VII.

Trois amis du grand monde.

Environ une heure avant les événements racontés dans le chapitre

précédent, trois cavaliers venant de Maillecour, se dirigeaient vers la

grande route d’Orléans, en suivant un de ces chemins de traverse, larges

et ombragés, qui forment autour de Paris comme un réseau d’avenues dont

on aurait supprimé les châteaux.

Il suffisait d’un coup d’œil pour reconnaître que tous trois

appartenaient à cette aristocratie que l’on est convenu d’appeler le

monde élégant, mélange d’oisifs et d’enrichis qui _donnent le ton_ à la

nation, à peu près comme ces chefs d’orchestre de province dont le _la_

est toujours faux.

Les trois cavaliers dont nous parlons occupaient, du reste, des places

différentes dans cette société fashionable. Arthur de Luxeuil

représentait la classe extravagante dont l’existence entière se perd en

folies de convention et en futilités bruyantes; Marcel de Gausson, la

portion d’élite qui ne livre à la mode que les surfaces de la vie;

Aristide Marquier, enfin, cette fraction des _lions_ imitateurs, qui, à

tous les vices décalqués sur les autres, ajoutent le ridicule de leur

propre fonds.

Le costume de chasseurs qu’ils portaient tous trois révélait, pour ainsi

dire, ces natures différentes. Celui d’Arthur de Luxeuil, _composé_

d’après les dernières prescriptions de la mode, comprenait tous ces

perfectionnements compliqués et bizarres empruntés au _sport_ anglais;

chaque pièce de son équipement avait une forme inusitée qui annonçait,

au premier aspect, le brevet d’invention.

Celui de Marcel de Gausson, au contraire, était si simple, que l’œil

s’y arrêtait sans être frappé d’aucun détail. Il saisissait seulement

l’élégance de l’ensemble qui présentait une sorte de compromis tellement

adroit, que l’on pouvait y voir également, selon ce qu’on était

soi-même, le sans-façon du penseur, ou le distingué de la _fashion_.

Marcel paraissait toujours mis comme celui qui le regardait.

Quant à Marquier, c’était un petit homme empâté et myope, que l’on

reconnaissait sur-le-champ pour la contrefaçon d’Arthur de Luxeuil. Son

costume était surchargé d’une prodigieuse quantité de ganses, de

houppes, de plaques, de ciselures, chatoyant ou tintant à chaque geste,

qui lui donnaient un air vulgaire et triomphant impossible à décrire.

Mais on devinait l’avarice sous cette prodigalité de mouvais goût. A

travers ses embellissements inutiles, l’équipement révélait la

fabrication fardée des bazars. Il suffisait de regarder avec quelque

attention pour reconnaître que l’argent n’était que du cuivre plaqué,

l’ivoire que de l’os tourné, la peau de daim que du chien passé à la

teinture, l’écaille que de la corne fondue, et la soie que du coton.

Marquier ressemblait à la devanture d’une boutique à pris fixe; il

n’était revêtu que de mensonges!

Sa monture répondait au reste. C’était un de ces coursiers de manége,

habitués à danser sur leurs jarrets pour se donner l’air fougueux, et

qui rappellent les chevaux de race comme nos acteurs de tragédie

rappellent Achille et Mithridate.

Lucifer était pourtant une des gloires de Marquier; il le prétendait de

pur sang arabe, et en parlait toujours comme s’il se fût agi du cheval

merveilleux que le fils de Philippe put seul maîtriser. A l’en croire,

nul autre que lui n’était capable d’apprécier le superbe animal, ni de

s’en faire comprendre.

Or, cette thèse favorite que les adeptes de la _fashion_ se plaisaient à

lui faire soutenir, par moquerie, était devenue, depuis quelques

instants, le sujet d’un nouveau débat entre de Luxeuil et lui.

--Je vous maintiens, mon cher, disait le premier, que Lucifer est une

rosse.

--Une rosse! répéta Marquier scandalisé; un cheval de mille écus!

Arthur le regarda.

--Allons, ne me dites pas de ces choses-là, à moi, mon bon, reprit-il;

Lucifer vous aura coûté... ce qu’il vaut.

--Et que vaut-il donc, à votre avis?

--Mais quelque chose comme cinq cents francs.

--Plaît-il?

--C’est trop peut-être; mettons cent écus.

--Il est fou, dit Marquier, en se tournant vers Marcel de Gausson, avec

une gaieté forcée. Ah! ah! ah! cent écus!... Ainsi, vous croyez, mon

cher, que j’exagère le prix d’achat?

--Oui.

--Et dans quel intérêt?

--D’abord, pour vous donner l’air de monter un cheval de trois mille

francs, ce qui est toujours honorable; ensuite pour avoir chance de le

revendre avec bénéfice, ce qui ne déshonore jamais.

--Allons, je vois qu’il n’y a moyen de vous rien cacher, dit Marquier,

en continuant à rire de mauvaise grâce; vous nous connaissez, mon cheval

et moi, mieux que nous-mêmes.

--Cela vous étonne?

--Du tout, mon bon, du tout... je passe condamnation: Lucifer est une

rosse qui n’a pas plus de sang arabe que moi.

--Ah! quant à vous, banquier, vous en avez dans toutes les veines; je

vous reconnais pour un pur sang.

--Fort bien, fort bien, Arthur, interrompit le petit homme, qui se fût

fâché s’il eût osé; mais toutes vos plaisanteries n’empêcheront pas

Lucifer d’avoir de la race; demandez plutôt l’avis de M. de Gausson.

--Je me connais fort peu en chevaux, répondit celui-ci, qui désirait

évidemment ne point se mêler au débat.

--Mais enfin que pensez-vous?

--Je pense qu’il eût été prudent d’avoir des preuves de la filiation de

Lucifer; des titres répondent à tout.

--Bah! des titres! s’écria Marquier, à quoi bon? les titres ne sont

rien; c’est le mérite qu’il faut consulter; sans le mérite...

--Ah! grâce, banquier, interrompit de Luxeuil; vous allez nous réciter

un discours du centre gauche. J’aime encore mieux vous accepter pour

arabes, vous et votre cheval, d’autant plus que voici la nuit, et que

nous ferons bien de presser le pas.

--En effet, dit Marcel, M. Arthur doit avoir hâte de revoir la comtesse,

qui est sans doute maintenant à Bagatelle.

--Tiens, je l’avais oublié, s’écria le banquier; c’est aujourd’hui que

madame de Luxeuil arrive de Tours... avec votre cousine, mon bon!

Arthur fit une réponse affirmative, en effleurant son cheval de

l’éperon.

--Eh bien! cette idée-là vous fait aller au trot? continua Marquier en

riant; prenez garde, prenez garde! il n’y a rien de dangereux comme ces

pensionnaires qui sortent du couvent.

--Pourquoi dangereuses?

--Pourquoi? Ah! ah! ah! la question est excellente!... mais parce qu’on

en tombe amoureux, mon cher!

Arthur regarda Marcel.

--Ce garçon devient stupide! dit-il d’un accent de véritable compassion.

--Je maintiens mon dire, s’écria Marquier avec feu; je soutiens que les

cousines sont des séductrices à domicile. A force de les voir, de les

trouver près de soi à toute heure et en toute occasion, on finit par

avoir des idées... Ça m’est arrivé à moi!

--D’avoir des idées? répéta Arthur, vous vous vantez, Marquier.

--Parole d’honneur! j’ai failli devenir amoureux d’une parente, dans mon

dernier voyage en Bourgogne; aussi, je vous le répète, mon cher,

défiez-vous!

--Je me défierai, Marquier.

--Non, vous plaisantez; mais j’ai de l’observation, moi, voyez-vous!

Quand on fait pour plusieurs millions d’affaires, on doit connaître le

cœur humain. Aussi, l’arrivée de votre cousine est un événement qui

m’inquièterait si j’étais à la place de Clotilde.

Arthur se contenta de lever les épaules; mais Marcel ne put se défendre

d’un mouvement d’impatience; il se tourna vers le banquier.

--Je ne comprends pas ce qu’il peut y avoir de commun entre mademoiselle

Clotilde et la nièce de madame de Luxeuil, fit-il observer froidement.

--Ce qu’il y a de commun? répéta Marquier, d’un air mauvais sujet, eh

pardieu! c’est Arthur. L’une est sa cousine, l’autre sa maîtresse...

--Et il ne vous semble pas, Monsieur, qu’il y ait de différence entre

ces deux titres? interrompit Marcel plus sèchement.

--Certainement, balbutia le banquier un peu déconcerté, il y a une

différence...

--Capitale, mon cher, dit Arthur, qui avait jusqu’alors écouté

tranquillement, car une maîtresse vous amuse en passant, tandis qu’une

cousine vous ennuie à perpétuité... Mais voyez donc, ajouta-t-il, en

retenant tout à coup son cheval, n’apercevez-vous point une lueur

là-bas, au bout du chemin?

--C’est un incendie! s’écria Marquier, dont le regard venait également

de s’arrêter sur le point désigné.

--Oui, reprit Marcel, qui se tenait penché sur l’arçon pour mieux voir;

vite, Messieurs, nous pourrons peut-être porter quelque secours.

Les trois cavaliers mirent leurs chevaux au galop et arrivèrent, en

quelques instants, devant _la Forge-des-Buttes_.

--Ah! c’est la masure du maréchal, dit Arthur qui s’y était précédemment

arrêté.

--Une baraque qui ne vaut pas trente louis, ajouta Marquier avec dédain;

c’était bien la peine d’échauffer nos chevaux.

--Il est étrange que tout soit fermé, fit observer de Gausson en

s’approchant. La forge serait-elle abandonnée?

--Non, car hier encore je l’ai vue ouverte. Ce feu n’a pu, d’ailleurs,

s’allumer seul; regardez donc à cette fenêtre grillée.

Marcel voulut avancer la tête vers l’ouverture qu’on lui désignait: mais

un tourbillon de fumée et d’étincelles le força à reculer.

Presque au même instant une plainte sourde arriva jusqu’à lui.

--Avez-vous entendu? s’écria-t-il.

--Cela ressemble à un gémissement, fit observer Arthur.

--Écoutez!

Ils penchèrent l’oreille, et une nouvelle plainte retentit.

--Il y a quelqu’un dans la forge, dit de Gausson, en descendant

précipitamment de cheval et courant à la porte qu’il essaya d’ouvrir.

Mais la porte était solidement fermée. Il appela ses compagnons à son

aide; le banquier s’excusa en affirmant que Lucifer était trop ombrageux

pour qu’il pût ainsi le quitter.

--Sans compter qu’il faudrait vous remettre en selle, objecta Arthur, ce

qui est toujours pour vous une opération périlleuse et incertaine.

--Par exemple, s’écria Marquier, moi qui ai deux ans de manége!

savez-vous que Ducrou m’a donné des leçons?

--Il eût mieux fait de vous donner des jambes, mon bon; ce sont les

jambes qui vous manquent; on ne peut pas monter à cheval avec des

nageoires; mais tenez donc Atala, je vois là-bas de Gausson qui

s’éreinte.

Il jeta la bride de sa jument à Marquier et rejoignit Marcel qu’il

trouva occupé à forcer l’entrée de la forge.

--Dieu me damne, mon cher, vous me faites là l’effet d’un Samson

enlevant les portes de Gaza, s’écria-t-il en riant.

--J’entends toujours gémir, interrompit de Gausson, au nom de Dieu

aidez-moi.

--Bien volontiers, mais il faudrait quelque chose pour soulever la

porte.

--Un fusil.

Arthur courut à Marquier et détacha l’arme suspendue à la selle de son

cheval.

--Que voulez-vous? qu’y a-t-il? demanda le banquier effrayé.

De Luxeuil ne prit point le temps de lui répondre; courant à la forge,

il passa le canon du fusil entre le seuil et la porte, et s’en servit

comme d’un levier.

Marquier poussa une exclamation de désespoir.

--Que faites-vous, Arthur? s’écria-t-il, s’efforçant en vain de faire

avancer ses deux chevaux; vous allez briser mon fusil! une arme de mille

francs!... Arthur, je ne veux pas... Arthur, vous me répondrez de ce qui

arrivera...

Arthur n’écoutait point et continuait son opération. Enfin, la porte,

enlevée de ses gonds, s’abattit à l’intérieur. Marcel pénétra dans la

forge, arriva jusqu’à l’amas de décombres, sous lequel Marc gisait à

demi enseveli, le dégagea avec peine et le porta sur la route.

Le grand air ne tarda pas à dissiper l’espèce de suffocation que la

chaleur avait causée au paysan; il rouvrit les yeux et regarda autour de

lui, comme s’il eût voulu se reconnaître.

--Allons, il en sera quitte pour quelques brûlures, dit de Luxeuil; le

voilà qui reprend connaissance.

--N’êtes-vous point blessé? demanda de Gausson, qui se tenait un genou

en terre et penché sur Marc avec sollicitude.

--Blessé? répéta celui-ci, en essayant machinalement à mouvoir ses

membres; je ne sais... je souffre un peu... mais il me semble... non, je

ne suis pas blessé!

Il avait fait un effort et s’était redressé à moitié.

--Pardieu! nous sommes arrivés à temps, reprit Arthur; mais comment

diable vous trouviez-vous dans cette baraque, l’ami?

--On m’y avait enfermé, Monsieur, avant d’y mettre le feu.

--Ah bah! mais alors c’était un guet-apens?

--Qui eût réussi sans votre arrivée; car j’étais déjà évanoui... et,

maintenant encore, tout semble tournoyer devant moi...

Il parlait d’une voix entrecoupée et sa tête vacillait. Marcel demanda à

Luxeuil s’il n’avait point sa gourde de chasse.

--Elle est vide, répondit Arthur, mais celle du banquier doit être

pleine, car il ne la porte qu’en guise d’ornement... Eh! ici, Marquier,

arrivez vite, mon bon, on a besoin de vous.

Mais le banquier, qui venait de descendre de cheval, était occupé à

regarder son fusil, dont le canon ployé, en soulevant la porte, formait

une espèce d’arc irrégulier.

--J’en étais sûr, répétait-il d’un air de consternation tragique; une

arme de luxe qui ne m’avait point encore servi; voyez, mon cher, voyez

ce que vous avez fait.

--Eh bien! quoi? demanda de Luxeuil en s’approchant, votre mousquet est

un peu tordu? c’est preuve qu’il ne valait rien. Vous n’en tuerez pas

moins de gibier, allez. Avez-vous quelque chose dans votre gourde?

--C’est une arme perdue! continua Marquier dont les yeux ne pouvaient

se détacher du malencontreux fusil; qu’en faire maintenant?

--Vous pourrez l’arranger en arquebuse, répliqua philosophiquement de

Luxeuil.

Le banquier fit un geste d’impatience.

--Je ne plaisante pas, moi, s’écria-t-il aigrement, chacun tient à ce

qui lui appartient, un fusil est un capital et sa jouissance peut être

considérée comme l’intérêt; mais quand on perd à la fois les intérêts et

le capital...

--Au diable! interrompit Arthur, ne va-t-il pas nous parler finance

maintenant! prenez mon fusil, mon cher, et qu’il n’en soit plus

question.

La figure de Marquier s’épanouit subitement.

--Quoi! en vérité, s’écria-t-il, vous consentez à un échange?...

--Je consens à tout ce qu’il vous plaira, pourvu que j’aie votre gourde

pour ce pauvre diable dont on a voulu faire un _auto-da-fé_.

--Voilà, mon cher, voilà! dit Marquier en ramenant le petit flacon

enveloppé de cuir tressé qu’il portait en bandoulière, je vais lui

donner moi-même...

Il s’avança vers Marc, dont la défaillance continuait, et se pencha pour

approcher la gourde de ses lèvres; mais tout à coup, il changea de

couleur et resta immobile, la main étendue.

--Eh bien! qu’avez-vous donc? demanda Arthur étonné.

--Rien, balbutia Marquier, dont les gros yeux grands ouverts

continuaient à contempler Marc avec effarement, c’est que j’ai cru...

c’est qu’il me semble...

--Quoi donc? Vous connaissez cet homme?

--Du tout, du tout!... Mais pardon, voici la gourde, mon cher... J’ai

peur que Lucifer ne s’échappe.

Et tournant brusquement les talons, il alla reprendre les brides des

chevaux, qui s’étaient éloignés de quelques pas, en flairant l’herbe

rare qui garnissait les fossés.

Marcel fit avaler à Marc une gorgée de Madère qui parut le ranimer; il

déclara au jeune homme qu’il se trouvait mieux, et le remercia avec

effusion. De Gausson l’interrompit pour savoir où il se rendait.

--A Corbeil, répondit le paysan.

--C’est une longue route, reprit Marcel; vous ne pourrez la faire seul

et à pied, surtout à cette heure.

--J’en ai peur, dit Marc, qui étendit ses membres brûlés et endoloris.

--Il faudrait qu’il tâchât de gagner le prochain village, fit observer

Arthur.

--Je vous proposerai plutôt de le conduire à Bagatelle, où il pourra

être secouru et passer la nuit, dit Marcel.

--Bien volontiers, s’il est en état de nous suivre.

--Je le prendrai en croupe.

--Vous?

--Pourquoi pas!

--A cheval avec ce paysan! Ah! ah! ah! ce sera un groupe digne de

Charlet.

--Je ne comprends pas ce qu’il aura de ridicule...

--Comment! mais songez donc, mon cher, que vous aurez l’air de la

civilisation galopant avec la barbarie! Puis, vous savez parfaitement

qu’on ne prend personne en croupe; ça ne se fait pas. Si nos amis du

boulevard de Gand l’apprenaient, vous seriez déshonoré!

--Il faut me laisser, Monsieur, dit Marc à de Gausson; j’espère pouvoir

arriver seul aux maisons les plus voisines...

--Vous croyez-vous capable de monter à cheval? demanda le jeune homme,

sans prendre garde aux rires d’Arthur.

--Je le crois, monsieur, répondit Marc, mais je puis aussi marcher...

--Voyons, appuyez-vous sur moi... nos chevaux sont là, à quelques pas.

--Non, Monsieur, non, je ne veux pas accepter...

--Venez, vous dis-je, nous trouverons justement à Bagatelle le médecin

de madame de Luxeuil.

Marc leva brusquement la tête.

--Quoi! s’écria-t-il, c’est chez madame de Luxeuil?...

--La connaissez-vous, l’ami? demanda Arthur.

--Pour avoir entendu son nom seulement, répondit le paysan dont la

résistance parut céder tout à coup. Mais puisque monsieur veut bien me

prendre... je ne ferai pas l’impolitesse de refuser, et je suis à ses

ordres.

De Gausson monta à cheval, aida le paysan à se mettre en croupe, au

grand amusement d’Arthur, et tous trois continuèrent leur route vers

Bagatelle.

Les réprouvés et les élus (t.1) · 第 24 / 87 题