériences à cet égard, ce qui n'empêche

pas beaucoup de personnes d'annoncer qu'ils ont découvert le moyen de

faire parler un téléphone devant toute une assemblée. De ce nombre

nous citerons M. Righi de Milan, qui prétend avoir obtenu de

merveilleux résultats; mais nous avons vu que M. Bell y était

également parvenu. Si ce n'est le microphone de M. Hughes, nous ne

voyons pas de progrès bien marqués réalisés dans ces nouvelles

inventions.

Néanmoins nous croyons utile d'indiquer les dispositions nouvelles qui

ont été proposées, et parmi elles nous en citerons une dans laquelle,

au lieu d'un aimant droit, on emploie un aimant en fer à cheval, entre

les pôles duquel est placée la lame vibrante. Ces pôles sont, à cet

effet, munis de semelles de fer, et l'une d'elles est percée d'un

trou, qui correspond à l'embouchure de l'appareil. Les deux branches

de l'aimant sont d'ailleurs munies d'hélices magnétisantes. Quand on

parle à travers le trou, la lame en vibrant détermine dans les deux

hélices des courants induits qui seraient de sens contraire si les

deux pôles étaient de même nom, mais qui se trouvent être de même

sens, en raison de la nature contraire des pôles magnétiques. La lame

vibrante joue alors le même rôle que les deux lames de l'appareil de

M. Trouvé, que nous avons décrit précédemment.

D'un autre côté, un inventeur anonyme, dans une petite note insérée

dans les _Mondes_, du 7 février 1878, écrit ce qui suit: «L'intensité

des courants produits dans le téléphone, étant proportionnelle à la

masse de fer doux qui vibre devant le pôle de l'aimant, et d'autre

part, la plaque étant d'autant plus sensible qu'elle est plus mince,

j'emploie, au lieu de la plaque ordinaire, une plaque réduite par

l'acide azotique à la plus faible épaisseur, et je la fixe à un cercle

de fer doux qui la tient tendue et fait corps avec elle. Ce cercle se

trouve logé dans une ouverture circulaire ménagée à l'intérieur du

pavillon. Pour un même téléphone, l'intensité est très-sensiblement

augmentée quand on ajuste un système semblable à la place de la plaque

ordinaire, ne fut-ce qu'à une des extrémités de la ligne.»

Afin de permettre d'employer des lames vibrantes d'une épaisseur

extrêmement faible, M. E. Duchemin a imaginé de mettre à contribution

des lames de mica très-minces, saupoudrées de fer porphyrisé qu'il

fixe au moyen d'une couche de silicate de potasse. On pourrait,

d'après l'auteur, correspondre à voix basse avec ce système, mais on

aurait l'inconvénient de crever la lame en parlant trop haut.

M. le professeur Jorgensen, de Copenhague, a construit aussi un

téléphone Bell produisant des sons très-intenses et qui lui a permis

de constater des effets très-curieux. Dans cet appareil, l'aimant est

constitué d'une manière analogue aux électro-aimants tubulaires de

Nicklès. C'est d'abord un aimant cylindrique muni à sa partie

supérieure d'un noyau de fer doux sur lequel est adaptée la bobine;

puis un tube aimanté constitué par une bague d'acier qui enveloppe le

premier système magnétique et qui est relié avec celui-ci par une

culasse de fer. Enfin, au-dessus des extrémités polaires de ce

système, se trouve la lame vibrante qui est disposée comme dans les

téléphones ordinaires, et qui présente une grande surface. Quand cette

lame n'avait qu'un millimètre d'épaisseur, on pouvait entendre la

parole dans toute une chambre; mais quand on mettait l'oreille près de

la lame vibrante, les sons n'avaient plus aucune netteté; la parole

était confuse et semblait répercutée comme quand on parle dans un

espace trop sonore et sujet à produire beaucoup d'échos; on était en

un mot étourdi par les sons produits. En prenant une plaque plus

épaisse de 3 ou 4 millimètres, par exemple, le téléphone ne produisait

plus que les effets des téléphones ordinaires, et il fallait mettre

l'oreille contre l'instrument.

M. Marin Maillet, de Lyon, a de son côté imaginé, pour augmenter les

sons reproduits par le téléphone, de les faire réfléchir par un

certain nombre de réflecteurs qui, en les concentrant à leur foyer sur

un résonnateur pouvaient les amplifier considérablement. Cette idée

n'ayant pas été accompagnée d'expériences ne présente à la vérité rien

de sérieux.

EXPÉRIENCES RELATIVES AU TÉLÉPHONE.

Depuis les expériences de M. Bell rapportées dans la première partie

de ce travail, bien des essais ont été entrepris par divers savants et

divers inventeurs pour étudier les effets produits dans ce curieux

instrument, en bien préciser la théorie et en déduire des

perfectionnements pour sa construction. Nous allons passer

successivement en revue ces différentes recherches.

=Expériences sur les effets produits par les courants voltaïques et

les courants induits.=--L'une des premières et des plus importantes a

été l'étude comparative des effets produits dans le téléphone par les

courants voltaïques et les courants induits. Dès l'année 1873, M.

Elisha Gray avait, comme on l'a vu, transformé les courants voltaïques

qu'il employait pour faire vibrer les lames de son transmetteur, en

courants induits, par l'intermédiaire d'une bobine d'induction

analogue à celle de Ruhmkorff. Les courants voltaïques traversaient

alors l'hélice primaire de la bobine, et c'étaient les courants

induits qui réagissaient sur l'appareil récepteur en déterminant sur

les systèmes électro-magnétiques qui le composaient les vibrations

provoquées au poste de transmission. Quand M. Edison combina son

système de téléphone à pile, il eut recours au même moyen pour

actionner son téléphone récepteur, parce qu'il avait reconnu lui-même

que les courants induits étaient plus avantageux que les courants

voltaïques. Mais cette particularité du dispositif de M. Edison

n'avait pas été bien comprise d'après les descriptions parvenues en

Europe; de sorte que plusieurs personnes ont cru avoir imaginé cette

disposition avantageuse, et parmi elles nous citerons le colonel Navez

et MM. Pollard et Garnier.

Le colonel Navez, dans une note intéressante sur un système nouveau de

téléphone présenté à l'Académie royale de Belgique le 2 février 1878,

ne fait qu'indiquer cette disposition comme moyen de reproduire la

parole à de longues distances; mais il ne cite aucune expérience qui

montre nettement les avantages de cette combinaison. MM. Pollard et

Garnier vingt jours après M. Navez, et sans avoir eu connaissance du

travail de ce dernier, m'ont envoyé les résultats qu'ils avaient

obtenus par un moyen semblable, et ces résultats m'ont paru si

intéressants que j'en ai fait l'objet d'une communication à

l'Académie des sciences, le 25 février 1878. Pour qu'on puisse être

bien fixé sur l'importance de ces résultats, je vais rapporter

textuellement ce qu'en dit M. Pollard dans la lettre qu'il m'a écrite

le 20 février 1878.

«Dans le but d'accroître les variations de l'intensité électrique dans

le système d'Edison, nous faisons passer le courant dans le circuit

inducteur d'une petite bobine de Ruhmkorff, et nous adaptons le

téléphone récepteur aux extrémités du fil induit. Le courant reçu a

alors pour intensité la dérivée de celle du courant inducteur, et par

suite, les variations produites dans le courant actionnant le

téléphone ont beaucoup plus d'amplitude. L'intensité des sons transmis

est fortement augmentée, et la valeur de cette augmentation dépend du

rapport entre les nombres des tours de spires des circuits inducteurs

et induits. Les essais que nous faisons pour déterminer les meilleures

proportions sont pénibles, puisqu'il faut faire autant de bobines que

d'expériences; jusqu'ici nous avons obtenu d'excellents résultats avec

une petite bobine de Ruhmkorff réduite à sa plus simple expression,

c'est-à-dire sans condensateur ni interrupteur. Le fil inducteur est

du nº 16 et forme 5 couches; le fil induit est du nº 32 et forme 20

couches. La longueur de la bobine est de 10 centimètres.

«L'expérience la plus remarquable et la plus saisissante est la

suivante: en faisant fonctionner le transmetteur avec un seul élément

Daniell, on n'obtient rien d'appréciable à la réception, du moins dans

le téléphone que j'ai construit, quand il est adapté directement au

circuit. En intercalant la petite bobine d'induction, on perçoit alors

les sons avec une grande netteté et une intensité égale à celle des

bons téléphones ordinaires. L'amplification est alors considérable et

très nettement accusée. Comme le courant de pile est alors peu

intense, les pointes de plombagine ne s'usent pas, et le réglage

persiste longtemps. En employant une pile plus énergique, six éléments

au bichromate de potasse (en tension) ou douze éléments Leclanché, on

obtient, par l'action directe, une intensité suffisante pour percevoir

les sons un peu plus faiblement qu'avec les téléphones ordinaires;

mais en intercalant la bobine d'induction, on a alors des sons bien

plus intenses et qui peuvent être entendus à 50 ou 60 centimètres de

l'embouchure. Des chants peuvent, dans ces mêmes circonstances, être

entendus à plusieurs mètres; mais le rapport d'amplification ne paraît

pas jusqu'ici être aussi grand que pour le cas d'un seul élément

Daniell.»

D'un autre côté, on voit dans les _Mondes_ du 7 mars 1878, la

description d'une série d'expériences faites par M. Luvini, professeur

de physique à l'académie militaire de Turin qui montrent que

l'introduction d'électro-aimants dans le circuit réunissant deux

téléphones augmente assez sensiblement l'intensité du son. En en

plaçant un près du téléphone transmetteur, l'autre près du téléphone

récepteur, on obtient le maximum d'effet, et l'introduction d'un plus

grand nombre de ces organes ne produit rien d'utile. Le fil inducteur

d'une bobine de Ruhmkorff introduit dans le circuit dont il vient

d'être question, n'a provoqué aucun effet d'induction sensible dans le

circuit induit, et par conséquent n'a pu faire fonctionner le

téléphone correspondant à ce circuit. En revanche, le courant d'une

machine de Clarke détermine des sons prononcés qui ressemblent assez à

des coups de caisse et sont assourdissants quand l'oreille est

appliquée contre l'instrument; mais ils deviennent très-faibles à un

mètre de distance. Les courants d'une machine de Ruhmkorff donnent des

effets encore plus énergiques: le son remplit toute une chambre. En

modifiant la position du marteau de la bobine, le son passe par des

tons différents qui sont toujours à l'unisson des interruptions du

courant, du moins jusqu'à une certaine hauteur de ton.

Cette propriété des courants induits de la bobine de Ruhmkorff a

permis à M. Gaiffe d'obtenir, par leur intermédiaire, un moyen

très-facile de réglage pour les téléphones afin de les placer dans

leurs conditions de maximum de sensibilité. Il met pour cela à

contribution un de ses appareils d'induction à hélices mobiles et à

intensités graduées dans le circuit duquel il interpose le téléphone à

régler. Les sons résultant du vibrateur se trouvent alors répercutés

par le téléphone, et s'entendant à distance de l'instrument, on peut

au moyen d'un tournevis, réagir sur la vis à laquelle est fixée

l'extrémité libre du barreau aimanté de l'appareil. En la serrant ou

en la desserrant, on rapproche ou on éloigne l'autre extrémité de ce

barreau de la lame vibrante du téléphone, et on répète ces essais

jusqu'à ce qu'on soit arrivé à obtenir le maximum de l'intensité du

son.

D'un autre côté, comme les sons rendus par les deux téléphones en

correspondance sont d'autant plus intenses que les vibrations produites

par eux se rapprochent plus de l'unisson, il est nécessaire de les

choisir de manière à émettre les mêmes sons pour une même note donnée,

et le moyen indiqué précédemment peut être très-avantageusement employé;

car il suffit de noter ceux de ces appareils qui, pour un même réglage

de la machine d'induction, donnent la même note dans les conditions de

maximum de sensibilité. Un bon accouplement des deux téléphones en

correspondance est non-seulement très-important au point de vue de la

netteté des transmissions, mais il doit être encore considéré par

rapport à la hauteur de la voix de ceux qui sont destinés à en faire

usage. Plus cette hauteur est en rapport avec celle des sons produits

par les appareils, mieux les sons sont perçus; c'est pourquoi il est des

téléphones qui résonnent beaucoup mieux avec la voix des enfants et des

femmes qu'avec la voix des hommes, tandis que l'inverse a lieu pour

d'autres.

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 6 / 19 段