Les vibrations des téléphones sont très-différentes d'un appareil à

l'autre, et les moyens que nous venons d'indiquer permettent

facilement de s'en rendre compte.

Si on place dans le circuit induit d'une bobine d'induction reliée à

un téléphone, un condensateur de grande surface et que l'on éloigne

assez le contact de plombagine de la lame vibrante pour ne la toucher

que momentanément à chaque vibration, on ne reçoit plus naturellement

les articulations des sons, mais seulement les notes d'un air que l'on

chante devant la plaque du transmetteur; seulement le courant

inducteur ayant des interruptions brusques, engendre des courants

induits très-intenses, et suivant MM. Pollard et Garnier, on entend

dans tout un appartement l'air chanté, mais avec un timbre particulier

qui dépend de la construction du téléphone et du condensateur.

Les avantages des courants induits dans les transmissions

téléphoniques se comprennent aisément, si l'on réfléchit que les

variations de résistance du circuit qui résultent de la plus ou moins

grande amplitude des vibrations de la lame transmettrice étant des

valeurs constantes, ne peuvent manifester distinctement leurs effets

que sur des circuits courts; par conséquent les articulations des sons

qui en résultent, doivent ne plus être très-appréciables sur des

circuits très-résistants. Toutefois, si on considère que d'après les

expériences de M. Warren de la Rue (voir le _Telegraphic journal_ du

1er mars 1878, p. 97), les courants produits par les vibrations de la

voix dans un téléphone ordinaire, représentent en intensité ceux d'un

élément Daniell traversant 100 megohms de résistance (soit 10 000 000

de kilomètres de fil télégraphique), on peut comprendre qu'il y a

autre chose à considérer dans les effets avantageux des courants

induits que la simple question d'intensité plus ou moins grande des

courants agissant sur le téléphone récepteur. Avec une pile énergique,

il est évident, en effet, que les courants différentiels qui agiront

seront toujours plus intenses que les courants induits déterminés par

le jeu de l'instrument. Je ne serais pas, quant à moi, éloigné de

croire que c'est surtout à leurs inversions successives et à leur

faible durée, que les courants induits doivent les avantages qu'ils

présentent. Ces courants en effet dont la durée ne dépasse guère,

suivant M. Blaserna, 1/200 de seconde, se prêtent beaucoup mieux que

les courants voltaïques aux vibrations multipliées qui sont le propre

des vibrations phonétiques, et cela d'autant mieux que les inversions

successives qui se produisent, déchargent la ligne, renversent les

effets magnétiques et contribuent à rendre les actions plus nettes et

plus promptes. On ne doit donc pas s'étonner si les courants induits

de la bobine d'induction, qui peuvent se produire dans des conditions

excellentes au poste de transmission, puisque le circuit du courant

voltaïque est alors très-court, soient capables de fournir des

résultats non-seulement plus avantageux que les courants voltaïques

qui leur donnent naissance, mais même que les courants induits

résultant du jeu des téléphones Bell, puisqu'ils sont infiniment plus

énergiques.

Quant aux effets relativement considérables produits par les courants

si minimes des téléphones Bell, ils s'expliquent facilement par cette

considération que, prenant naissance sous l'influence même des

vibrations de la lame téléphonique, leurs variations d'intensité

conservent toujours le même rapport, quelle que soit la résistance du

circuit, et ne sont pas, en conséquence, effacées par la distance

séparant les deux téléphones.

=Expériences sur le rôle des différents organes d'un téléphone dans la

transmission de la parole.=--Pour pouvoir apporter au téléphone tous

les perfectionnements dont il est susceptible, le point important

était d'être bien fixé sur la nature des effets déterminés dans les

différentes parties qui le composent et sur le rôle joué par les

différents organes qui s'y trouvent mis en jeu. C'est pour être fixé à

cet égard qu'un certain nombre de savants et de constructeurs ont

entrepris une série d'expériences qui ont fourni de très-intéressantes

indications.

L'un des points les plus intéressants à élucider était celui de savoir

si la lame vibrante dont MM. Bell et Gray ont muni leur récepteur

téléphonique, détermine à elle seule les vibrations complexes qui

reproduisent la parole, ou bien si les différentes parties du système

électro-magnétique de l'appareil concourent toutes à cet effet. Les

expériences faites dès l'année 1837 par M. Page sur les sons produits

par les tiges électro-magnétiques résonnantes, et les recherches

entreprises en 1846 par MM. de la Rive, Wertheim, Matteucci, etc. sur

ce phénomène curieux, permettaient certainement de poser la question,

et nous verrons à l'instant qu'elle est beaucoup plus complexe qu'on

ne pourrait le croire à première vue.

Pour avoir un point de départ fixe, il fallait avant tout reconnaître

si un téléphone dépourvu de lame vibrante peut reproduire la parole.

Les expériences faites dès le mois de novembre 1877 par M. Edison[16]

avec des téléphones munis d'un diaphragme en cuivre, téléphones qui

avaient pu cependant fournir des sons, pouvaient le faire croire, et

ces expériences confirmées par M. Preece et surtout par M. Blyth,

donnaient plus de poids à cette hypothèse; mais, quand M. Spottiswoode

eut assuré, (voir le _Telegraphic-Journal_ du 1er mars 1878, p. 95)

que l'on pouvait supprimer entièrement la lame vibrante d'un téléphone

sans empêcher la transmission de la parole, pourvu que l'extrémité

polaire de l'aimant fût placée très-près de l'oreille, le doute ne fut

plus permis, et c'est alors que je présentai à l'Académie des sciences

ma note sur la théorie du téléphone qui provoqua bientôt de la part de

MM. Navez et Luvini une discussion intéressante dont je parlerai à

l'instant. On voulut d'abord nier l'authenticité de ces résultats,

puis on chercha à expliquer les sons entendus par M. Spottiswoode par

une transmission mécanique des vibrations effectuée de la même manière

que dans les téléphones à ficelle; mais de nombreuses expériences

entreprises depuis par MM. Warwich, Rossetti, Hughes et beaucoup

d'autres ont montré qu'il n'en était pas ainsi, et qu'un téléphone

sans diaphragme pouvait transmettre électriquement la parole.

[Note 16: Voici un extrait d'une lettre de M. Edison

relative à ces expériences et qui est datée du 25 novembre

1877.

«J'ai construit, dit-il, un couple de téléphones fonctionnant

avec des diaphragmes de cuivre et qui est basé sur les effets

du magnétisme de rotation d'Arago. J'ai reconnu qu'un

diaphragme de cuivre peut remplacer la lame de fer, dans

l'appareil de Bell, si le cuivre a seulement 1/32 de pouce

d'épaisseur. L'effet produit est très-petit quand le

diaphragme de cuivre existe dans les deux appareils en

correspondance, mais quand l'un de ces appareils, le

récepteur, conserve la disposition ordinaire et que le

téléphone transmetteur seul est muni de la lame de cuivre, on

peut parler des deux côtés avec facilité.»

M. Preece a répété ces expériences, mais il n'a obtenu que

des effets extrêmement faibles et à peine distincts; il

croit, en conséquence, qu'ils ne peuvent être d'aucune

utilité pour la pratique, mais qu'ils sont très-intéressants

au point de vue théorique.]

M. Navez lui-même qui, dans l'origine, avait nié le fait, convient

aujourd'hui qu'un téléphone sans diaphragme peut émettre des sons, et,

même dans certaines conditions exceptionnelles de phonation et

d'audition téléphonique, reproduire la voix humaine; mais il croit

toujours que l'on ne peut reconnaître s'il y a ou non articulation des

mots.

Cette incertitude dans les résultats obtenus par les différents

physiciens qui se sont occupés de cette question prouve, toutefois,

que les sons ainsi reproduits ne sont pas très-accentués et que, dans

des phénomènes physiques appréciables seulement à nos sens, la

constatation d'un effet peu accentué dépend surtout de la perfection

de nos organes. Nous verrons à l'instant comment cet effet si faible

peut se développer dans de grandes proportions par suite de la

disposition adoptée par MM. Bell et Gray.

Un second point était encore à éclaircir. Il s'agissait de savoir si

le diaphragme d'un téléphone vibre réellement, ou du moins si ses

vibrations peuvent entraîner son déplacement, comme cela a lieu dans

un trembleur électrique ou un instrument à anches que l'on fait vibrer

par un courant d'air. M. Antoine Bréguet a fait à cet égard des

expériences intéressantes qui ont montré que ce mouvement n'était pas

admissible, car il a pu faire parler très-distinctement des téléphones

avec des lames vibrantes de toutes les épaisseurs, et il a poussé les

expériences jusqu'à employer des lames de 15 centimètres d'épaisseur.

La superposition sur ces lames épaisses de morceaux de bois, de

caoutchouc et en général de substances quelconques n'empêchait pas

l'effet de se produire. Or on ne peut admettre dans ce cas que les

lames puissent être animées d'un mouvement de va-et-vient. J'ai

d'ailleurs constaté en superposant une couche d'eau ou de mercure sur

ces lames et même sur des diaphragmes minces, qu'aucun mouvement

sensible ne les animait, du moins en n'employant, comme source

électrique, que les courants induits déterminés par l'action de la

parole. Aucunes rides ne se distinguaient à la surface de la couche

liquide, même quand pour les apercevoir on employait des appareils à

réflexion lumineuse. Comment d'ailleurs pourrait-on admettre qu'un

courant qui n'est pas plus intense que celui d'un élément de Daniell

ayant traversé dix millions de kilomètres de fil télégraphique,

courant qui ne peut fournir de déviation que sur un galvanomètre

Thomson, et encore en admettant que le courant a été provoqué en

appuyant le doigt sur le diaphragme, ait une énergie suffisante pour

faire vibrer mécaniquement par attraction une lame de fer aussi tendue

que l'est celle d'un téléphone!!!

Il résulte toutefois d'expériences photographiques très-précises, que

des vibrations sont produites par le diaphragme d'un téléphone

récepteur; elles sont infiniment petites, si l'on veut, mais elles

sont, suivant M. Blake, suffisantes pour qu'un index très-léger, porté

par ce diaphragme, puisse fournir quelques petites inflexions sur une

ligne décrite par lui sur un enregistreur. Toutefois, de ce qu'un

petit mouvement de vibration existe sur ce diaphragme, il ne s'ensuit

pas qu'il doive être rapporté à un effet d'attraction, car il peut

résulter d'une vibration déterminée par l'action même de la

magnétisation au sein du diaphragme[17].

[Note 17: Suivant M. J. Bosscha, qui a publié dans les

_Archives néerlandaises_, T. XIII, un mémoire

très-intéressant sur l'intensité des courants électriques du

téléphone, l'intensité minima de courant nécessaire pour

fournir un son dans un téléphone par la vibration de son

diaphragme, pourrait être au-dessous de un cent millième de

celle d'un élément Daniell, et le déplacement du centre du

diaphragme pourrait être alors invisible, car il ne serait

guère que de 2,5 millionièmes de millimètre pour une

intensité de courant n'étant que un dix-millième de

l'intensité du même élément Daniell. Quant à l'amplitude des

mouvements produits par le diaphragme sous l'influence de la

voix, il n'a pu la mesurer exactement, mais il la croit

inférieure à un millième de millimètre, et il en résulterait

que, pour un son de 880 vibrations, l'intensité des courants

induits développés serait 0,0000792 de l'unité d'intensité

électro-magnétique.]

Voici, du reste, une expérience très-intéressante de M. Hughes,

répétée d'ailleurs dans d'autres conditions par M. Millar, qui prouve

bien en faveur de notre opinion.

Si l'aimant d'un téléphone récepteur est constitué par deux barreaux

aimantés parfaitement égaux, séparés l'un de l'autre par un isolant

magnétique, et qu'on les place dans la bobine de manière à présenter

en face du diaphragme tantôt des pôles de même nom, tantôt des pôles

contraires, on reconnaît que le téléphone reproduit mieux la parole

dans ce dernier cas que dans le premier. Or, si les effets étaient

attractifs il n'en serait pas ainsi, car les actions sont en

discordance quand des pôles de noms contraires sont soumis à une même

action électrique, tandis qu'elles sont conspirantes dans un même sens

quand ces pôles sont de même nom.

D'un autre côté, on reconnaît que si on emploie plusieurs lames de

fer superposées pour constituer le diaphragme d'un téléphone

récepteur, la transmission des sons est beaucoup plus forte que quand

le diaphragme est simple, et pourtant l'attraction, si tant est

qu'elle pût se faire, ne pourrait se produire que sur l'un des

diaphragmes.

Une expérience très-intéressante de M. A. Bréguet a montré encore que

les différentes parties constituantes d'un téléphone, aussi bien le

manche, les bornes de cuivre, la coquille que la plaque et le barreau

aimanté, peuvent transmettre les sons; et pour arriver à constater ce

résultat, M. Bréguet a employé des téléphones à ficelle dont il

attachait le fil en différents points du téléphone expérimenté. Il a

pu de cette manière non-seulement établir une correspondance entre une

personne faisant agir le téléphone électrique et une autre écoutant

dans le téléphone à ficelle, mais encore faire parler plusieurs

téléphones à ficelle, reliés en plusieurs points du téléphone

électrique.

Ces deux séries d'expériences montrent que des sons peuvent être

obtenus des diverses parties d'un téléphone sans mouvements

vibratoires très-appréciables; mais M. J. Luvini a voulu s'en assurer

d'une manière plus nette encore, en examinant si définitivement

l'aimantation d'un corps magnétique suivie de sa désaimantation

entraînerait une variation dans la forme et les dimensions de ce

corps. Il a en conséquence fait construire un grand électro-aimant

tubulaire qu'il remplissait d'une assez grande quantité d'eau pour

que, ses deux extrémités étant bouchées, le liquide pût apparaître

dans un tube capillaire adapté à l'un des bouchons. De cette manière,

les plus petites variations dans la capacité de la partie creuse de

l'électro-aimant étaient accusées par une ascension ou une descente de

la colonne liquide. Or, en faisant traverser l'électro-aimant par un

courant électrique de différente intensité, il n'a jamais observé

aucun changement dans le niveau de l'eau dans le tube. Avec cette

disposition il pouvait mesurer pourtant un changement de volume de

1/30 de millimètre cube. Donc, il résulte de ces effets, que les

vibrations produites dans un corps magnétique sous l'influence

d'aimantations et de désaimantations successives, sont _tout à fait

moléculaires_. Nous examinerons à l'instant comment ces différentes

déductions peuvent être interprétées pour que l'on puisse comprendre

la véritable théorie du téléphone; mais avant d'entamer cette étude

nous devrons indiquer encore quelques autres expériences qui ont aussi

leur intérêt.

Nous avons vu que MM. Edison, Blyth et Preece avaient fait des

expériences qui ont montré que des sons pouvaient être reproduits par

un téléphone dont le diaphragme était constitué avec une matière non

magnétique, mais ils ont fait voir aussi, chose plus curieuse encore,

que ces sons pouvaient être transmis sous l'influence de courants

induits provoqués par ces diaphragmes mis en vibration devant

l'aimant. Déjà MM. Edison et Blyth avaient avancé ce fait, mais M.

B.-W. Warwich, dans un article publié dans l'_English-mecanic_ (voir

les _Mondes_ du 2 mai 1878), l'a confirmé malgré l'incrédulité qui

avait accueilli cette nouvelle; «Il semblerait, dit-il, que pour agir

sur l'aimant de manière à produire des courants induits, quelque chose

doit d'abord vibrer d'une manière quelconque et être en possession de

plus de force vive qu'un gaz; mais il n'est pas nécessaire que la

substance soit magnétique, car les corps diamagnétiques agissent

très-bien[18].» M. Preece en avait recherché la cause dans les

courants induits développés dans un corps conducteur quelconque quand

on fait mouvoir devant lui un aimant, courants qui donnent lieu au

phénomène découvert par Arago et connu sous le nom de _magnétisme de

rotation_. Ces faits toutefois ne nous paraissent pas encore assez

bien établis pour qu'on puisse s'occuper sérieusement de leur théorie,

et il pourrait se faire que les effets observés fussent la conséquence

de simples transmissions mécaniques.

[Note 18: Voici comment ces expériences sont décrites par

l'auteur: les aimants employés avaient à peu près les

dimensions ordinaires, 1 pouce 1/2 de diamètre, et une

longueur environ huit fois aussi grande. On s'est servi

d'abord de plaques de fer; mais elles n'étaient nullement

nécessaires. Mettant de côté ces plaques, j'ai essayé

naturellement un certain nombre de substances: d'abord une

plaque mince d'étain qui convenait parfaitement et pour

transmetteur et pour récepteur. Une plaque de tôle de 1/10

d'épaisseur environ n'opérait pas aussi bien, mais tout ce

qu'on disait était parfaitement compris. En faisant les

expériences avec ces plaques, on les mettait simplement au

haut de l'instrument sans qu'elles y fussent fixées en aucune

manière; le pavillon en bois du sommet et la cavité conique a

été aussi mis de côté, parce que la transmission et la

réception se faisaient également sans elles. Cette partie de

l'instrument semble superflue, car le son, lorsque la simple

plaque est appuyée à plat contre l'oreille, paraît plus fort

à cause de sa plus grande proximité. Maintenant, les plaques

de fer ne paraissent pas être absolument nécessaires, quoique

le fer agisse mieux qu'aucune autre chose, et que les

substances diamagnétiques agissent aussi très-bien. Désirant

que mon assistant qui était à une certaine distance et ne

pouvait en aucune manière percevoir un son direct, continuât

de compter pendant quelque temps, j'ai enlevé la plaque de

fer et mis en travers de l'instrument un large barreau de

fer, de 1/1 de pouce d'épaisseur. En plaçant mon oreille

contre lui, j'ai entendu chaque nombre distinctement, mais un

peu affaibli. Un morceau carré de cuivre, de 3/3 de pouce, a

été mis en place; le son quoique distinct, n'était pas aussi

fort que précédemment. Des morceaux épais de plomb, de zinc

et d'acier ont été tour à tour essayés. L'acier agit à peu

près comme le fer, et, comme dans les autres cas, chaque mot

prononcé était faiblement et distinctement entendu.

Quelques-uns de ces métaux étaient diamagnétiques, et

cependant l'action se produisait. Des substances non

métalliques ont été ensuite essayées; d'abord un morceau de

verre de vitre; il opérait vraiment très-bien. Avec du bois,

un morceau d'une boîte à allumettes, l'action était faible;

mais en plaçant des morceaux d'une épaisseur graduellement

croissante, le son augmentait sensiblement, et avec un

morceau grossier de bois de 1 pouce 1/2 d'épaisseur, le son

était parfaitement distinct. J'ai mis ensuite en place une

boîte vide en bois; elle agissait très-bien. Un morceau de

liège épais de 1/2 pouce agissait, mais un peu faiblement. Un

bloc de pierre à rasoir, épais de 2 pouces, a été placé sur

l'instrument, et en appliquant l'oreille contre lui, on

pouvait suivre facilement celui qui parlait. Alors j'ai

essayé sans qu'il y eût rien d'interposé, et j'ai placé mon

oreille tout contre l'aimant et la bobine, et, ce qui est

vraiment très-curieux, sans aucune plaque vibrante, j'ai pu

entendre faiblement, et en écoutant attentivement j'ai pu

comprendre tout ce qu'on disait. La chose a été répétée

plusieurs fois: la transmission mécanique du son était

impossible, car beaucoup de mètres de fil étaient couchés sur

le sol, et cependant sans qu'il y eût rien d'interposé

(excepté de l'air) entre mon oreille et l'extrémité de

l'aimant, j'ai pu comprendre ce qui était dit. Dans toutes

ces expériences, les sons ont été perçus, mais les sons

transmis ou essayés agissaient un peu différemment. Un

diapason, qu'on faisait sonner et qu'on plaçait sur la plaque

même de fer ou sur le bois de l'instrument était entendu

clairement; pour la parole, les plaques minces de fer

agissaient mieux. Avec d'autres corps, la pierre, le bois

épais, le verre, le zinc, etc., le son du diapason était

entendu, soit qu'il reposât sur eux, soit qu'on tînt sur eux

la branche vibrante. Ces corps épais ne convenaient pas pour

transmettre le son de la voix. Tous ont été mis de côté, et

l'instrument sonore a été tenu directement sur le pôle de

l'aimant; le son a été clairement entendu, quoiqu'il n'y eût

rien d'interposé, excepté l'air, entre le diapason et

l'extrémité de l'aimant. L'intensité du son n'était peut-être

pas aussi grande quand le diapason posait directement sur le

pôle que quand il était tenu sur l'extrémité de l'aimant.

J'ai ensuite essayé si ma voix serait entendue avec cet

arrangement. Le résultat a été un peu douteux, mais je pense

que quelque action a dû se produire, car le diapason était

entendu lorsqu'il vibrait simplement dans le voisinage du

pôle; l'effet produit par la voix doit avoir différé

seulement par le degré d'intensité; il était trop faible pour

être entendu à l'autre extrémité. J'ai répété ces résultats,

je les ai rendus tout à fait certains, et j'ai réussi à

transmettre les sons très-distinctement sans plaque sur le

pôle, et j'ai entendu en retour distinctement tout ce qui

était dit en plaçant mon oreille contre l'instrument, sans

qu'il y eût aucune plaque.]

S'il faut en croire M. Preece, il paraîtrait qu'on pourrait

transmettre avec un téléphone dont on remplacerait l'aimant par un

simple noyau de fer doux, et il attribue ce résultat au magnétisme

rémanent du fer et à l'action magnétique exercée sur ce barreau par le

magnétisme terrestre. M. Blake de Boston a constaté aussi le même

phénomène, mais il ne l'observait d'une manière marquée que quand le

noyau de fer doux était placé dans une direction inclinée par rapport

à la terre.

Suivant M. Navez, l'intensité du son reproduit dans un téléphone

dépend, non-seulement de l'amplitude des vibrations, mais aussi de la

surface vibrante par suite de l'action qu'elle exerce sur la couche

d'air qui doit transmettre les sons. (Voir le mémoire de M. Navez dans

le _Bulletin de l'Académie de Belgique_, du 7 juillet 1878).

=Expériences sur les effets résultant de chocs mécaniques communiqués

à différentes parties d'un téléphone.=--Si dans un téléphone ordinaire

on adapte une pièce de fer contre la vis qui tient l'aimant, on

reconnaît que les sons transmis sont un peu plus accentués, ce qui

tient au renforcement du pôle actif de l'aimant; mais on entend au

moment où l'on applique la pièce de fer contre la vis, un bruit assez

prononcé qui semble être dû aux vibrations mécaniques déterminées dans

le barreau au moment du choc. M. le lieutenant de vaisseau des Portes

a fait dernièrement sur ce genre de phénomènes des expériences

intéressantes. Ainsi il a reconnu que, si sur un circuit téléphonique

de 100 mètres complété par le sol, le téléphone transmetteur est

réduit au simple aimant muni de sa bobine qui constitue son organe

électro-magnétique, et que cet aimant soit suspendu verticalement par

un fil de soie, la bobine en haut, un coup frappé sur cet aimant, soit

au moyen d'un morceau de bois, soit au moyen d'une tige de cuivre,

pourra déterminer dans le téléphone récepteur, des sons distincts qui

augmenteront d'autant plus d'intensité que le coup sera frappé plus

près de la bobine, et qui deviendront plus forts encore, mais moins

nets, quand on mettra en contact avec le pôle supérieur de l'aimant

une lame vibrante de fer doux.

Quand le corps avec lequel on frappe est en fer, les sons dont il

vient d'être question sont plus accentués qu'avec le morceau de bois,

et quand l'aimant est muni de sa lame vibrante appliquée sur son pôle

actif, on saisit en même temps que le bruit du choc une vibration de

la plaque.

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 7 / 19 段