Quant au téléphone récepteur, la disposition adoptée par MM. Pollard

et Garnier est à peu près celle de Bell. Seulement ils emploient des

lames de fer-blanc et des hélices beaucoup plus résistantes. Cette

résistance est, en effet, de cent cinquante à deux cents kilomètres.

«Nous avons toujours reconnu, disent ces messieurs, que quelle que

soit la résistance du circuit extérieur, on a avantage à augmenter le

nombre des tours de spires, même en faisant usage du fil nº 42, qui

est celui que nous avons employé de préférence.»

=Téléphone à réaction de M. Hellesen.=--M. Hellesen pensant que les

vibrations produites par la voix sur un transmetteur téléphonique à

charbon, devaient se trouver amplifiées si la pièce mobile du rhéotome

était soumise à une action électro-magnétique résultant de ces

vibrations elles-mêmes, a combiné un transmetteur fondé sur ce

principe que nous représentons fig. 32, et qui a l'avantage de

constituer lui-même l'appareil d'induction destiné à transformer les

courants voltaïques employés. Cet appareil se compose d'un tube de fer

vertical appuyé sur une masse magnétique NS et entouré d'une bobine

magnétisante BB au-dessus de laquelle est adaptée une hélice

d'induction en fil fin II, mise en communication avec le circuit. À

l'intérieur du tube, se trouve un crayon de plombagine C, disposé dans

un porte-crayon qui peut être élevé ou abaissé au moyen d'une vis de

rappel V adaptée au dessous de la masse magnétique. Enfin, au-dessus

de ce crayon, est fixée une lame vibrante en fer LL, qui est munie à

son centre d'un contact de platine communiquant à la pile; le circuit

local est alors mis en rapport avec le crayon par l'intermédiaire de

l'hélice magnétisante B, dont un bout est à cet effet soudé sur le

tube de fer.

Il résulte de cette disposition que les vibrations de la lame LL, au

moment de leur plus grande amplitude du côté du crayon, tendent à

s'amplifier par suite de l'action attractive exercée sur la plaque,

et la pression sur le graphite devenant plus forte, accroît les

différences de résistance qui en résultent et, par suite, détermine

des variations plus grandes dans l'intensité des courants transmis.

=Téléphone à réaction de MM. Thomson et Houston.=--La disposition

téléphonique que nous venons de décrire a été reprise dernièrement par

MM. Elihu Thomson et Edwin. J. Houston qui, dans l'_English mechanic

and World of science_ du 21 juin 1878, c'est-à-dire deux mois après

que M. Hellesen m'a indiqué son système[14], ont publié un article sur

un appareil à peu près semblable au précédent.

[Note 14: M. Hellesen m'a communiqué le dessin de son

appareil le 3 mai 1878. Or les expériences faites à

Copenhague dataient de plus de six semaines.]

Dans cet appareil, en effet, le courant qui passe à travers le corps

médiocrement conducteur, anime un électro-aimant muni d'une bobine

d'induction, et cet électro-aimant réagit sur le diaphragme pour

augmenter l'amplitude de ses vibrations et créer en même temps deux

actions électriques agissant dans le même sens; seulement la

disposition du contact du mauvais conducteur avec la lame vibrante est

un peu différente. Au lieu d'un simple contact par pression effectué

entre cette lame et un crayon de charbon, c'est un petit fragment de

cette matière, taillé en pointe, qui est fixé sur la lame vibrante et

qui plonge dans une gouttelette de mercure versée au fond d'une cavité

pratiquée à l'extrémité supérieure du fer de l'électro-aimant. La

disposition de l'appareil est d'ailleurs la même que celle d'un

téléphone ordinaire, et c'est la tige de fer de l'électro-aimant qui

représente le barreau aimanté du téléphone Bell. Suivant les auteurs,

cet appareil peut être employé comme transmetteur et comme récepteur,

et voici comment les effets se produisent dans les deux cas.

Quand l'appareil transmet, le fragment de charbon plonge plus ou moins

dans le mercure, et par suite des différences qui se produisent dans

les surfaces de contact suivant l'amplitude des vibrations de la lame,

le courant subit des variations d'intensité en rapport avec ces

amplitudes, et de ces variations résultent, dans la bobine

d'induction, des courants induits, qui réagissent sur le téléphone

récepteur comme dans l'appareil Bell, et qui sont encore renforcés de

ceux qui sont produits magnéto-électriquement par le mouvement du

diaphragme devant la bobine d'induction et le fer de l'électro-aimant.

Quand l'appareil est employé comme récepteur, les effets ordinaires se

manifestent, car le fer de l'électro-aimant étant aimanté par le

courant, se trouve exactement dans les conditions des téléphones Bell

ordinaires, et les courants induits lui arrivent de la même manière,

seulement plus intenses. MM. Thomson et Houston prétendent que ce

système a fourni des résultats excellents et que le son de la voix y

est beaucoup moins altéré que dans les autres téléphones.

=Téléphones à piles et à transmetteurs liquides.=--On a vu que M.

Gray, dès l'année 1876, avait imaginé un système téléphonique basé

sur les variations de résistance qu'éprouve un circuit complété par un

liquide, lorsque la couche liquide interposée entre les électrodes

varie d'épaisseur sous l'influence des vibrations de la lame

téléphonique mise en rapport avec l'une de ces électrodes. Ce système

a été étudié depuis par plusieurs inventeurs, entre autres par MM.

Richemond et Salet, et voici les quelques renseignements qui ont été

publiés relativement à leurs recherches.

«Un autre téléphone reproduisant les sons articulés, et appelé par M.

Richemond _électro-hydro-téléphone_, a été breveté récemment aux

États-Unis. Il est sous certains rapports semblable à celui de M.

Edison, mais au lieu de mettre à contribution des disques de charbon

pour modifier la résistance du circuit, c'est l'eau qui est employée,

et cette eau est mise en rapport avec le circuit et la pile par

l'intermédiaire de deux pointes de platine, dont une est fixée sur le

diaphragme métallique qui vibre sous l'influence de la voix. Les

vibrations de ce diaphragme en transportant la pointe qui lui est

adhérente en des points différents de la couche liquide interpolaire,

diminuent ou augmentent la résistance électrique de cette couche, et

déterminent des variations correspondantes dans l'intensité du courant

traversant le circuit. Le téléphone récepteur a d'ailleurs la

disposition ordinaire.» (Voir le _Telegraphic Journal_ du 15 sept.

1877, p. 222).

«Il m'a paru intéressant, dit M. Salet, de construire un téléphone

dans lequel le mouvement de deux membranes soient absolument

solidaires, et pour cela j'ai mis à profit la grande résistance des

liquides. M. Bell avait déjà obtenu quelques résultats en attachant à

la membrane vibrante un fil de platine communiquant avec une pile, et

plongeant plus ou moins dans de l'eau acidulée contenue dans un vase

métallique relié lui-même par la ligne au téléphone receveur. J'ai

substitué au fil de platine un petit levier d'aluminium portant une

lame de platine; à une très-faible distance de celle-ci s'en trouvait

une seconde en relation avec la ligne. Les vibrations de la membrane,

triplées ou quadruplées dans leur amplitude, ne sont pas altérées dans

leurs formes, grâce à la petitesse et à la légèreté du levier; elles

déterminent dans l'épaisseur de la couche liquide traversée par le

courant, et par suite dans l'intensité de celui-ci, des variations,

lesquelles en occasionnent de semblables dans la force attractive de

l'électro-aimant récepteur. Sous son influence, la membrane recevante

exécute des mouvements solidaires de ceux de la membrane expéditrice.

Le son transmis est très-net et, résultat auquel on pouvait

s'attendre, le timbre est parfaitement conservé. Les consonnes

cependant n'ont pas tout le mordant de celles transmises par

l'instrument de M. Bell. C'est un inconvénient qui apparaît surtout

quand le levier est un peu lourd; on pourrait facilement le faire

disparaître. L'électrolyse produit en outre un bruissement continu qui

ne nuit guère à la netteté du son.

«Comme dans ce système on ne demande pas à la voix de _produire_, mais

seulement de _diriger_ le courant électrique engendré par une pile, on

peut théoriquement augmenter à volonté l'intensité du son reçu. En

réalité j'ai pu faire rendre au récepteur des sons très-forts, et il

me semble que cet avantage compense largement la nécessité d'employer

une pile et un appareil expéditeur assez délicat. Malheureusement la

transmission ne peut se faire à des distances un peu considérables.

Supposons qu'un certain déplacement de la membrane expéditrice

détermine dans la résistance le même accroissement que cinq à six

cents mètres de fil: si la ligne a cinq cents mètres, l'intensité du

courant se trouvera réduite de moitié et la membrane recevante prendra

une nouvelle position notablement différente de la première; mais si

la ligne a cinq cents kilomètres, l'intensité du courant ne sera

modifiée que de un millième. Il faudrait donc employer une pile énorme

pour que cette variation se traduisît par un changement sensible dans

la position de la membrane recevante.»

(Voir _Comptes rendus de l'Académie des sciences_ du 18 février 1878,

p. 471.)

M. J. Luvini, dans un article inséré dans _les Mondes_, du 7 mars

1878, a indiqué un système de rhéotome de courant pour les téléphones

à pile qui, malgré sa complication, pourrait peut-être présenter

quelques avantages, en ce sens qu'il fournirait des courants

alternativement _renversés_. Dans ce système, la lame vibrante

transmettrice qui doit être placée verticalement, réagit sur un fil

mobile horizontal replié rectangulairement et portant sur chacune de

ses branches deux pointes de platine plongeant dans deux godets

remplis d'un liquide médiocrement conducteur; les deux branches de ce

fil, isolées l'une de l'autre, sont mises en rapport avec les deux

pôles de la pile, et les quatre godets dans lesquels plongent les

fils de platine, communiquent d'une manière inverse à la ligne et à la

terre par l'intermédiaire de fils de platine immobiles fixés dans les

godets. Il résulte de cette disposition que, pour un réglage

convenable des distances entre les fils fixes et mobiles, deux

courants égaux se trouveront opposés à travers le circuit de la ligne

quand le diaphragme sera immobile; mais aussitôt que celui-ci vibrera,

les distances respectives des fils varieront, et il en résultera, un

courant différentiel dont l'intensité sera en rapport avec l'étendue

du déplacement du système ou l'amplitude de la vibration, et dont le

sens variera pour les mouvements en dessus et en dessous de la ligne

des noeuds de vibration. On aurait donc de cette manière les effets

avantageux des courants induits.

=Téléphones à pile et à arcs voltaïques.=--Pour obtenir des variations

de résistance encore plus sensibles qu'avec les liquides et les corps

pulvérulents, on a eu l'idée d'avoir recours aux conducteurs gazeux

échauffés, et on a combiné plusieurs dispositifs de téléphones à pile

dans lesquels le circuit était complété par une couche d'air séparant

la lame vibrante d'une pointe de platine servant d'excitateur à une

décharge électrique de haute tension. Dans ces conditions, cette

couche d'air devient conductrice, et l'intensité du courant qui la

traverse est en rapport avec son épaisseur. Ce problème a été résolu

soit au moyen de courants voltaïques d'une grande tension, soit au

moyen d'une bobine de Ruhmkorff.

Le premier système a été combiné par M. Trouvé, et voici ce qu'il en

dit dans le journal _la Nature_ du 6 avril 1878. «Une membrane

métallique vibrante constitue l'un des pôles d'une pile à haute

tension; l'autre pôle est assujetti devant la plaque par une vis

micrométrique qui permet de faire varier, suivant la tension de la

pile, la distance à la plaque, sans pourtant jamais être en contact

avec elle. Cette distance, toutefois, ne doit pas dépasser celle que

pourrait franchir la décharge de la pile. Dans ces conditions, la

membrane vibrant sous l'influence des ondes sonores a pour effet de

modifier constamment la distance entre les deux pôles et de faire

ainsi varier sans cesse l'intensité du courant; par conséquent

l'appareil récepteur (téléphone Bell ou à électro-aimant) subit des

variations magnétiques en rapport avec les variations du courant qui

l'influence, ce qui a pour effet de faire vibrer synchroniquement la

membrane réceptrice. C'est donc sur la possibilité de faire varier

entre des limites très-étendues la résistance du circuit extérieur

d'une pile ou batterie à haute tension dont les pôles ne sont pas en

contact, que repose le nouvel appareil téléphonique. On pourra aussi,

pour faire varier les conditions de cette résistance, faire intervenir

une vapeur quelconque ou bien des milieux différents, tels que l'air

ou les gaz plus ou moins raréfiés.»

M. Trouvé pense obtenir de bons résultats avec sa pile à rondelles

humectées de sulfate de cuivre et de sulfate de zinc, en en disposant

les éléments, au nombre de quatre ou cinq cents, dans des tubes de

verre de petit diamètre. Pour obtenir des courants de tension, il

n'est pas besoin, comme on le sait, que ces éléments soient de grandes

dimensions.

M. de Lalagade a proposé un moyen analogue en employant, pour la

formation de l'arc, un courant dont la tension est augmentée par

l'interposition dans le circuit d'un fort électro-aimant. Cet

électro-aimant réagit d'ailleurs sur un électro-aimant Hughes pour lui

faire fournir des courants d'induction susceptibles de faire

fonctionner le récepteur. Suivant M. de Lalagade, une pile de Bunsen

ou à bichromate de potasse de 6 éléments, suffirait pour obtenir un

arc voltaïque continu entre la lame vibrante d'un téléphone et une

pointe de platine éloignée suffisamment pour ne donner lieu à aucun

contact. Il faudrait cependant en déterminer un en commençant, pour

provoquer la formation de cet arc. Dans le système de M. de Lalagade,

la lame vibrante doit être munie à son centre d'une petite lame de

platine pour éviter les effets d'oxydation de l'étincelle. Suivant

l'auteur, les sons ainsi transmis et reproduits dans un téléphone dont

le système électro-magnétique serait monté sur une caisse sonore,

auraient une intensité plus grande qu'avec les téléphones ordinaires,

et il semblerait qu'on vous parlerait dans l'oreille.

=Téléphones à mercure.=--Ces systèmes sont fondés sur ce phénomène

physique découvert par M. Lippmann, que si une couche d'eau acidulée

est superposée à du mercure et réunie au moyen d'une électrode et d'un

fil avec celui-ci, de manière à constituer un circuit, toute action

mécanique qui aura pour effet de presser sur la surface du mercure et

de faire varier la forme de son ménisque, déterminera une réaction

électrique capable de donner lieu à un courant dont la force sera en

rapport avec l'action mécanique exercée. Par réciproque, toute action

électrique qui sera produite sur le circuit d'un pareil système,

donnera lieu à une déformation du ménisque et par suite à un mouvement

de celui-ci, qui sera d'autant plus caractérisé que le tube où se

trouve le mercure sera plus petit et l'action électrique plus grande.

Cette action électrique pourra d'ailleurs résulter d'une différence de

potentiel dans l'état électrique des deux extrémités du circuit mis en

rapport avec la source électrique employée ou d'un générateur

électrique quelconque[15].

[Note 15: M. J. M. Page avait déjà reconnu que si un

téléphone est placé dans le circuit de l'hélice primaire

d'une bobine d'induction alors que l'hélice secondaire de cet

appareil est placée dans le circuit d'un électromètre

capillaire de M. Lippmann, il se produit à chaque mot

prononcé dans le téléphone un mouvement de la colonne

mercurielle de l'électromètre, lequel mouvement s'effectue

vers le bout capillaire du tube et quelle que soit la

direction du courant envoyé par le téléphone. On reconnut que

cet effet était dû à ce que le mercure tend toujours à se

mouvoir plus rapidement du côté du bout capillaire que du

côté opposé.]

On comprend facilement, d'après ces effets, que si on plonge dans deux

vases VV{1} (fig. 33), remplis d'eau acidulée et de mercure, deux

tubes TT{1} à bout effilé contenant du mercure M, et qu'on réunisse

entre elles, par des fils métalliques PP{1}, QQ{1} d'abord, les deux

colonnes de mercure remplissant les tubes et, en second lieu, les

couches de mercure qui occuperont le fond des deux vases, on aura, si

on a soin de placer les tubes à une certaine distance de la surface du

mercure dans les vases, un circuit métallique complété par deux

électrolytes, dont l'un pourra accuser les effets mécaniques ou

électriques produits au sein de l'autre. Si donc on adapte au-dessus

des tubes deux lames vibrantes B, B{1}, et qu'on fasse vibrer l'une

d'elles, l'autre devra reproduire ces vibrations sous l'influence des

mouvements vibratoires communiqués par la colonne de mercure

correspondante. Ces vibrations seront en rapport elles-mêmes avec les

émissions électriques résultant des mouvements de la colonne de

mercure du premier tube, et qui sont déterminés mécaniquement. Si un

générateur électrique est introduit dans le circuit, l'effet que nous

venons d'analyser s'effectuera sous l'influence des modifications dans

le potentiel de ce générateur sous l'influence des effets

électro-capillaires. Mais si on n'emploie aucun générateur, l'action

résultera des courants électriques déterminés par l'action

électro-capillaire elle-même. Dans ce dernier cas, cependant,

l'appareil doit être construit d'une manière un peu plus délicate,

pour obtenir des réactions électriques plus sensibles, et voici

comment M. A. Bréguet décrit son appareil.

«L'appareil consiste dans un tube de verre fin, de quelques

centimètres de longueur, contenant des gouttes alternées de mercure et

d'eau acidulée, de façon à constituer autant d'éléments

électro-capillaires associés en tension. Les deux extrémités du tube

sont fermées à la lampe, mais laissent pourtant un fil de platine

prendre contact de chaque côté sur la goutte de mercure la plus

voisine. Une rondelle de sapin mince est fixée normalement au tube par

son centre, et permet ainsi d'avoir une surface de quelque étendue à

s'appliquer sur la coquille de l'oreille quand l'appareil est

récepteur, et de fournir au tube une plus grande quantité de mouvement

sous l'influence de la voix, quand l'appareil est transmetteur. Voici

les avantages que présentent ces sortes d'appareils:

«1º Ils ne nécessitent l'usage d'aucune pile;

«2º L'influence perturbatrice de la résistance d'une longue ligne est

presque nulle pour ces instruments alors qu'elle est encore

appréciable avec le téléphone Bell;

«3º Deux appareils à mercure accouplés comme il a été dit plus haut,

sont absolument corrélatifs, en ce sens que, même des positions

_différentes_ d'équilibre de la surface du mercure dans l'un d'eux,

produisent des positions différentes d'équilibre dans l'appareil

opposé. On peut donc reproduire à distance, sans pile, non-seulement

des indications fidèles de mouvements pendulaires, comme le fait le

téléphone de Bell, mais encore l'image exacte des mouvements les plus

généraux.»

Nous croyons devoir faire toutefois nos réserves à l'égard de cette

assertion: que la résistance du circuit serait sans influence sur ces

téléphones. Nous ne le pensons pas et voici pourquoi.

Si j'ai bien compris l'idée de M. A. Bréguet, cette indépendance

tiendrait à ce que les effets produits ne sont seulement fonction que

des différences de potentiel déterminées dans les conditions

d'équilibre électrique du système. Si l'on considère que les courants

résultant de l'action électrique de l'eau acidulée sur le mercure, se

trouvent annulés à travers le circuit par l'opposition des deux

systèmes l'un à l'autre, on comprend aisément que les forces

électro-motrices développées se trouvent maintenues sur les deux

appareils à peu près dans les mêmes conditions que sur les pôles de

deux éléments de pile réunis par leurs pôles de même nom, et pour

qu'un courant se manifeste il suffit que la tension électrique de

l'une des sources soit affaiblie ou augmentée; mais alors le courant

différentiel qui en résulte et qui est seul à agir, est soumis à

toutes les lois qui régissent la transmission des courants sur les

circuits et, par conséquent, doit être aussi bien affecté par la

résistance du circuit que tout autre courant.

MODIFICATIONS APPORTÉES À LA CONSTRUCTION DES TÉLÉPHONES BELL.

Les modifications que nous avons étudiées précédemment se rapportent

au principe même de l'appareil; celles qui nous restent à étudier ne

sont que des modifications dans la forme et la disposition des

différents organes qui constituent le téléphone Bell lui-même, et qui

ont été combinées en vue d'augmenter l'intensité et la netteté des

sons produits.

=Téléphones à diaphragmes multiples.=--Si l'on considère que les

courants induits déterminés dans un téléphone, résultent des

mouvements vibratoires du diaphragme, et que ceux-ci sont provoqués

par les vibrations de la couche d'air interposée entre ce diaphragme

et l'organe vocal, on en déduit naturellement que si ces vibrations de

la couche d'air réagissaient sur plusieurs diaphragmes accompagnés

isolément de leur organe électro-magnétique, on pourrait déterminer

simultanément plusieurs courants induits qui, étant associés

convenablement, pourraient fournir des effets d'autant plus intenses

sur le récepteur, que les sons qui seraient engendrés résulteraient de

plusieurs sources sonores combinées. Plusieurs inventeurs, en partant

de ce raisonnement, ont combiné des appareils plus ou moins ingénieux

que nous allons maintenant passer en revue, sans pouvoir cependant

indiquer celui qui le premier a réalisé cette idée. Elle est, en

effet, tellement simple, qu'elle est venue vraisemblablement à

l'esprit de plusieurs inventeurs au même moment, et nous voyons que

tandis que M. Trouvé indiquait en France, au mois de novembre 1877, ce

perfectionnement, on le mettait en essai en Amérique et on le

discutait en Angleterre, et même on ne le regardait pas, dans ce

dernier pays, comme appelé à donner des résultats favorables; voici,

en effet, ce que dit M. Preece à cet égard, dans un mémoire publié par

lui le 4 avril 1878, et intitulé: _On some physical points connected

with the telephone._ «Tous ceux qui se sont occupés de perfectionner

le téléphone n'ont éprouvé que des désappointements et des insuccès

désespérants. Un des premiers essais de ce genre fut entrepris par M.

Willmot qui pensait obtenir un bon résultat en augmentant le nombre

des diaphragmes, des hélices et des aimants, en réunissant les hélices

en séries et en les faisant agir simultanément afin d'augmenter

l'énergie des courants développés sous l'influence de la voix; mais

l'expérience montra que quand l'appareil agissait directement, l'effet

vibratoire de chacun des diaphragmes décroissait proportionnellement à

leur nombre, et l'effet général restait le même qu'avec un seul

diaphragme. L'instrument de M. Willmot a été construit au commencement

d'octobre 1877, et celui de M. Trouvé n'en est qu'une dérivation.»

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 5 / 19 段