Nous redescendons vers la cour Louis XIV, et, avant d'aller plus loin,
nous donnons un coup d'oeil à la salle Saint-Jean. Là sont établis
maintenant les bureaux des architectes, qui travaillent à prendre
les dimensions exactes des choses détruites, à refaire les plans,
à reconstruire le palais municipal. On pourra facilement, mais
coûteusement, restituer le monument tel qu'il fut jadis. Cette salle
Saint-Jean! Que de spectacles elle a vus, que d'émotions! C'était là que
tiraient au sort les conscrits parisiens. C'était là qu'on proclamait le
résultat des votes aux élections! Que de souvenirs chacun de nous avait
laissés là! Le Comité central, avant de siéger dans la salle de la
République (salle du Trône), tint là ses premières séances, devant les
draperies rouges sur le fond desquelles se détachait le buste blanc
de la République. Maintenant on a entassé dans un coin des débris de
candélabres, des fragments de statues, et aussi des statuettes provenant
du fameux surtout de table de la Ville de Paris. Le hasard d'un tel
désastre préserve ainsi mille objets différents et en rassemble les
débris. Croirait-on que la note d'un restaurateur, fournisseur des
membres de la Commune, a échappé à l'incendie? Sur cette note figure une
fourniture de _deux cents francs de raie_.
L'Hôtel-de-Ville avait trois cours intérieures: à gauche, en nous
plaçant en face le monument, la cour des bureaux; au centre, la cour
Louis XIV; à droite, la cour du préfet. Le pavillon de droite, celui
dont le prolongement s'étend parallèlement au quai, était en effet
affecté aux appartements particuliers du préfet; le pavillon de gauche
aux bureaux de la municipalité. Le centre du monument était tout entier
occupé par la _salle du Trône_, devenue _salle du Peuple_ après le 4
septembre, et par la _salle des Huissiers_. Chaque corps du bâtiment
avait, en quelque sorte, sa vie propre et tout à fait particulière.
A gauche, le va-et-vient des réclamations, des visiteurs, des
solliciteurs, la foule affairée qui donnait au monument sa vraie
physionomie de la maison commune. A droite, les piaffements des
équipages préfectoraux, les petits appartements intimes, les salles à
manger et les chambres à coucher. L'ameublement de toutes ces
pièces avait cette splendeur fausse et criarde du luxe contemporain,
simili-marbre et carton-pâte. On arrivait à ces appartements par de
petits couloirs étroits et de petits escaliers tendus de tapis tigrés
qui faisaient ressembler ce vaste logis à l'intérieur d'un navire. On se
serait littéralement cru à fond de cale, et les portes des appartements
s'ouvraient comme des portes de cabine. Durant la Commune, madame Assi
occupait, à l'Hôtel-de-Ville, les appartements tendus de soie bleue de
madame Dollfus.
Du temps du gouvernement de septembre, les séances quotidiennes se
prolongeant fort avant dans la nuit, un _en tout cas_ de viandes froides
était préparé dans la première salle du bas, cette même salle où, en
juin 1848, le général Négrier, apporté mourant, avait rendu le dernier
soupir sur un canapé.
Au-dessus de ces appartements se trouvait le grand salon jaune, où
siégeait, pendant le siége, le Gouvernement de la défense nationale.
C'est là que, pendant la journée du 31 octobre, furent entourés, par
les bataillons de Flourens et de Blanqui, M. Jules Favre, M. Trochu, M.
Picard, etc. La commission pour l'enseignement primaire se réunissait
une fois par semaine dans cette même salle. En se dirigeant vers l'aile
gauche du bâtiment, du côté de la rue de Rivoli, on passait par une
sorte de salle d'attente s'ouvrant sur l'escalier, qui menait au
rez-de-chaussée, vers les salles à manger et les appartements privés.
Puis, de là, avant de gagner le cabinet du préfet, on rencontrait, à
main gauche, une petite pièce secrète, confortablement meublée
d'un divan, tendue de perse blanche à bouquets jetés, et mollement
capitonnée. C'était bizarre et capricieux, cela faisait songer à
ce roman de Crébillon fils, le _Sopha_, et aux petites maisons du
XVIIIe siècle. Tous les meubles de cette pièce ne sauraient
être décrits. On doit en passer sous silence. Ce petit retrait
parfumé, agrandi par des glaces à biseau, vrai boudoir d'Orient, était
particulièrement réservé à M. Haussmann, qui y donnait des audiences
tout à fait intimes. En nous le montrant, les huissiers souriaient
discrètement, ou, comme on voudra, indiscrètement, car, sur ce point,
les adjectifs se valent.
Le cabinet du préfet, vaste, tendu de rouge, aux meubles dorés et
aux divans de soie, avec sa haute cheminée de marbre, sa grande table
recouverte de damas vert, était une des pièces les plus réellement
belles de l'Hôtel-de-Ville. Beaucoup de papier blanc et d'encriers.
Peu de livres. Dans un corps roulant de bibliothèque, une trentaine de
volumes tout au plus, livres d'administration et de droit. C'était
la bibliothèque particulière du préfet. Un _bibliothécaire_ spécial
touchait des appointements pour _con server_ ces quelques malheureux
volumes. Ce n'était pas, je m'empresse de le dire, la seule bibliothèque
du palais. La bibliothèque du Conseil Municipal, placée à côté de la
salle du Conseil, près de la cour Louis XIV, était relativement pauvre.
En revanche, la magnifique bibliothèque de la Ville, qui emplissait
plusieurs salles des étages supérieurs, nous offrait des trésors
inappréciables. Tout est consumé aujourd'hui, et non-seulement les
livres, mais les documents, les archives, tout ce qui était l'histoire
parisienne, et, en particulier, l'amas considérable de documents chauds
de salpêtre, pour ainsi dire, et relatifs à 89, 92, 93. Chose à noter;
c'est la Commune de 71 qui a détruit les procès-verbaux de la Commune
de 93, que les historiens n'ont pas feuilletés, et qui resteront
éternellement inconnus.
Dans ce cabinet du préfet, dont je parlais, plus d'une députation fut
reçue: bataillons amenant les canons offerts à la défense, ou délégués
se plaignant du renvoi d'un maire. Le 31 octobre, sur cette table,
Flourens proclama la Commune de Paris.
Pendant de longues heures, Blanqui, Millière couvrirent de projets de
décrets les feuilles volantes qui encombraient d'ordinaire la table au
tapis vert. Des gardes nationaux, s'asseyant à côté d'eux, rédigeaient
ou dessinaient. Tout l'attirail fut abandonné, lorsque le commandant
Ibos entra à la tête de son bataillon. Quelqu'un qui eût recueilli tous
les papiers épars, froissés et maculés, oubliés par les envahisseurs,
eût pu composer le plus original recueil d'autographes et
d'orthographes.
On sortait du cabinet du préfet pour entrer, après avoir traversé un
couloir où se trouvaient placés les télégraphes, dans le salon des
Huissiers. Là travaillèrent, de septembre à février, les secrétaires;
là les maires, les chefs de bataillons se heurtaient, se pressaient,
s'entre-croisaient; les uns réclamaient les vivres de campagne, les
autres des souliers à grosses semelles, etc. C'était l'antichambre
de toute personne demandant à parler à quelqu'un des membres du
Gouvernement. Gustave Flourens y vint un soir, avant le 31 octobre,
grave, pâle et couvert d'un long pardessus à l'américaine, la main sur
la poignée de son sabre. Il voulait parler à Henri Rochefort. Rochefort
était absent. Flourens demanda du papier, une plume, et écrivit
textuellement ce qui suit:
«Mon cher ami,
«Le peuple veut se débarrasser des culottes de peau. Il a
choisi un chef, c'est vous. Venez. Mettez-vous à notre tête et
marchons. _Vous ne savez pas monter à cheval peut-être, mais
notre amitié vous en tiendra lieu_.
«Tout à vous,
«FLOURENS.»
La porte de cette salle s'ouvrait sur la salle du Trône, ou salle
du Peuple, la magnifique salle décorée par Séchan, et où les mobiles
bretons, en sentinelles, regardaient, un peu ébahis, passer le flot
des visiteurs, ou dormaient tout debout, en montant leur faction. Deux
magnifiques cheminées en marbre, deux chefs-d'oeuvre à coup sûr, se
faisaient face. Merveilles de la Renaissance. L'une avait été sculptée
par Th. Bodin, l'autre par Biard, disciple de Buonarotti! Que de fois
nous y avons vu quelque estafette, venant des tranchées, y sécher le
bout de ses bottes couvertes de boue et de neige et qui fumaient devant
la braise. C'était la vraie grande salle historique de l'Hôtel, et
ses fenêtres, maintenant béantes, avaient vu bien des spectacles!
A l'extrémité droite de la salle était jadis le _cabinet Vert_, où
Robespierre, Couthon, Saint-Just se tenaient pendant la nuit du 9
thermidor. Le gendarme Méda, Merda plutôt, c'était son nom véritable,
mort général à la Moskowa, avait tiré là le fameux coup de pistolet qui
brisa la mâchoire de Maximilien. On avait, depuis 1794, réuni le cabinet
vert à la salle du Trône. C'était là encore, à la fenêtre du milieu, que
Louis XVI se montra coiffé du bonnet rouge; c'est là que Lafayette dit
en 1830 au peuple, en lui montrant Louis-Philippe: _Voici la meilleure
des républiques_. C'est de là qu'aux jours du siége on voyait défiler
sur la place les bataillons de marche se rendant aux avant-postes. Les
musiques jouaient la _Marseillaise_, les gardes défilaient, agitant
leurs képis, devant les maires qui saluaient. Le modèle des drapeaux
qu'on devait leur distribuer, en un jour de fête qui n'arriva jamais
(pique et couronnes de chêne dorées et étendard de soie), était déposé
dans un coin du cabinet du préfet. Deux ou trois bataillons en obtinrent
seuls, le bataillon de Boulogne entre autres, et celui de Belleville.
Au bout de la salle du Peuple une petite porte s'ouvrait, qui donnait
sur la galerie de pierre. On eût pu appeler cette galerie extérieure la
_galerie des Paysages_, comme on pouvait nommer la galerie extérieure,
qui longeait le cabinet du préfet, _galerie des Bustes_. Tandis qu'on
rencontrait dans celle-ci les bustes des souverains régnants (on avait
enlevé de son socle, au 4 septembre, celui de Frédéric-Guillaume),
on voyait, aux murailles de celle-là des décorations d'un genre tout
particulier, les paysages des environs de Paris, par Desgoffe, Bellel,
Paul Flandrin, Hédouin. Paysages frais et verts, avec des figures en
robes blanches et en chapeaux de paille, un bout de rivière, un petit
pont, de l'herbe et des fleurs! C'était Champigny, Sceaux, Châtillon,
des noms printaniers et charmants, avec des odeurs de liberté, de
gaminerie, de jeunesse, de friture et de vin clair! Comme nous les
regardions, et avec tristesse, pendant qu'à cette place même nos morts
du 30 novembre et du 3 décembre pourissaient ou que, de ces hauteurs,
les Prussiens nous envoyaient leurs obus!
Cette galerie longeait les bureaux particuliers des adjoints au maire
de Paris et du secrétaire de la mairie. M. Hérisson s'y occupait de
l'équipement et de l'habillement de la garde nationale; M. Clamageran de
l'alimentation; M. Chaudey du bois de chauffage de ce malheureux Paris,
glacé et affamé. Grand, souriant, actif et bonhomme, Chaudey recevait
les déclarations, y faisait droit de son mieux; et il fallait voir la
foule grelottante des pauvres gens qui l'attendaient! Puis, il ceignait
l'écharpe du maire et descendait recevoir un canon offert à la défense,
ou passer en revue les compagnies qui partaient. Et, plus d'une fois,
la nuit venue, à l'heure où Paris qui ne veillait pas aux tranchées
dormait, Chaudey courait pour assurer le chauffage des arrondissements
de Paris.
Le bureau du maire occupait la grande salle, la dernière du pavillon de
gauche. Étienne Arago déjeunait habituellement là, à côté de la besogne
quotidienne, et se multipliant. M. Ferry lui succéda; le bureau du
maire ne fit qu'un avec le bureau du préfet, c'est-à-dire que ce dernier
devint le bureau de la mairie. Regardez ces fenêtres où le vent se joue,
cette carcasse de monument et cette découpure sinistre. La troisième à
gauche du pavillon de la rue de Rivoli vit Robespierre jeune surgir
par là brusquement, le soir de thermidor, se dresser sur la nervure
de pierre qui court le long du monument, et, livide comme un homme qui
hésite un moment, regarder le vide à ses pieds, puis, brusquement, de
cette hauteur, se précipiter sur le pavé!
Combien de fois, durant les nuits du siége, lorsque je regardais les
fenêtres rougies par la lumière de cet Hôtel-de-Ville, où s'agitait le
sort de la cité, combien de fois n'ai-je pas évoqué les mâles figures,
bronzées au feu du volcan, de ces morts qui emplirent la Maison
commune de leur fièvre patriotique. Ceux-là, du moins, en sortant de
l'Hôtel-de-Ville, n'y laissèrent pas la trace noire de l'incendie;
ils n'y laissèrent, s'immolant à la foi qui les dévorait, que les
éclaboussures de leur sang.
Pauvres couloirs, emplis de vie, de bruit, de passion! Ce n'était pas
là l'asile d'un seul, comme les Tuileries... C'était la demeure de tous.
Par cette petite porte qui s'ouvrait, à gauche du monument, faisant
face à la rue de Rivoli, que de pauvres gens ont passé! Lorsqu'on avait
franchi deux étages, on se trouvait, de ce côté, dans la galerie du
Conseil Municipal. Elle longe la rue de Rivoli. Là, pendant le siége,
se tinrent les commissions des institutrices (enseignement professionnel
des femmes) et les réunions des maires de la banlieue. Quand on songe
que tous les objets qui meublaient ces pièces, les chandeliers, les
chenets, étaient étiquetés, numérotés, catalogués, et que le chef du
matériel en répondait, à un encrier près! Maintenant c'est le vide et la
ruine, c'est l'anéantissement, ce sont les arcades où l'air s'engouffre,
les murs crevés, les amas de pierre. C'est l'effondrement et la tombe.
_Ci-gît l'Hôtel-de-Ville._
Mais encore si, dans un dénouement brutalement plagié du _Prophète_, ils
s'étaient ensevelis, ces brûleurs de temples, sous les ruines du Palais
de la Cité! On raconte que, lors du dernier jour de la Commune, tous se
réunirent dans une sorte de banquet suprême, et, avant de se séparer,
jurèrent tous de mourir à leur poste: «Notre cause est perdue, dit le
vieux Delescluze, il faut la féconder avec du sang!» Puis on se sépara.
Le proscrit du moins tint parole. Les autres s'enfuirent, tandis que le
peuple, qui croyait en eux, mourait pour eux. Ce fut, dit-on, Pindy
qui se chargea d'incendier l'Hôtel-de-Ville. «Prends ton rabot, Pindy,
disait Vallès au menuisier, et rabote le vieux monde!» Pindy laissa
le rabot pour le pinceau à pétrole. Les murs barbouillés d'huile, les
caves, vraies cartoucheries, volcans emplis de salpêtre, tout flamba et
éclata à la fois. On retrouve encore dans les débris des balles et des
cartouches intactes.
C'est avec peine qu'on s'éloigne de cette ruine où tout vous retient, où
l'on interroge à la fois les débris et les souvenirs. Tout est curieux
dans ces choses mortes qui, semblables aux anatomies, livrent les
secrets de la vie. Un fourneau de cuisine colossal reste encore comme
pour attester l'appétit gigantesque des soupers d'autrefois. Les bouts
de papiers noircis voltigent comme des papillons funèbres. Ce sont des
décrets qui furent éternels pendant deux jours et que le vent jette à la
Seine.
A travers les blancheurs crues des murailles, quelques colonnes de
marbre rouge avec leurs chapiteaux dorés encore, tranchent par leur
décoration primitive. Cela survit dans un cimetière de choses mortes. On
sort, les débris de verre crient sous les pas, la poussière blanche
vous couvre de ses nuages. Quel émiettement navrant de ce qui fut une
séduisante oeuvre d'art! Cette poudre, cet impondérable, ce nuage, cette
fumée, ce sont les peintures de Coignet, de Vauchelet, de Landelle; ce
sont les sculptures de Jean Goujon; c'est de la pierre et du marbre qui
s'envolent! C'est l'âme même de ce monument dont la flamme a fait un
squelette.
Un dernier regard encore; et sous l'horloge aux ressorts mis à nu, sur
le fronton de l'Hôtel-de-Ville, des inscriptions subsistent:
_Liberté_, _Égalité_, _Fraternité_, et au-dessus: _République française
démocratique une et indivisible_. Une et indivisible! Hélas! où marchait
la Commune, sinon à la désagrégation même de la patrie[20]!
[Note 20: Quelques jours avant l'incendie de l'Hôtel-de-Ville de Paris,
quelqu'un a pris copie de l'inscription suivante:
HAND. ÆDIFICIORVM. MOLEM. MVLTIS. IAM. ANNIS. INCOATAM. ET.
AFFECTAM. MARINVS. DE. LA. VALLÉE. ARCHITECTVS. PARISIN. VSCEPIT. AN.
1606. ET. AD. VITIMAM. VSQVE. PERIODVM. FOELICITER. PERDVXIT. AN SAL.
1628.
Elle était gravée dans la clef de voûte, dans le péristyle de la cour
d'honneur.]
DE GERMINAL A PRAIRIAL
1871
Ils appelaient cette année 1871 _l'an 79 de la République_. Ils
reprenaient, dans leurs vieux souvenirs républicains, l'almanach de
l'intègre Rome, et les noms des mois, des années de fièvre et de gloire
reparaissaient sur les actes publics. _Germinal_, _Floréal_, _Prairial_,
les noms charmants des mois printaniers! Germinal, où l'herbe s'étend,
saine et fraîche, dans les prés reverdis, où les pieds marchent
gaiement, au matin, égrenant sous leurs pas les pleurs de la rosée.
C'était le printemps, le printemps de l'an 79, le printemps de cette
triste année 1871. La pauvre France désolée éprouvait, après tant de
souffrances, le désir âpre du repos, et, alanguie, le sang de ses veines
coulant par ses blessures encore ouvertes, elle se demandait si l'heure
était enfin venue de fermer ses plaies et de guérir ses maux.
C'était le printemps, après l'hiver farouche, après les longues nuits au
rempart, les dures étapes dans la neige, les longues stations glacées
à la porte des boucheries vides, le printemps qui consolait, éveillait
l'espoir, mettait aux branches des arbres labourés par les balles des
bourgeons et des feuilles. Quelle joie après tant de peines! Un peu
d'air réchauffant, des fleurs, des rayons et de l'herbe! On s'était dit,
durant les heures de bombardement et de bataille: «Nous ne reverrons
plus cela!»
_Germinal_, le mois d'enfantement et de germination féconde; le mois où
couve la sève, où la vie circule bouillante à travers les plantes et les
êtres, où l'effluve créatrice court comme à travers les veines du grand
Tout, où le grain se déchire et s'ouvre pour laisser poindre l'embryon
de la plante de jour en jour grandissant pour s'épanouir; Germinal,
où l'on sent, dans les profondeurs, le mouvement de l'être enfanté, le
premier vagissement des choses créées par la nature immense; où le vent
ride, joyeux, l'eau du ruisseau déjà moins froide; où tout sourit au
souffle d'avril, caressant comme un baiser de vierge!
_Germinal_, c'est,--sous un ciel d'un bleu laiteux et doux où de légers
flocons blancs flottent comme le duvet envolé d'un cou de cygne;--c'est
la sève éveillée, qui court sous l'écorce des jeunes chênes; c'est le
jaune bourgeon, à reflets verdâtres, qui apparaît et s'entr'ouvre au
bout des branches. Aux jours de Germinal, une teinte verte s'étend,
comme une poussière vivante, sur les haies; dans les bois, les
primevères blanches, les pervenches violettes, soucieuses, apparaissent
au-dessus des amas de feuilles flétries du dernier automne. Des
papillons jaunes, blancs ou tachetés de pourpre rayent gaiement
l'horizon. Il y a des chansons dans les taillis et des rouges-gorges
sur les arbres. C'est, tandis que les dernières feuilles tombent avec
un bruit sec, c'est l'éveil, le sourd enfantement, l'éclosion, la
vie,--_Germinal!_
_Floréal_, le mois d'épanouissement et de beauté, mois couronné
de fleurs, mois charmant, où l'air embaume; temps de floraison, de
reverdoiement et de renouveau; mois où les bois ont des abris pour le
rêveur qui passe et pour l'oiseau qui chante; mois où la glycine tombe
en grappes, où les lilas sourient, où, dans le bois profond la fleur
d'or des genêts apparaît, comme en un écrin; où, dans un immense
embrassement, les choses ont comme des soupirs et des amours; où
l'immensité n'est qu'un lieu de rendez-vous; où, depuis le brin d'herbe
jusqu'au chêne, tout frémit d'une allégresse ardente.
_Prairial_, le mois des prairies, le mois de vie intense et de vigueur
superbe; le mois où le soleil chauffe, où la fleur des banquets
entr'ouvre, comme une lèvre, ses roses et odorants pétales;--Prairial,
où passe, en jetant au vent son refrain, le faucheur des prés, sa faulx
aiguisée sur l'épaule.
Mois de printemps et de rajeunissement, qu'ont fait de vous les hommes
en cette année 1871?
Printemps de l'an 79, où l'herbe fut tachée de sang, où les primevères
virent des agonies; où, dans les bois reverdis, sifflait l'obus; où,
les balles déchirant l'écorce des arbres et la chair des hommes, la
sève coulait avec le sang. Mois de carnage sous un ciel adouci; mois de
tueries, où les flocons blancs des boîtes à mitraille montaient, comme
des rondeurs d'étoupe, au-dessus des grands bois immobiles.
Partout était la vie cependant.
Dans les gramens couraient ces mille insectes rouges qui naissent
chaque année du printemps et chaque année meurent avec lui. Les buissons
étaient pleins de nids; les bataillons d'insectes volaient autour
des épines-vierges, et battaient l'air de leurs petites ailes,
au bourdonnement vague; bataillons qui, loin de s'entre-tuer,
s'entr'aimaient. Il y avait partout, dans ces bois aux noms charmants,
Viroflay, Meudon, Chaville, comme des sourires invisibles. Et, à cette
même heure, après l'hiver terrible, après la rude guerre, après la
souffrance et la ruine, les hommes, autour des forts, combattaient et
mouraient!
Printemps de 1871, où les fleurs des lilas, où les branches d'aubépine
étaient triomphalement plantées dans les canons des fusils chauds
encore de la bataille; printemps où ces bois amoureux furent pleins
des sifflements du fer, des éclairs du feu, des hurlements de la haine,
Germinal, Floréal, Prairial, que de douleurs et que de morts vous avez
vus!
Je n'oublierai jamais l'impression qui me saisit, un matin de mai,
lorsque, montant par la côte de Sèvres, à travers les sentiers déserts
et labourés d'obus, j'arrivai sur ce plateau de Bellevue, d'où, à
l'horizon, baigné dans un lumineux brouillard, on apercevait le
géant Paris. Quelle immensité de pierres et quel monde! Les monuments
découpaient sur le fond du tableau leurs clochers ou leurs coupoles;
l'Arc de l'Étoile apparaissait, colossal et défiant les bombes; la Seine
roulait ses circuits tourmentés à travers ce vaste paysage. Paris!
C'était là Paris! Paris, que les Prussiens n'avaient osé attaquer
de front, et où ils n'étaient entrés qu'en posant le pied, piteux et
hésitants, comme si ce terrain volcanique brûlait;--c'était Paris où,
de septembre 1870 à janvier 1871, une communauté de souffrances et
d'espoirs avait fait de tant de coeurs un seul coeur, et des classes
diverses de la cité une ville unie, fraternelle et résolue;--c'était le
Paris qui, après avoir subi un premier siége, en supportait un second,
plus terrible que le premier; car si la famine n'était plus au logis, la
terreur était au foyer.
Paris!--Je me sentais le coeur serré en le regardant, et lorsque je
tournais les yeux vers la droite, vers les coteaux reverdis, du côté de
ce fort d'Issy où les canons grondaient, où pleuvaient les obus, du côté
de ces tranchées d'où sortait la fusillade, l'angoisse ressentie et la
douleur devenaient plus fortes encore, et une sourde malédiction montait
alors à mes lèvres contre cette chose qui s'étalait en plein soleil: la
guerre civile.
Printemps de 1871, on ne t'oubliera pas! Germinal vit sourdre et Floréal
s'épanouir la haine; Prairial vit faucher non l'herbe, mais les hommes.
Qu'eût-il dit, qu'eût-il dit alors l'intègre savant qui avait créé jadis
le calendrier des mois républicains, le pur Romme, l'ami de ce Bourbotte
qui jetait en mourant ce cri de réconciliation suprême:
«Embrassons-nous tous, et aimons-nous tous; c'est le seul moyen de
sauver la République!»
LA FÊTE MORTUAIRE
D'ALEXANDRE DUMAS
_Mai_ 1872
«Je suis né à Villers-Cotterets, petite ville du département de l'Aisne,
située sur la route de Paris à Laon, à deux cents pas de la rue de la
Noue, où mourut Demoustier, à deux lieues de la Ferté-Milon, où naquit
Racine, et à sept lieues de Château-Thierry, où naquit la Fontaine.»
C'est ainsi qu'à la première page de ses _Mémoires_, Alexandre Dumas
s'est peint lui-même en six lignes, avec sa franchise naïve et sa brave
faconde. Il se place trop modestement à côté de l'auteur des _Lettres
sur la Mythologie_ et très-orgueilleusement à côté de l'auteur de
_Phèdre_, puis il ajoute:
«Je suis né le 24 juillet 1802, rue de Lormet, dans la maison
appartenant aujourd'hui à mon ami Cartier, qui voudra bien me la vendre
un jour, pour que j'aille mourir dans cette chambre où je suis né et que
je rentre dans la nuit de l'avenir au même endroit d'où je suis sorti de
la nuit du passé!»
C'était le voeu secret du grand homme demeuré toujours tel qu'il était
aux heures où il dénichait les merles, à Villers-Cotterets, et ce voeu,
la destinée ne lui a point permis de le réaliser. Il est mort loin de sa
petite ville et, chose cruelle, à l'heure où les fourgons et les
canons prussiens faisaient retentir du fracas de leurs roues les pavés
silencieux des rues de Villers-Cotterets. Il ne lui a pas été donné de
mourir où il était né; mais, hier, cette maison de la rue de Lormet,
qui porte, sur une plaque de marbre, la date de la naissance d'Alexandre
Dumas, était comme parée de couronnes d'immortelles voilées de crêpe
noir, et, lorsque le cercueil de Dumas, porté à bras d'hommes, a passé
devant, il s'est arrêté comme si le mort eût voulu saluer sa maison
natale.
Villers-Cotterets! C'est pourtant à Dumas que la petite ville doit
sa célébrité et son lustre. C'est par lui qu'on a appris à l'aimer, à
connaître sa forêt, ses bois pleins d'ombre, ses recoins cachés. Il
l'a adorée de toutes les façons, en chasseur et en poëte. Il y a couru
enfant; jeune homme, il y a rêvé; célèbre, il y est venu promener sa
gloire et rechercher ses premiers souvenirs.
Qu'ils étaient riants, ces souvenirs-là, parfumés et savoureux comme
des fraises agrestes! On les retrouve ou plutôt on les respire en
feuilletant les premières pages des _Mémoires_! On rajeunit avec Dumas
adolescent, on revoit les matins de printemps et les soirs d'été qui
furent les aurores et les soleils couchants de sa jeunesse.
Les belles parties de chasse! Les grandes et saines échappées! Et les
amourettes! Et les ceintures roses, les bonnets chiffonnés des filles du
vieux tailleur de la place de l'Eglise, de Joséphine et Manette Thierry,
ses soupirs de seize ans! Manette, une pomme d'_api_, dit-il lui-même,
et il les compare l'une et l'autre aux «_fruits égrenés et flétris de ce
chapelet sur lequel j'ai épelé les premières phrases de l'amour_.»
Puis, à l'écouter, on assiste bientôt à l'éclosion de son génie
littéraire; on apprend comment il vit, à Soissons, jouer par un certain
Culot, méchant acteur qui lui fit l'effet de Talma, l'_Hamlet_ de Ducis,
cet _Hamlet_, chef-d'oeuvre ignoré pour lui, qui le transporta et lui
fit dire:
--Et moi aussi, je serai auteur dramatique!
Voilà ce qu'évoquaient pour nous ce nom de Villers-Cotterets, et cette
ville où nous allions pour la première fois.
Tout ce qui porte un nom dans les lettres, tout ce qui tient de près
ou de loin à l'art du théâtre, tout ce qui garde la reconnaissance des
plaisirs éprouvés, des joies causées par le grand conteur; tous ceux
qui ont aimé Alexandre Dumas, c'est-à-dire tous ceux qui l'ont connu,
étaient là!
Villers-Cotterets a dû être étonné d'une telle affluence. Le conseil
municipal, le maire et ses adjoints, ne s'étaient pas, d'ailleurs, mis
en frais pour assister à la cérémonie. S'ils y ont paru, c'est sans
caractère officiel. Ils se sont abstenus. Je ne sais pourquoi ils ont
dédaigné de fêter ce mort qui illustre leur ville, et je demanderais
volontiers la cause de cette ingratitude.
Il n'y avait là qu'un détachement de la gendarmerie départementale. Les
gendarmes ont formé la haie et présenté les armes au cercueil.
En revanche, la population tout entière a fêté Dumas. Je dis fêté, car
la cérémonie, d'un bout à l'autre, a plutôt, comme l'a fort bien dit M.
Dumas fils, ressemblé à un couronnement qu'à un deuil.
On n'avait pas là un mort, mais un immortel.
Les paysans de la campagne, les bourgeois de la ville étaient accourus.
La foule se pressait dans l'église, aux fenêtres, au cimetière, foulant
les autres tombes, moins illustres, pour arriver plus près de la tombe
de Dumas. J'ai bien peu vu de services funèbres aussi saisissants dans
leur simplicité.
Cette petite église Saint-Nicolas, toute tendue de noir, avec les
lettres A. D. entrelacées; ce catafalque couvert de fleurs et de
couronnes, autour duquel brûlaient, dans des torchères argentées,
des flammes vertes courbées par le vent du printemps entré par les
verrières; cette foule entassée dans les bas côtés, des cierges à la
main; cette fanfare du pays dont les cuivres jouaient au dehors des
musiques lentes et touchantes; ce tableau tout entier, primitif et
sincère, était vraiment caractéristique et attendrissant. L'admiration
la plus profonde et la piété la plus vive pour la gloire de Dumas,
l'enfant du pays, étaient peintes sur ces visages de paysans: on les
eût pris pour des personnages des scènes de Jules Breton, calmes et
recueillis.
Lorsque le cortége s'est mis en marche, tous saluaient.
On a traversé la place de la mairie, longé la rue de Lormet, et, prenant
un chemin à gauche, on est arrivé au cimetière. Là, à côté de la tombe
du général républicain Dumas de la Pailleterie, à côté de la tombe de
sa femme, au pied des grands pins dont le vent agitait les branches,
Alexandre Dumas a été enseveli.
Les discours se sont succédé, tous marqués au coin de l'émotion juste
et vraie. M. Dugué a salué l'auteur dramatique, et M. Gonzalès a fort
heureusement caractérisé l'homme de lettres multiple, inépuisable, vraie
fontaine de récits, ou plutôt fleuve--et fleuve de Jouvence.
M. Perrin, au nom de la Comédie française, a rendu hommage à l'auteur de
_Henri III_, de _Mlle de Belle-Isle_, des _Demoiselles de Saint-Cyr_,
et a annoncé que les amis de Dumas seraient conviés bientôt à une autre
fête, à celle de l'inauguration du buste du grand dramaturge qu'on
placera au foyer, à côté de ses aînés.
M. Charles Blanc, au nom du ministère de l'instruction publique, a salué
dans Dumas le conteur _honnête_ écrivant, comme on eût dit au temps
de Molière, pour les _honnêtes gens_. Puis tout pâle, froid, roidi
par l'émotion, et la voix un peu étranglée, M. Dumas fils a rendu
à Alexandre Dumas un dernier, un filial hommage. Il a surtout voulu
remercier l'assistance.
«En décembre 1870, a-t-il dit en substance, mon père mourait à Puy, sans
bruit, loin de tous, seul, mais sans souffrances et sans cris, à l'heure
où tant d'autres, seuls aussi, mouraient dans les imprécations et les
larmes, sur un sol envahi par l'étranger.
»Dès ce moment je voulais faire transporter sa dépouille à
Villers-Cotterets, à côté de la tombe de son père qui avait tant de
fois, lui, fait reculer les ennemis. Il a fallu attendre, et j'ai
attendu que le ciel ne fût plus sombre et que l'hiver eût passé pour que
cette cérémonie n'eût rien de funèbre et qu'on sentît à travers cette
mort une résurrection.
»Et le printemps semble s'être fait mon complice. Le ciel est clément et
bleu, et c'est aujourd'hui comme la fête de cet homme illustre qui
m'a légué le souvenir de reconnaissance de cette ville où il est né,
souvenir qu'à mon tour je léguerai à mes enfants.»
Ces paroles, dont beaucoup n'ont saisi que le sens et que j'essaye de me
rappeler, nous parvenaient par-dessus le silence respectueux de la
foule et à travers le grand murmure sourd des peupliers et des pins. Le
printemps, en effet, souriait à ces souriantes funérailles. Les pommiers
en fleur, les cerisiers poudrés de blanc, apparaissaient, comme parés,
au-dessus des murs du cimetière. L'herbe était verte et saine autour des
tombes. Les immenses prés, piqués de fleurettes, la forêt, à l'horizon,
reverdie, renaissante, pleine de bourgeons ouverts et de feuilles nées
d'hier, servaient de cadre à cette scène plus semblable à une apothéose
ou à une idylle qu'à un ensevelissement.
Dumas aura été Dumas jusqu'au lendemain de sa vie, et il semblait que
les larmes blanches de son drap mortuaire fussent des pâquerettes.
Un seul discours a détonné dans cette cérémonie, celui d'un architecte
de la ville qui a montré la foule, pour rendre hommage à Alexandre
Dumas, venant de Villers-Cotterets _et des environs_.
Les _environs_, c'est Paris. Paris est décidément condamné à devenir
modeste.
Ce qui m'a frappé dans cette rapide visite au pays du poëte, c'est
l'espèce de culte cordial qu'on garde à sa mémoire. Il n'est pas vrai
que nul ne soit prophète en son pays. Dumas est prophète dans le sien,
un prophète non pas redouté, mais aimé, ce qui vaut mieux.
Je me trouvais, à l'_hôtel du Dauphin_, à côté d'un vieux cultivateur
tanné par tous les soleils, vêtu de neuf, de frais rasé, à qui je
demandais s'il avait connu Alexandre Dumas.
--Si je l'ai connu? dit-il fièrement. J'ai couché avec lui! Oui,
ajouta-t-il. J'ai été son camarade de lit. Enfants, on nous donnait la
même couchette. Un frère de lait, je vous dis. J'en ai joliment tué des
hirondelles avec lui. Sa mère tenait un bureau de tabac, place de
la Mairie. C'est de là que nous partions pour aller en forêt! Un bon
garçon, et resté toujours le même!--quoique célèbre et quoique riche!
Les portraits de Dumas sont partout avec des autographes. Il en donnait
à toute la ville. Chaque année, il revenait là, distribuant des poignées
de main, retrouvant quelque vieille paysanne qui lui disait:
--Nous avons fait notre première communion ensemble!
--Si j'ai changé autant que vous, ma pauvre amie, comment faites-vous
pour me reconnaître?
--Ah! monsieur Dumas, c'est que je vous ai suivi, moi, de loin, pendant
que vous grandissiez!
Et voilà bien ce qui a fait le charme à la fois poignant et souriant de
cette fête mortuaire d'Alexandre Dumas. Toutes les sympathies s'étaient
donné rendez-vous autour de ce cercueil, depuis les plus vieux
amis, comme M. de Leuven, son premier collaborateur dans son premier
vaudeville, depuis M. Maquet, son _alter ego_, jusqu'à ses derniers
admirateurs, les nouveaux venus. Il ne manquait là presque personne,
sauf d'Artagnan peut-être, qui devait bien pourtant ce dernier hommage à
son poëte.
Puis, cette cérémonie terminée, on est remonté en wagon, toujours
parlant de Dumas ou plutôt des Dumas, de l'intarissable, du père, ce
Gargantua littéraire qui nourrissait toute une génération des miettes
tombées de sa table, de ce puissant évocateur du passé, de ce maître
du drame et de l'invention, de cette _force de la nature_, comme disait
Michelet; et de ce philosophe profond, cruel et vrai, à qui n'échappe
aucun secret de l'âme humaine, son fils, qui semble avoir condensé le
prodigieux talent de son père, et avec l'acier de l'épée du romancier
d'aventures, fait comme un scalpel étincelant, aiguisé,--instrument de
chirurgie par la lame, bijou d'orfévrerie par la ciselure.
A cinq heures, le train ramenait cette foule d'élite dans ce grand
Paris, qui a tant vécu de la vie de Dumas, joui de ses plaisirs et
pleuré de ses drames. Et il ne reste de cette journée qu'un souvenir
plein de soleil, de bruissement de feuilles, d'herbe fraîche, quelque
chose comme une odeur irrésistible de printemps et comme un poudroiement
de gloire.