CHAPITRE XX.

Page 284, ligne 3: Dans cette première année.

Bussy dit «qu'au lieu de ce mic-mac et des faiblesses comme du temps

de Mazarin, on vit des hauteurs dignes d'un grand prince.»

Page 284, ligne 4: Contre tous les embarras d'une disette.

On fit venir des grains, qu'on vendait à bas prix au peuple. On fit à

Paris un four ménager, pour donner le pain aux pauvres à meilleur

marché. On vendait à Paris un setier de blé 26 livres. Louis XIV

réduisit les dépenses des forêts, et gagnait quatre millions en

affermant de nouveau les octrois. Il dégreva les provinces d'une

partie de leurs tailles.

Page 284, ligne 24: Sur la Lorraine et le Barrois.

Le duc de Lorraine voulut vendre son duché et en frustrer son

héritier, par amour pour la fille d'un apothicaire nommé Pajot. Louis

XIV sut profiter de cette disposition.

Page 285, ligne 6: Imprimèrent un grand respect à son nom.

La lettre écrite par Louis XIV au roi de Pologne en 1663, au sujet de

l'affaire de Rome, est un chef-d'œuvre d'adresse, de diction et de

dignité.

Page 285, ligne 15: Des provisions que pour trois ans.

Pour qu'on ne pût pas murmurer de cette innovation, il commença par

donner ainsi, pour trois ans seulement, le gouvernement de Paris au

duc d'Aumont, l'un de ses quatre capitaines des gardes.

Page 285, ligne 17: Le cardinal de Retz fut amené à donner sa

démission.

Un court billet du roi accuse au cardinal de Retz la démission de son

archevêché. Il ne fut pas même permis à Retz de venir en cour. Il

avait cependant été consulté sur l'affaire de Rome; et ce fut lui qui

donna l'idée de la pyramide. (Voyez Joly, _Mémoires_, t. XLVII, page

454, 460, 462.) Chandenier, qui avait tout quitté pour suivre le parti

de Retz, ne voulut accepter aucun dédommagement pour sa place de

capitaine des gardes.

Page 286, ligne 11: Le jeune roi se montra moins sage que Mazarin.

Entre les catholiques, les jansénistes et les protestants, venait se

placer la secte des libertins ou incrédules, que nous avons déjà

signalée, mais trop peu nombreuse alors et trop obscure pour que le

gouvernement pût deviner qu'elle devînt un jour la plus dangereuse.

Elle se moquait de tout, et son opposition au gouvernement et à

l'Église se manifestait par des vaudevilles, des épigrammes, et de

malignes satires. Ce fut cette année que Saint-Évremond écrivit sa

_Conversation du maréchal d'Hocquincourt et du père Canaye_

(Saint-Évremond, _OEuvres_, t. III, p. 54, et _Vie de Saint-Évremond_,

par Desmaiseaux). Dans le pays de Gex, Louis XIV fit fermer cette

année vingt-deux temples protestants; et dans le mois de juillet de

cette même année il fit mettre à la Bastille le libraire Des Prés,

pour avoir réimprimé la lettre de Pavillon, évêque d'Ath, où étaient

déduites les raisons qui empêchaient cet évêque de signer les cinq

propositions. La lettre de Racine à Vitart prouve que les jansénistes

étaient déjà menacés dans le midi.

Page 288, ligne 5: Il fut attaqué par l'abbé d'Aubignac.

Voici un échantillon de la critique de l'abbé d'Aubignac: «Pour moi,

qui depuis dix-sept ans me suis retiré dans les ténèbres de mon

cabinet sans voir la cour, je pourrais bien en avoir oublié le langage

aussi bien que les mystères. Mais M. Corneille, qui depuis tant

d'années en fait un Pérou, ne devait pas tant de fois et si souvent

donner cette qualité de suivantes aux dames et aux filles qui servent

ces princesses, si cela ne s'accorde pas au faste et aux intrigues des

belles cours.» Qui eût dit qu'on eût jamais osé reprocher à Corneille

d'être homme de cour!

Page 290, lignes 5 et 6: Il inséra dans ses satires les noms

des personnes qu'il voulait livrer à la risée et au mépris

public.

Dans les éditions de 1667 et de 1669 des Satires de Boileau on trouve

les vers suivants:

Je ne puis arracher du creux de ma cervelle

Que des vers plus forcés que ceux de _la Pucelle_.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Faut-il d'un froid rimeur dépeindre la manie,

Mes vers comme un torrent coulent sur le papier;

Je rencontre à la fois Perrin et Pelletier,

Bardou, Mauroy, Boursault, Colletet, Titreville;

Et pour un que je veux j'en trouve plus de mille.

Bien pour ces vers, qui ne frondaient que l'esprit; mais comment

l'auteur ne se faisait-il pas des affaires avec les tribunaux pour les

vers suivants, qui concernaient un procureur fameux, un libraire fort

connu, un avocat, compilateur estimable et laborieux de l'histoire de

Paris, dont il imprimait les noms dans ses satires sans aucun

déguisement?

J'appelle un chat un chat, et Rollet un fripon.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Faut-il peindre un fripon fameux en cette ville,

Ma main, sans que j'y rêve, écrira Saumaville;

Faut-il d'un sot parfait montrer l'original,

Ma plume, au bout du vers, d'abord trouve Saufal (Sauval).

Quoi qu'en ait dit M. de Saint-Surin (_OEuvres de Boileau_, t. II, p.

271), il y a Saumaville dans l'édition de 1666; dans l'édition de 1667

on trouve Raumaville; mais ce doit être une faute d'impression, car

celle de 1669 porte derechef Saumaville.

Page 290, note 2: RACINE, _lettres de Vitart_.

Je cite ici l'édition de Racine de Geoffroy, non que ce soit la

meilleure, mais parce que c'est dans cette édition que les lettres de

Racine à Vitart et à l'abbé Levasseur ont été imprimées en entier, et

d'après les originaux manuscrits. Racine le fils, en les publiant le

premier, y avait fait des retranchements. On voit par la lettre p.

119, que Racine, sans souvenir du passé, approuve toutes les rigueurs

contre le surintendant. On voit aussi (t. VII, p. 22) qu'alors il

faisait grand cas de Perrault.

Page 294, ligne 3: Une cour nombreuse.

Le frère du roi alla habiter le palais Cardinal ou le Palais-Royal. Il

y donnait, ainsi qu'à Saint-Cloud, des fêtes et des repas à la famille

royale; il allait souvent à son château de Villers-Cotterets, que

Louis XIV lui avait donné pour apanage. Le duc de Beaufort, qui

demeurait dans la rue Saint-Honoré, donnait aussi des repas au roi et

à la reine, aussi bien que le président de Maisons. MONSIEUR donna au

Palais-Royal une fête au roi et à toute sa cour.

Page 294, ligne 12: Il renouvelle cet éloge.

Dans la _Critique de l'École des Femmes_, Molière fait dire à son

Dorante «qu'on peut être habile avec un point de Venise et des plumes,

aussi bien qu'avec une perruque courte et un petit rabat uni; que la

grande épreuve de toutes les comédies, c'est le jugement de la cour;

que c'est son goût qu'il faut étudier pour trouver l'art de réussir;

qu'il n'y a point de lieu où les décisions soient si justes... et

qu'on s'y fait une manière d'esprit qui sans comparaison juge plus

finement des choses que tout le savoir enrouillé des pédants.» Il

reproduit les mêmes idées en vers dans _les Femmes Savantes_.

Page 294, lignes 13 et 20.

Voyez la tirade qui commence par ces vers:

Je sais bien que souvent un cœur lâche et perfide, etc.

Alors en fulminant contre les crimes, il ne craignait pas de nommer

les criminels.

Et Monleron ne doit qu'à ses crimes divers

Ses superbes lambris, ses jardins toujours verts.

Ce Monleron n'était pas un nom supposé, mais un homme très-riche, et

vivant lorsque Boileau imprima sa satire. Tout cela a été retranché

dans les éditions subséquentes. Voyez la note de l'édition de

Saint-Marc, 1747, in-8º, t. I, p. 32.

Page 295, ligne 11: Soixante-dix cordons bleus.

Il est dit dans l'_Histoire de France en estampes_ que le roi fit

soixante-trois chevaliers d'épée, et huit d'Église. Ce serait

soixante-onze.

Page 296, ligne 2: Du titre de _Mémoires de Coligny_.

Depuis que ceci a été écrit, les vrais _Mémoires de Coligny_, dont

cette note marginale n'était qu'un fragment, ont été publiés par la

Société de l'Histoire de France, et ont eu pour éditeur M. Monmerqué.

Page 297, ligne 19: Puis vint le célèbre carrousel; et page 298,

note 508: _Description du Carrousel_.

Il y a un exemplaire de cette description officielle du carrousel de

1662, avec toutes les figures, supérieurement peintes en miniature, à

la Bibliothèque de Versailles. Dans cette bibliothèque il y a encore

deux autres ballets avec tous les personnages et leurs costumes peints

en grand. Ce fut Fléchier qui traduisit en latin la description du

carrousel de 1662, et le même fit des vers latins sur ce sujet. C'est

dans ce carrousel que Louis XIV prit pour la première fois cette

devise orgueilleuse qu'il a toujours gardée depuis, et qu'il cherche à

justifier dans ses Instructions au Dauphin, contre les critiques

nombreuses qu'on en a faites. On sait qu'elle avait pour corps un

soleil éclairant le globe de ses rayons, et pour âme ces mots latins:

_Nec pluribus impar_.

Page 300, lignes 2 et 3: Aux inclinations qui pouvaient le

distraire des soucis de la royauté.

«Le roi, dit naïvement madame de Motteville, avait le cœur rempli de

ces misères humaines qui font le faux bonheur de tous honnêtes gens.»

Page 300, lignes 17 et 18: Dans le couvent des Filles Sainte-Marie

de Chaillot.

Cette retraite de La Vallière avait été précédée d'une altercation

avec le roi. Elle eut l'esprit comme égaré d'avoir osé dissimuler avec

lui.

Page 300, ligne dernière: En faisant remettre à Marie-Thérèse.

La reine connaissait bien avant cette lettre la liaison du roi avec La

Vallière. Elle dit en espagnol à madame de Motteville, qui la vint

voir pendant ses couches, tandis que La Vallière était présente:

«_Esta donzella con las aracades de diamante es esta a que el rey

quiere._»

Page 301, ligne 12: A faire enfermer dans un couvent mademoiselle

de Montalais.

La lettre du roi à l'abbesse de Fontevrault lui recommande de ne

laisser communiquer personne avec mademoiselle de Montalais. Celle-ci

s'était non-seulement rendue la confidente des amours du comte de

Guiche et de MADAME, mais aussi de celles de mademoiselle de

Tonnay-Charente (depuis madame de Montespan), qui avait de

l'inclination pour le marquis de Marmoutiers, et désirait l'épouser.

Le comte de Guiche se déguisa plusieurs fois en femme pour pénétrer

près de MADAME (Conrart, _Mém._, t. XLVIII, p. 280; Montpensier,

_Mém._, t. XLIII, p. 43). Gramont avait osé disputer mademoiselle de

La Motte-Houdancourt au roi. Il fut exilé, et alla en Angleterre

rejoindre Saint-Évremond; mais ensuite il revint, et rentra en grâce.

Page 302, ligne 14: Ils y parvinrent; et note 1: LOUIS XIV,

_lettre_ du 20 décembre 1662.

La lettre de Louis XIV adressée à l'abbesse de Fontevrault est pour

donner la liberté à Montalais.

Page 303, ligne 25: C'étaient encore des mystères.

La liaison de Louis XIV avec La Vallière était encore un secret pour

la cour lors de la naissance de la fille qui fut le premier fruit de

cet amour. Cette enfant mourut peu après sa naissance, en novembre

1662. Voyez Motteville, t. XL, p. 177. Nous voyons dans Loret, liv.

XIII, p. 109, que le roi donna un dîner à Versailles; et ce fut le

premier. Les dames à Saint-Germain allaient à la chasse avec le roi.

Le 4 novembre la chasse de Saint-Hubert eut lieu à Saint-Germain.

(Loret, liv. XIII, p. 170.)

Page 304, ligne 2: La béatification de saint François de Sales.

Ce fut l'évêque de Montpellier qui fit l'éloge de saint François de

Sales. La canonisation de saint François de Sales eut lieu en 1665; la

cérémonie, au mois de mai. (_Histoire de la Monarchie Françoise_,

1697, t. II, p. 235.)

Page 305, ligne 9: Quoique Corbinelli fût à Paris membre d'une

académie italienne.

L'ambassadeur de Venise était le protecteur de cette académie

italienne. Le chevalier Amalthée et Corbinelli en étaient les

chanceliers honoraires.

Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6) · 第 104 / 146 题