CHAPITRE V.

L'Usurpation ne peut-elle se maintenir par la force?

Mais l'usurpation ne saurait-elle se perpétuer par la force? N'a-t-elle

pas à son service, comme tout gouvernement, des geôliers, des chaînes et

des soldats? Que faut-il de plus pour garantir sa durée?

Ce raisonnement, depuis que l'usurpation, assise sur un trône, tient de

l'or d'une main et une hache de l'autre, a été reproduit sous des formes

merveilleusement variées. L'expérience elle-même semble déposer en sa

faveur; j'ose pourtant révoquer cette expérience en doute.

Ces soldats, ces geôliers et ces chaînes, qui sont des moyens extrêmes

dans les gouvernements réguliers, doivent être les ressources

habituelles de l'usurpation, vu les obstacles qu'elle rencontre de

toutes parts. Le despotisme, dont ces gouvernements ne font sentir à

leurs sujets la pratique que par intervalles et dans les temps de crise,

est, pour l'usurpation, un état constant et une pratique journalière.

Or la théorie du despotisme se laisse défendre spéculativement par des

écrivains ou des orateurs, parce que la parole prête à toutes les

erreurs sa docile assistance; mais la pratique prolongée du despotisme

est impossible aujourd'hui. Le despotisme est un troisième anachronisme,

comme la conquête et l'usurpation.

Donnons quelques développements à cette assertion; disons d'abord

pourquoi l'on a pu croire que notre génération était disposée à se

résigner au despotisme. C'est parce qu'on lui a offert avec ignorance,

obstination et rudesse, des formes de liberté dont elle n'était plus

susceptible, et qu'ensuite, sous le nom de liberté, on lui a présenté

une tyrannie plus effroyable qu'aucune de celles dont l'histoire nous a

transmis la mémoire. Il n'est pas étonnant que cette génération ait

conçu de la liberté une terreur aveugle qui l'a précipitée dans la plus

abjecte servitude.

Heureusement le despotisme, et grâces lui en soient rendues, a fait de

son mieux pour nous guérir de cette honteuse erreur. Il a prouvé que,

sous ses couleurs véritables, sans déguisements et sans palliatifs, il

causait autant de maux, pour le moins, que ce qu'on avait si absurdement

désigné comme liberté. Le moment est donc arrivé où quelques idées

raisonnables sur cette matière peuvent trouver accès.

Adolphe : Anecdote trouvée dans les papiers d'un inconnu Suivi de quelques réflexions sur le théâtre allemand et sur la tragédie de Wallstein, et de l'esprit de conquête et de l'usurpation · 第 57 / 76 题