On peut obtenir encore des auditions simultanées du téléphone en les

interposant dans un même circuit, et les expériences faites à New-York

ont montré qu'on pouvait ainsi en faire parler cinq échelonnés en

différents points d'une ligne télégraphique. Dans des essais

téléphoniques faits sur les lignes des écluses du département de

l'Yonne, on a constaté que sur un fil de 12 kilomètres où l'on avait

placé à des distances différentes plusieurs téléphones, trois ou

quatre personnes ont pu causer entres elles à travers ces téléphones,

chacune entendant ce que disaient les autres. Les réponses et les

demandes tout en se croisant restaient perceptibles. On a pu même, en

plaçant un téléphone sur un second fil de dix kilomètres éloigné du

premier de cinquante centimètres, et le suivant sur une longueur de

deux kilomètres seulement, saisir la conversation échangée sur l'autre

fil. On pouvait même distinguer très-bien les timbres des voix des

deux interlocuteurs.

Depuis l'apparition du téléphone en Europe, beaucoup d'inventeurs

prétendent être parvenus à faire parler un téléphone de manière qu'il

soit entendu des différents points d'une vaste salle. Nous avons vu

que M. Bell avait déjà obtenu ce résultat, et sous ce rapport nous ne

voyons pas que ceux qui ont perfectionné le téléphone soient arrivés à

des résultats beaucoup plus importants. Mais ce qui est certain, c'est

qu'un téléphone ordinaire peut parfaitement émettre des sons musicaux

susceptibles d'être entendus dans une pièce assez grande et tout en

étant attaché à la muraille. On doit se rappeler les résultats obtenus

par MM. Pollard et Garnier lors des essais qu'ils firent à Cherbourg

pour relier la digue à la préfecture maritime de cette ville.

La digue de Cherbourg est, comme on le sait, une sorte d'île factice

créée de main d'homme devant cette ville pour constituer une rade. Les

forts établis sur cette digue sont reliés par des câbles sous-marins

au port militaire et à la préfecture maritime. Un jour qu'après des

expériences faites dans le cabinet du préfet sur l'un de ces câbles,

au moyen de téléphones, plusieurs des personnes présentes causaient

ensemble dans la pièce, elles furent très-étonnées d'entendre le

clairon sonner la retraite, et les sons semblaient venir de l'un des

points de la pièce. On cherche, et l'on reconnaît bientôt que c'est le

téléphone pendu à la muraille qui se livrait à cet exercice. On

s'informe et l'on apprend que c'était un des expérimentateurs de la

station de la digue qui avait fait la plaisanterie de sonner du

clairon devant le téléphone de cette station. Or la digue est éloignée

de Cherbourg de plus d'une lieue, et la préfecture maritime est au

milieu de la ville. Les téléphones étaient pourtant construits

grossièrement dans les ateliers du port de Cherbourg, ce qui prouve

une fois de plus combien ces appareils exigent peu de précision pour

fonctionner.

Les téléphones du modèle de Bell les plus variés dans leurs

dispositions se trouvent chez M. C. Roosevelt, représentant de M. Bell

à Paris, 1, rue de la Bourse. Ils sont généralement construits par M.

Bréguet, et les modèles les plus recherchés sont, indépendamment de

celui que nous avons décrit, le grand modèle carré dont l'aimant est

en fer à cheval et qui est renfermé dans une boîte plate, portant sur

sa face antérieure un cornet qui sert en même temps d'embouchure. Nous

représentons (fig. 24), ce système, qui a du reste été construit tout

récemment à Boston dans de meilleures conditions. Dans ce nouveau

modèle, établi par M. Gower, l'aimant est composé de plusieurs lames

terminées par un noyau magnétique en fer sur lequel est fixée la

bobine, et le tout est recouvert d'une épaisse couche de paraffine.

Les sons reproduits sont alors beaucoup plus nets et plus forts. Il y

a aussi un modèle en forme de tabatière dans lequel l'aimant est

contourné en spirale afin de conserver sa longueur sous une forme

ronde. Le pôle qui occupe la partie centrale de cette spirale est

alors muni d'un noyau de fer sur lequel est fixée la bobine

d'induction, et le couvercle de la tabatière porte la lame vibrante

ainsi que l'embouchure; nous représentons ce modèle fig. 25. Dans un

autre modèle, dit _téléphone miroir_, le dispositif précédent est

adapté sur un manche comme la glace d'un miroir portatif, et

l'embouchure se présentant sur l'une des faces latérales, on parle

avec cet instrument comme si l'on parlait devant un écran de cheminée.

On trouve d'un autre côté chez M. Bailey les divers modèles de

téléphones à pile et à charbon d'Edison dont nous parlerons bientôt

et qui ont donné les meilleurs résultats sur les longues lignes, ainsi

que les téléphones de MM. Gray et Phelps.

DISPOSITIONS DIFFÉRENTES DES TÉLÉPHONES.

Les résultats si prodigieux obtenus avec le téléphone Bell et dont

l'authenticité avait été mise en doute par la plupart des savants,

devaient naturellement, étant une fois démontrés, provoquer une foule

de recherches de la part des inventeurs et même de ceux qui avaient

été dans l'origine les plus incrédules. Il en est résulté une foule de

perfectionnements et de modifications qui ont évidemment leur intérêt,

et dont nous allons maintenant nous occuper.

TÉLÉPHONES À PILE.

=Téléphone de M. Edison.=--L'un des premiers et des plus intéressants

perfectionnements apportés au téléphone de Bell, est celui qui a été

combiné dans la première moitié de l'année 1876 par M. Edison. Ce

système est, à la vérité, plus compliqué que celui que nous avons

étudié précédemment, car il met à contribution une pile, et l'appareil

transmetteur est différent de l'appareil récepteur; mais il est moins

susceptible d'être influencé par les causes extérieures et permet des

transmissions à plus grande distance.

Le téléphone de M. Edison, comme celui de M. Gray, dont nous avons

déjà eu occasion de parler, est fondé sur l'action de courants

ondulatoires déterminés par des variations de résistance d'un médiocre

conducteur interposé dans le circuit, et sur lequel réagissent les

vibrations d'un diaphragme devant lequel on parle. Seulement, au lieu

d'employer un conducteur liquide qui ne peut jamais être utilisé

pratiquement, M. Edison a cherché à mettre à contribution les corps

solides semi-conducteurs. Ceux qui lui offrirent le plus d'avantages,

à ce point de vue, furent le graphite et le charbon, surtout le

charbon résultant du noir de fumée comprimé. Ces substances, en effet,

étant introduites dans un circuit entre deux lames conductrices dont

l'une est mobile, sont susceptibles de modifier la résistance de ce

circuit dans le même rapport à peu près que la pression qui est

exercée sur elles par la lame mobile[12], et l'on conçoit que pour

obtenir avec ce système les courants ondulatoires nécessaires à la

reproduction des sons articulés, il suffisait d'introduire un disque

de plombagine ou de noir de fumée entre la lame vibrante d'un

téléphone et une lame de platine mise en rapport avec la pile. La lame

du téléphone étant mise en communication avec le fil du circuit, il

devait résulter des vibrations de cette lame devant le disque de

charbon, une série de pressions croissantes et décroissantes, donnant

lieu à des effets correspondants dans l'intensité du courant transmis,

et ces effets devaient réagir d'une manière analogue aux courants

ondulatoires déterminés par l'induction dans le système de Bell.

Toutefois, pour obtenir de très-bons résultats, plusieurs dispositions

accessoires étaient nécessaires, et nous représentons (fig. 26) l'une

des dispositions qui ont été données à cette partie du système

téléphonique de M. Edison.

[Note 12: Cette propriété était connue depuis longtemps,

mais non appliquée. Je l'avais indiquée dès 1856 dans le tome

I de mon _Exposé des applications de l'électricité_, page 240

(2e édition), à propos des interrupteurs de circuit. J'en ai

parlé encore dans un Mémoire sur les électro-aimants à fil nu

(publié en 1865 dans les _Annales télégraphiques_) et dans

plusieurs notes présentées à l'Académie des sciences en 1872

et 1875 sur la conductibilité des limailles et poussières

conductrices. M. Clérac, de son côté, en 1865, la mettait à

contribution pour obtenir des résistances variables.]

Dans cette figure, l'appareil est vu en coupe, et il se rapproche

beaucoup, quant à la forme, du téléphone de Bell. L L est la lame

vibrante, O O, l'embouchure, M le trou de cette embouchure, N N N la

cage de l'appareil qui est construite ainsi que l'embouchure en

ébonite et qui présente au-dessous de la lame une cavité assez

spacieuse et un trou tubulaire qui est creusé dans le manche. À sa

partie supérieure, ce tube est continué par un rebord cylindrique muni

d'un pas de vis sur lequel est vissée une petite bague présentant une

saillie intérieurement, et c'est à l'intérieur de ce tube que se

trouve disposé le système rhéostatique. Celui-ci se compose d'abord

d'un piston E, adapté à l'extrémité d'une longue vis E F, dont le

bouton F en tournant permet de faire avancer ou reculer le piston

d'une certaine quantité. Au-dessus de ce piston, se trouve adaptée une

lame de platine très mince A reliée par une lamelle flexible et un fil

à un bouton d'attache P'. Une autre lame B, exactement semblable, est

reliée avec le bouton d'attache P, et c'est entre ces deux lames

qu'est placé le disque de charbon C. Ce disque est constitué avec du

noir de fumée de pétrole comprimé, et sa résistance est d'un _ohm_ ou

de 100 mètres de fil télégraphique. Enfin un disque d'ébonite est

appliqué sur la lame de platine supérieure B, et un tampon élastique

composé d'un morceau de tube de caoutchouc G et d'un disque de liège

H, est interposé entre la lame vibrante L L et le disque B, afin que

les vibrations de cette lame ne soient pas arrêtées par l'obstacle

rigide constitué par l'ensemble du système rhéostatique. Quand ces

différentes pièces sont en place, on règle l'appareil au moyen de la

vis F, et ce réglage est facile puisqu'il suffit de la serrer ou de la

desserrer jusqu'à ce que le téléphone récepteur donne son maximum de

son.

Dans un nouveau modèle représenté (fig. 27), et qui a fourni les

meilleurs résultats pour la netteté des transmissions, la lame

vibrante L L est maintenue et appuyée contre les disques du conducteur

secondaire en charbon C, par l'intermédiaire d'un petit cylindre de

fer A au lieu d'un tampon en caoutchouc, et la pression est réglée par

une vis placée au-dessous de _e_. L'embouchure E de l'appareil est

plus saillante, et le trou plus large. Enfin il n'y a plus de manche à

l'appareil dont l'enveloppe est en fonte nickelée. Le disque rigide

_b_ qui appuie sur la première lame de platine _p_ est, d'un autre

côté, en _aluminium_ au lieu d'être en ébonite.

Le téléphone récepteur ressemble assez à celui de M. Bell. Il

présente néanmoins quelques différences que l'on peut reconnaître par

l'inspection de la fig. 28. Ainsi l'aimant N S est recourbé en fer à

cheval, et la bobine magnétisante E recouvre seulement un des pôles N;

ce pôle occupe précisément le centre de la lame vibrante L L, tandis

que le second pôle est près du bord de cette lame. Les dimensions

elles-mêmes de la lame sont considérablement réduites; sa surface est

à peu près celle d'une pièce de cinq francs, et elle est enclavée dans

une espèce de rainure circulaire qui la maintient dans une position

parfaitement déterminée. En raison de cette disposition, le manche de

l'instrument est en bois plein, et l'espace vide où se trouve le

système électro-magnétique est un peu plus développé que dans le

modèle de Bell; mais l'on s'est arrangé de manière à éviter les échos

et à en faire une sorte de caisse sonore apte à amplifier les sons. La

disposition du système électro-magnétique par rapport à la lame

vibrante doit évidemment augmenter aussi la sensibilité de

l'appareil, car le pôle S étant en contact intime avec la lame L L,

celle-ci se trouve polarisée et peut recevoir beaucoup plus

énergiquement les influences magnétiques du second pôle N, qui en est

distant de l'épaisseur d'une forte feuille de papier. Dans les deux

appareils de M. Edison (récepteur et transmetteur) la partie

supérieure CC correspondante à la lame vibrante, au lieu d'être fixée

par des vis sur la partie attenante au manche, est vissée sur cette

partie elle-même, ce qui permet de démonter beaucoup plus facilement

l'instrument.

M. Edison a, du reste, beaucoup varié la forme de ses appareils, et

aujourd'hui leur enveloppe est en métal avec une embouchure d'ébonite

en forme d'entonnoir.

Ayant constaté, comme du reste l'avait fait avant lui M. Elisha Gray,

que les courants induits sont plus favorables aux transmissions

téléphoniques que les courants voltaïques, M. Edison transforma les

courants de pile passant par son transmetteur en courants induits, et

cela en leur faisant traverser le circuit primaire d'une bobine

d'induction bien isolée; le fil de ligne était alors mis en

communication avec le fil secondaire de la bobine. Nous rapporterons

plus tard des expériences qui montreront les avantages de cette

combinaison; pour le moment, nous ne faisons que la signaler, car elle

fait aujourd'hui partie intégrante de presque tous les systèmes de

téléphones à pile.

=Téléphone musical d'Edison.=--Les effets curieux et réellement

très-avantageux que M. Edison avait obtenus avec son _électro-motographe_,

lui donnèrent l'idée, dès le commencement de l'année 1877, d'appliquer

le principe de cet appareil au téléphone pour la reproduction des sons

transmis, et il a obtenu des résultats tellement intéressants que

l'auteur d'un article sur les téléphones, publié dans le _Telegraphic

Journal_ du 15 août 1877, présente cette invention comme l'une des plus

belles du dix-neuvième siècle. Ce qui est certain, c'est qu'elle semble

avoir donné naissance au phonographe qui, dans ces derniers temps, a

fait tant de bruit et a tant étonné les savants.

Pour qu'on puisse comprendre le principe de ce téléphone, nous devrons

entrer dans quelques détails sur l'électro-motographe de M. Edison,

découvert en 1872. Cet appareil est fondé sur ce principe: que si une

feuille de papier, préparée avec une solution d'hydrate de potasse,

est appliquée sur une plaque métallique réunie au pôle positif d'une

pile, et qu'une pointe de plomb ou de platine reliée au pôle négatif

soit promenée sur le papier, le frottement que cette pointe rencontre

cesse dès que le courant passe, et elle peut dès lors glisser comme

sur une glace jusqu'à ce que le courant soit interrompu. Or, comme

cette réaction peut être effectuée instantanément sous l'influence de

courants excessivement faibles, les effets mécaniques produits par ces

alternatives d'arrêt et de glissement, peuvent, pour une disposition

convenable de l'appareil, déterminer des vibrations en rapport avec

les interruptions de courant produites par le transmetteur.

Dans ce système, le récepteur téléphonique se compose d'un résonnateur

et d'un tambour monté sur un axe que fait tourner une manivelle. Une

bande de papier en provision sur un rouleau, passe sur le tambour dont

la surface est rugueuse, et sur cette bande appuie fortement une

pointe émoussée de platine qui est adaptée à l'extrémité d'un ressort

fixé au centre du résonnateur. Le courant de la pile dirigé d'abord

sur le ressort, passe par la pointe de platine à travers le papier

chimique, et retourne par le tambour à la pile. Quand on tourne la

manivelle, le papier avance, et le frottement normal qui se produit

entre le papier et la pointe de platine, pousse en avant cette

dernière, en provoquant par l'intermédiaire du ressort une traction

sur un des côtés du résonnateur; mais au moment de chaque passage du

courant à travers le papier, tout frottement cessant, le ressort n'est

plus entraîné, et le résonnateur revient à sa position normale. Or,

comme à chaque vibration effectuée au transmetteur ce double effet se

manifeste, il en résulte une série de vibrations du résonnateur qui

sont la répétition de celles du transmetteur et, par conséquent, la

reproduction plus ou moins réduite des sons musicaux qui ont affecté

le transmetteur. Suivant les journaux américains, cet appareil aurait

fourni des résultats surprenants; les courants les plus faibles, qui

n'exerceraient aucune action sur un électro-aimant, produisent de

cette manière des effets complets. L'appareil peut même reproduire,

avec une grande intensité, les notes les plus élevées de la voix

humaine, notes que l'on peut à peine distinguer lorsque l'on emploie

des électro-aimants.

Le transmetteur est à peu près le même que celui que nous avons

décrit précédemment; seulement, au lieu du disque de charbon, c'est

une pointe de platine qui est employée, et elle ne doit pas être en

contact continuel avec la lame vibrante. Voici du reste comment il est

décrit dans le _Telegraphic Journal_: «Il consiste simplement dans un

long tube de deux pouces de diamètre, ayant un de ses bouts recouvert

d'un diaphragme constitué par une mince feuille de cuivre et maintenu

serré au moyen d'une bague élastique. Au centre du diaphragme de

cuivre se trouve rivé un petit disque de platine, et devant ce disque,

est ajustée une pointe du même métal adaptée à un support fixe. Quand

on chante devant le diaphragme, celui-ci en vibrant rencontre la

pointe de platine et lui fait produire le nombre de fermetures de

courant en rapport avec les vibrations des notes chantées.»

D'après de nouvelles expériences faites en Amérique pour juger du

mérite des différents systèmes de téléphones, ce serait celui de M.

Edison qui aurait fourni les meilleurs résultats. Voici ce que nous

lisons, en effet, dans le _Telegraphic Journal_ du 1er mai 1878 (p.

187): «Le 2 avril dernier, on expérimenta le téléphone à charbon de M.

Edison entre New-York et Philadelphie, sur une des lignes si

nombreuses de la compagnie de l'_Ouest Union_. La ligne avait une

longueur de cent six milles, et dans presque tout son parcours elle

longeait les autres fils. Or les effets d'induction déterminés par les

transmissions télégraphiques à travers les fils voisins, et qui

étaient suffisants pour empêcher l'audition de la parole dans tous les

téléphones essayés, furent sans influence quand on employa le

téléphone d'Edison avec deux éléments de pile et une petite bobine

d'induction, et MM. Batchelor, Phelps et Edison purent échanger

facilement une conversation. Le téléphone magnétique de M. Phelps

regardé comme le plus puissant de son espèce, donna même de moins bons

résultats.»

Dans des expériences faites entre le palais de l'Exposition de Paris

et Versailles, la commission du jury a pu constater les mêmes

résultats avantageux.

=Téléphones du colonel Navez.=--Le colonel d'artillerie belge Navez,

l'auteur du chronographe balistique bien connu, a cherché à

perfectionner le téléphone d'Edison en employant plusieurs disques de

charbon au lieu d'un seul. Suivant lui, les variations de résistance

électrique produites par les disques de charbon, sous l'influence de

pressions inégales, dépendent surtout de leur surface de contact, et

il croit en conséquence que plus ces surfaces sont multipliées, plus

les différences en question sont considérables, comme cela a lieu

quand on polarise la lumière avec une pile de glaces. Les meilleurs

résultats ont été obtenus par lui avec une pile de douze rondelles de

charbon. «Ces rondelles, dit-il, agissent bien par leurs surfaces de

contact, car il suffit de les séparer par des rondelles d'étain

interposées, pour détruire toute articulation de la parole

reproduite[13].»

[Note 13: J'ai pu, dès l'année 1865, m'assurer de la

vérité de cette observation, en provoquant le serrage des

spires d'un électro-aimant à fil nu. Plus le nombre des

spires était considérable dans le sens de la pression, plus

les différences de résistance de l'hélice magnétisante

étaient accentuées.]

Pour éteindre les vibrations musicales nuisibles qui accompagnent les

transmissions téléphoniques, M. Navez emploie, comme lame vibrante du

transmetteur, une lame de cuivre recouverte d'argent, et pour lame

vibrante du récepteur, une lame de fer doublée d'une plaque de laiton,

le tout soudé ensemble. Il emploie d'ailleurs des tubes de caoutchouc

munis d'embouchures et de conduits auriculaires, pour la transmission

et la réception des sons, et les appareils sont disposés à plat, sur

une table. À cet effet, le barreau aimanté du téléphone récepteur est

alors remplacé par deux aimants horizontaux agissant par un pôle de

même nom sur un petit noyau de fer qui porte la bobine et qui se

trouve placé verticalement entre les deux aimants. Il emploie

naturellement une petite bobine de Ruhmkorff, pour transformer

l'électricité de la pile en électricité d'induction.

Les figures 29 et 30 représentent les deux parties de ce système

téléphonique. La pile de charbon est en C, fig. 29; la lame vibrante

en LL, et l'embouchure E, adaptée à un tube en caoutchouc TE,

correspond par le dessous à la lame vibrante. La pile de charbons est

réunie métalliquement au circuit par une tige de platine EC, et la

lame vibrante communique également au circuit par l'intermédiaire d'un

bouton d'attache. Dans le téléphone récepteur, fig. 30, la partie

supérieure est disposée à peu près comme dans les téléphones

ordinaires; seulement, au lieu d'une embouchure, on a adapté à

l'appareil un conduit auriculaire TO. Les deux aimants qui

communiquent une polarité uniforme au noyau de fer N portant la bobine

d'induction B, sont en A, A' et ont la forme de fers à cheval; on en

voit un en coupe en D du côté droit, et l'autre ne montre en C que la

courbe du fer à cheval. Les deux boutons d'attache de ce récepteur

correspondent aux deux extrémités du fil induit de la bobine

d'induction supplémentaire, et les deux boutons d'attache du

transmetteur correspondent aux deux bouts du fil primaire de cette

bobine et à la pile qui est interposée dans le circuit près de cet

appareil.

=Téléphones de MM. Pollard et Garnier.=--Le téléphone à pile construit

par MM. Pollard et Garnier est différent de ceux qui précèdent, en ce

qu'il met simplement à contribution deux pointes de mine de plomb

portées par des porte-crayons métalliques, et que ces pointes sont

appliquées directement contre la lame vibrante avec une pression qui

doit être réglée. La fig. 31 représente la disposition qu'ils ont

adoptée, et qui du reste peut être variée d'une infinité de manières.

LL est la lame vibrante en fer-blanc au-dessus de laquelle se trouve

l'embouchure E, et P, P' sont les deux pointes de graphite munies de

leur porte-crayons. Ces porte-crayons portent à leur partie inférieure

un pas de vis qui, étant engagé dans un trou fileté pratiqué dans une

plaque métallique CC, permet de serrer plus ou moins les crayons

contre la lame LL. Cette plaque métallique CC est composée de deux

parties juxtaposées qui, étant isolées l'une de l'autre, peuvent être

mises en rapport avec un commutateur cylindrique au moyen duquel on

peut disposer le circuit de diverses manières. Ce commutateur étant

pourvu de cinq lames, permet de passer presque instantanément d'une

combinaison à l'autre, et ces combinaisons sont les suivantes:

1º Le courant entre par le crayon P, passe dans la plaque et de là

dans la ligne;

2º Le courant arrive par le crayon P', passe dans la plaque et de là

dans la ligne;

3º Le courant arrive à la fois par les crayons P et P', se rend dans

la plaque et de là à la ligne;

4º Le courant arrive par le crayon P, va de là à la plaque, puis dans

le crayon P', et de là à la ligne.

On a donc de cette manière deux éléments de combinaison que l'on peut

utiliser séparément ou en les associant en tension ou en quantité.

Lorsque les crayons sont bien réglés et donnent une transmission bien

régulière et de même intensité, on peut étudier facilement les effets

produits quand on passe de l'une des combinaisons à l'autre, et l'on

constate: 1º que pour un circuit court, il n'y a pas de changement

appréciable, quelle que soit la combinaison employée; 2º que quand le

circuit est long ou présente une grande résistance, c'est la

combinaison en tension qui a l'avantage, et cela d'autant plus que la

ligne est plus longue.

Ce système téléphonique, comme du reste les deux précédents, met à

contribution une machine d'induction pour transformer les courants

voltaïques en courants induits; nous parlerons plus tard de cet

accessoire important de ces sortes d'appareils.

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 4 / 19 段