CHAPITRE XIV.

Page 177, avant-dernière ligne: Un aspect de bonheur.

Loret, selon sa coutume, a rempli sa gazette de la description des

fêtes données pendant l'hiver qui précéda le départ du roi pour le

midi. Voici celles dont nous avons tenu note, comme des plus

remarquables. En février (le roi ne revint de Lyon qu'à cette époque),

divers bals chez le maréchal de L'Hospital, gouverneur de Paris, chez

le duc de Saint-Simon; ballet royal de _la Raillerie_, plusieurs fois

dansé par le roi; concert de soixante instruments, et des chantres et

des chanteuses, les plus remarquables; mascarade en traîneaux à la

place Royale, où tous les jeunes seigneurs étaient masqués: toute la

cour y assistait, et était dans l'hôtel des Hameaux; plus tard, fête

donnée par le roi, où il y eut une loterie de 100,000 livres. Le 3

mai, le roi fait des courses à cheval au bois de Vincennes; le 10 de

mai, grand dîner de MONSIEUR au roi, à Saint-Cloud. Fête superbe

donnée au roi par de Lionne, dans son château de Berny: Mazarin en fit

les frais. Cette fête était toute diplomatique: Pimentel, le

négociateur du roi d'Espagne, s'y trouvait, et il était le véritable

but de la fêle. A Vincennes, revue de soldats, ballets, danses et

parades. On joua une pastorale de Trivelin-Canaille et de Scaramouche,

qui amusa fort, et fit beaucoup rire.

Page 178, note 2: _Journal contenant_, etc.

Toutes ces pièces sont de Colletet; elles furent publiées comme un

journal, au moment même des événements; la réunion en est rare. J'en

donne les titres d'après un exemplaire qui renferme encore un volume

in-4º en espagnol, accompagné de plans et de portraits, qui décrit la

marche de l'infante jusqu'à la frontière de France. A ces pièces il

faut joindre les ouvrages que j'ai cités dans mon édition de _La

Fontaine_ au sujet de la lettre de notre fabuliste à de Maucroix, sur

l'entrée de la reine. Ceux qui désireraient tout connaître sur cette

époque célèbre ne doivent pas négliger de consulter les volumes de la

collection d'estampes sur l'histoire de France, qui est à la

Bibliothèque Royale. Au tome XXVI, ils trouveront une très-belle

estampe de l'entrevue des deux rois, de la reine et de l'infante, et

une autre, de Charles Le Brun, qui représente le mariage dans l'église

de Saint-Jean de Luz. Dans une autre estampe allégorique, un Espagnol

dit à un Français:

A voir sur vos habits ces monceaux d'aiguillettes,

Vos poudres, vos galands, vos canons, vos manchettes,

Rien qu'un esprit ne vous peut inspirer.

Page 179, ligne 21: Pour suivre les représentations théâtrales.

Le goût des spectacles faisait naître le désir de les varier. Ce fut

au mois d'avril de l'année 1660 que plusieurs particuliers, par zèle

pour l'art théâtral, donnèrent au public, dans la maison d'un sieur de

La Haye, à Issy, l'exemple d'une comédie française toute chantée. La

musique était de Lambert, les paroles de l'abbé Perrin. Cette pièce,

exécutée par les plus belles voix de cette époque, charma les

spectateurs. Le 30 du même mois, Mazarin la fit représenter à

Vincennes: elle plut tellement à la cour, que Mazarin ordonna a l'abbé

Perrin d'en composer une seconde; il fit _Ariane, ou le Mariage de

Bacchus_. Ainsi fut fondé un spectacle qui ne pouvait se maintenir que

par la munificence royale, et dont la pompe et la splendeur se sont

cependant toujours accrues depuis près de deux siècles, au milieu de

toutes les révolutions, de toutes les banqueroutes et des pénuries des

finances, et sans que jamais le public s'y soit porté avec assez

d'empressement pour subvenir à la dépense qu'il exige.

Page 183, ligne première: En mettant de côté la soutane du

séminariste.

J'ai rapporté dans mes notes sur la _Vie de La Fontaine_ le passage

des Mémoires manuscrits de Tallemant des Réaux qui nous apprend que

les parents de Molière l'avaient d'abord fait étudier pour être

d'Église; et ceci se trouve confirmé par ce qui est dit dans la _Vie_

de notre grand comique composée par l'éditeur de ses œuvres en 1730:

c'est ce que paraissent avoir ignoré les récents éditeurs de

_Molière_, qui, par des arguments nullement concluants, ont rejeté le

témoignage contemporain de Tallemant des Réaux, tandis qu'ils n'ont

pas fait difficulté d'admettre, sans critique et sans examen, les

faits rapportés sur Molière par Grimarest, quoique lorsque cette _Vie_

parut Boileau ait déclaré qu'elle fourmillait d'erreurs et de contes

absurdes. Je suis revenu sur ce point de critique littéraire dans la

quatrième édition que j'ai préparée de l'_Histoire de La Fontaine_,

non encore publiée.

Page 184, lignes 5 et 6: Dont l'intrigue ne lui appartenait pas.

Dans la pièce de Chapuzeau qui fut donnée en 1756, trois ans avant

_les Précieuses ridicules_, il y a, comme dans cette dernière pièce,

un homme dont la déclaration est fort mal reçue par une femme infatuée

de bel esprit, et qui s'en venge en introduisant auprès d'elle son

valet, déguisé en marquis magnifique, qui lui plaît beaucoup plus.

Page 185, note 299: BODEAU DE SOMAIZE.

Somaize ne s'est point nommé dans cette préface des _Véritables

Précieuses_. Il accuse Molière d'avoir imité _le Médecin et les

Précieuses_ de l'abbé de Pure, et plusieurs autres pièces italiennes;

et il cherche à le rendre odieux aux gens de cour. Cependant ce

misérable écrivain spécula sur le succès de la pièce de Molière, et la

mit en mauvais vers. On voit, par l'avertissement, que les libraires

propriétaires de l'édition de la pièce de Molière mirent opposition à

la vente de la traduction en vers. La pièce des _Précieuses

ridicules_, en vers (1660, in-12), est dédiée à Marie de Mancini, dont

Somaize parle souvent dans son _Grand Dictionnaire des Précieuses_.

Somaize composa encore _le Procès des Précieuses_, en vers burlesques

(1660, in-12), qu'il dédia à la marquise de Monloy; c'est probablement

cette madame de _Monlouet_ dont il est fait mention dans madame de

Sévigné.

Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin-Chantal, (2/6) · 第 98 / 146 题