M. Vorel voulut l’interrompre.

--Oh! ne cherchez pas à nier, continua-t-elle plus vivement, des

explications médicales ne pourraient rien changer à ce qui est; je sens

que la vie nous échappe, et cependant il ne faut pas que ma fille meure,

docteur! Moi-même, je veux vivre pour elle, et puisque notre séjour ici

a si mal réussi, je désire tenter un nouvel essai.

Le médecin la regarda.

--Vous songez à partir? demanda-t-il brusquement.

--Oui, mon frère, répondit la baronne.

--Auriez-vous, par hasard, la pensée d’accepter l’invitation de la mère

Louis et de vous rendre aux Motteux?

--Non, je craindrais de n’y trouver ni soins, ni repos; mais je veux

tenter un voyage en Italie; c’est une dernière ressource pour les

désespérés!

--Et vous vous exposerez avec votre fille aux fatigues de cette longue

route? vous oserez transporter votre maladie dans un pays étranger, où,

si elle s’aggrave, vous ne trouverez ni soins ni famille?

--Pardonnez-moi, docteur; je ne serai point seule, ma sœur

m’accompagnera.

--Madame la comtesse de Luxeuil?

--J’ai su qu’elle allait visiter Naples; je lui ai écrit pour qu’elle me

permît de la suivre avec Honorine, et elle a consenti. Tout cela a été

décidé depuis votre dernière visite, et je vous en aurais instruit par

une lettre si je ne vous avais attendu chaque jour; j’ignorais qu’une

affaire vous eût appelé à Orléans.

Les réprouvés et les élus (t.1) · 第 9 / 87 题