CHAPITRE XVII.

Résultat des considérations ci-dessus, relativement au despotisme.

Si, même dans les gouvernements réguliers qui ne réunissent pas, comme

le despotisme, tous les intérêts des hommes contre eux, les mesures

illégales, loin d'être favorables à leur durée, la compromettent et la

menacent, il est clair que le despotisme, qui se compose tout entier de

mesures pareilles, ne peut renfermer en lui-même aucun germe de

stabilité. Il vit au jour le jour, tombant à coups de hache sur

l'innocent et sur le coupable, tremblant devant ses complices qu'il

enrégimente, qu'il flatte et qu'il enrichit, et se maintenant par

l'arbitraire, jusqu'à ce que l'arbitraire, saisi par un autre, le

renverse lui-même de la main de ses suppôts[39].

Étouffer dans le sang l'opinion mécontente, est la maxime favorite de

certains profonds politiques. Mais on n'étouffe pas l'opinion: le sang

coule, mais elle surnage, revient à la charge, et triomphe. Plus elle

est comprimée, plus elle est terrible: elle pénètre dans les esprits

avec l'air qu'on respire; elle devient le sentiment habituel, l'idée

fixe de chacun; l'on ne se rassemble pas pour conspirer, mais tous ceux

qui se rencontrent conspirent.

Quelque avili que l'extérieur d'une nation nous paraisse, les affections

généreuses se réfugieront toujours dans quelques âmes solitaires, et

c'est là qu'indignées, elles fermenteront en silence. Les voûtes des

assemblées peuvent retentir de déclamations furieuses; l'écho des

palais, d'expressions de mépris pour la race humaine; les flatteurs du

peuple peuvent l'irriter contre la pitié; les flatteurs des tyrans leur

dénoncer le courage: mais aucun siècle ne sera jamais tellement

déshérité par le ciel, qu'il présente le genre humain tout entier tel

qu'il le faudrait pour le despotisme. La haine de l'oppression, soit au

nom d'un seul, soit au nom de tous, s'est transmise d'âge en âge.

L'avenir ne trahira pas cette belle cause: il restera toujours de ces

hommes pour qui la justice est une passion, la défense du faible un

besoin. La nature a voulu cette succession: nul n'a jamais pu

l'interrompre, nul ne l'interrompra jamais. Ces hommes céderont toujours

à cette impulsion magnanime: beaucoup souffriront, beaucoup périront

peut-être; mais la terre, à laquelle ira se mêler leur cendre, sera

soulevée par cette cendre, et s'entr'ouvrira tôt ou tard.

Adolphe : Anecdote trouvée dans les papiers d'un inconnu Suivi de quelques réflexions sur le théâtre allemand et sur la tragédie de Wallstein, et de l'esprit de conquête et de l'usurpation · 第 69 / 76 题