Page 236, ligne 17: Anne de Lenclos a vécu près de quatre-vingt-dix
ans.
Voltaire, qui était fils du notaire de mademoiselle de Lenclos, nous a
conservé sur elle quelques anecdotes précieuses, mais plutôt d'après
les souvenirs de l'abbé de Châteauneuf que d'après les siens propre;
il a écrit avec légèreté, et n'a pas pris la peine, dans ce qu'il a
dit de cette femme célèbre, de se mettre d'accord avec lui-même. Il ne
lui fut présenté que peu de temps avant qu'elle mourût. Elle avait
alors quatre-vingt-neuf ans, et lui onze et demi, et non treize, comme
il le dit. Il donne, dans ses _Mélanges_, t. XLIII, édit. Renouard,
p. 470, soixante-dix ans à Ninon lors de son aventure avec
Châteauneuf; et dans le _Dictionnaire philosophique_, t. XXXV, p. 224,
il ne lui en donne plus que soixante à cette même époque; il dit
aussi, p. 125, qu'il a vu Ninon décrépite à l'âge de quatre-vingts
ans; et il oublie que lorsque Ninon avait quatre-vingts ans, lui,
Voltaire, n'avait que deux ans. A quatre-vingt-neuf ans elle sut
apprécier dans le jeune Arouet le génie précoce d'un enfant de onze
ans, puisqu'elle lui légua une assez forte somme pour acheter des
livres. Bret a recueilli, sans choix et sans critique, tous les contes
qu'il a trouvés épars dans les recueils d'ana. Douxmesnil a écrit avec
plus de discernement, d'après les récits et les souvenirs de
Fontenelle et de la comtesse de Sandwich, de l'abbé Fraguier et de
l'abbé Gedoyn, qui tous cependant n'avaient connu Ninon que dans sa
vieillesse. Tous ces ouvrages doivent être employés avec précaution.
On trouve de meilleurs et de plus sûrs matériaux dans les Mémoires du
temps écrits par les contemporains de Ninon, surtout dans les Mémoires
de Tallemant des Réaux, qui étaient manuscrits lorsque nous en avons
fait usage; ainsi que dans les œuvres de Saint-Évremond, dans les
lettres de madame de Sévigné, de madame de Maintenon, et dans les
Mémoires de Saint-Simon.
Page 239, ligne 1: Et qui n'engage à aucune reconnaissance.
Il est probable que l'abbé de Châteauneuf, qui tenait la doctrine de
Ninon de sa propre bouche, l'a rendue dans les mêmes mots. Aussi nous
n'y avons rien changé.
Page 239, ligne 2: Abandonnée à elle-même dès l'âge de quinze ans.
Elle perdit sa mère à quatorze ans, en 1630, et son père à quinze, en
1631.
Page 240, ligne 10.
Dans la pièce gracieuse, mais beaucoup trop longue, de la Mesnardière,
que nous citons; intitulée: _Galanterie à mademoiselle de Lenclos_, le
poëte lui dit:
Prenez soin de corriger
Votre enfant Amour, qui m'outrage.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Pardonnez-moi si je le chasse:
Mais que voulez-vous que j'en fasse?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Mais, pour dormir en patience
Et conserver quelque embonpoint,
Ninon, que ne ferait-on point?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J'observe . . . . . . . . . . . . . .
Qu'il m'aime fort auprès de vous;
Et pour moi, j'y voudrais bien être.
Mais aussi je voudrais connaître
Que sa maman n'aimât que moi;
Et je doute fort que le roi
Puisse avoir ce crédit en France.
Page 241, ligne 6: Un attrait inexprimable.
Au-devant des Mémoires de Bret sur Ninon est une réduction de son
portrait peint par Ferdinand, et qui peut nous donner quelque idée de
ses traits; mais son portrait de profil, que M. Renouard a inséré dans
son édition de Voltaire, est tout à fait faux et imaginaire.
Page 244, ligne 5: Le gentil et spirituel Charleval.
Charleval mourut en 1693.
Page 244, ligne 10: Le marquis de Soyecourt, si fameux dans les
annales de la galanterie.
C'est de Soyecourt (on prononçait Saucourt) que Benserade a dit, au
sujet d'un ballet où il représentait un diable:
Contre ce fier démon voyez-vous aujourd'hui
Femme qui tienne?
Et toutes cependant sont contentes de lui,
Jusqu'à la sienne.
Page 248, ligne 14: D'une manière peu honorable.
Tallemant dit que Lenclos se conduisit indignement dans le duel avec
Chaban, et que son action pouvait passer pour un assassinat. Chaban
avait un pied dans la portière de sa voiture lorsque Lenclos le perça
de son épée.
Page 248, ligne 15: Lenclos jouait fort bien du luth.
C'est ce qui a fait dire que Ninon était fille d'un joueur de luth;
mais Douxmesnil réfute cette erreur, mieux instruit à cet égard que
Voltaire, qui la reproduit.
Page 249, lignes 3 et 5: Saint-Étienne fut le premier amant de
Ninon.
Chocquart de Saint-Étienne, originaire d'Amiens, servit pendant
vingt-cinq campagnes avec une valeur extraordinaire: d'abord comme
chevau-léger, puis en qualité de maréchal des logis, d'aide-major, de
cornette, de lieutenant et de capitaine dans les régiments de
cavalerie de Bussy de Vère, Mérinville-Pardaillan et Plessis-Praslin.
Louis XIV lui accorda des lettres de noblesse pour lui et ses
descendants, le 19 septembre 1660.
Page 249, lignes dernières: Elle comptait au nombre de ses amis
plusieurs créatures du cardinal.
Bois-Robert était très-lié avec Ninon, et on sait quelles étaient les
mœurs de cet abbé. Tallemant raconte qu'un jour on faisait la guerre
à Bois-Robert sur le vice honteux qu'on lui connaissait; il ne se
défendit que faiblement, en disant: On ne doit pas parler de cela en
présence de mademoiselle de Lenclos. (Voyez le _Ménagiana_, t. I, p.
45.)
Page 250, ligne 7: Ce fut Marion de Lorme, selon Chavagnac.
Dans les Mémoires de Chavagnac, les personnages ne sont pas nommés, et
Marion de Lorme n'est désignée que par des astérisques. La troisième
édition de ces Mémoires, 1721, in-12, n'est qu'une réimpression de la
première, et a de même les noms en blanc. Dulaure, qui rapporte ce
passage dans son Histoire de Paris, a mis les noms en toutes lettres,
mais sans en prévenir ses lecteurs. Richelieu naquit le 5 septembre
1585. C'est dans les Mémoires de Chavagnac que Bret semble avoir puisé
le fait que Richelieu fit de vaines tentatives auprès de Ninon.
Page 250, ligne 24: Raré, cet aimable garçon.
Saint-Simon fait mention d'une madame de Langle qui était fille de M.
de Raré.
Page 251, ligne 8: Une circonstance peu importante.
Tallemant dit que la jeune Ninon, sévèrement surveillée par sa mère,
ayant un jour aperçu Raré dans la rue, descendit en toute hâte de chez
elle pour lui parler. Un mendiant vint troubler leur conversation.
N'ayant point d'argent à lui donner, elle se hâta de lui remettre un
mouchoir bordé d'une belle dentelle, en lui disant: «Va-t'en;» et elle
se débarrassa ainsi de ce témoin importun.
Page 251, ligne 15: Elle alla se jeter dans un couvent, et annonça
l'intention d'y rester.
Scarron confirme ceci, et, dans son épître à Sarrasin, dit:
Puis j'aurais su...
Ce que l'on dit du bel et saint exemple
Que la Ninon donne à tous les mondains,
En se logeant avecques les nonains;
Combien de pleurs la pauvre jouvencelle
A répandus quand sa mère, sans elle,
Cierges brûlant, et portant écussons,
Prêtres chantant leurs funèbres chansons,
Voulut aller, de linge enveloppée,
Servir aux vers d'une franche lippée.
La fin de cette épître prouve qu'elle a été écrite trois jours après
la mort de la mère de Ninon:
Fait à Paris, dessous ma cheminée,
Par moi Scarron, carcasse décharnée,
Trois jours après que les yeux furent clos
Pour tout jamais à la mère Lenclos.
Page 252, ligne 11: De Bois-Dauphin (Souvré).
Madeleine de Souvré, femme de Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de
Sablé, seigneur de Bois-Dauphin, mourut en 1678.
Page 252, ligne 21: Coligny, marquis d'Andelot, depuis duc de
Châtillon.
Gaspard, duc de Châtillon, marquis d'Andelot, mourut lieutenant
général, le 9 février 1649, à l'attaque de Charenton. Il eut en 1641
le régiment de Piémont. Il paraît, en comparant les _Mémoires_ de
Chavagnac avec les autres récits, que Chavagnac a mal compris son
frère, ou que ses souvenirs, en écrivant, l'ont trompé. Le frère de
Chavagnac était l'ami intime de d'Andelot, et il paraît avoir aimé
Marion de Lorme à la même époque où d'Andelot se passionna pour Ninon.
C'est dans les _Mémoires_ de Chavagnac qu'on trouve le récit le mieux
circonstancié de la mort de Châtillon; Chavagnac se trouvait près de
lui au moment fatal.
Page 254, ligne 3: A Châtillon succéda Miossens, depuis maréchal
d'Albret.
Miossens ou Miossans est une des douze grandes baronnies du Béarn. Le
nom de Miossens était Charles Amanien d'Albret. Il mourut en 1678; en
lui s'éteignit la postérité masculine des Miossens.
Page 254, lignes 13 et 15: D'Elbène était connu par l'originalité
de son esprit.
Guy d'Elbène fut marié à Charlotte Refuge, qui, dit-on, lui apporta en
dot quatre-vingts procès. Elle mourut le 3 septembre 1680. En 1649
d'Elbène fut envoyé à Rome. (Voyez RETZ, _Mém._, t. XLV, p. 56.) Guy
d'Elbène mourut à l'hôpital. (Voyez la lettre de Ninon à
Saint-Évremond, dans Douxmesnil, p. 194.) Un Alphonse d'Elbène,
peut-être le frère de celui-ci, fut évêque d'Orléans en 1646, et
mourut le 2 mai 1665. Il en est parlé dans le Voyage de Chapelle et
Bachaumont, 1755, in-12.
Page 255, lignes 26 à 27: Ses liaisons avec le chevalier de Méré
datent de cette époque.
George Brossin, chevalier et marquis de Méré, descendait d'une
ancienne famille du Poitou. Il était cadet, et avait fait quelques
campagnes sur mer. Il se retira dans une terre qu'il avait en Poitou.
«La société de madame la marquise de Pont, sa belle-sœur, n'a pas
peu contribué à le détacher du monde et de la cour. Il lui laissa
tout son bien.»
Page 256, ligne 3: Le cardinal archevêque de Lyon lui rendit
de fréquentes visites.
Le caractère sévère de du Plessis de Richelieu, son âge et sa piété
bien connue, le mettent à l'abri de tout soupçon dans ses relations
avec Ninon; voilà pourquoi j'ai dû interpréter favorablement ce
passage assez singulier des _Mémoires_ de Tallemant: «Elle se mit dans
un couvent: le cardinal de Lyon devint amoureux de sa belle humeur, et
fit quelques folies pour elle». Dans un autre endroit de ses
_Mémoires_, Tallemant parle d'un abbé de Richelieu qui entretenait
Claudine Colletet. Cet abbé était probablement neveu du cardinal et du
ministre. Conférez _OEuvres de La Fontaine_, édit. 1828, t. VI, p.
270.
Page 259, lignes 1 et 2: Cette réponse à la reine, qui, selon
Saint-Simon et Chavagnac.....
Douxmesnil (p. 154) a tort de vouloir faire considérer ce fait comme
invraisemblable. Il est attesté par les meilleures autorités, par les
hommes les mieux instruits sur ce qui concerne Ninon: Chavagnac,
Tallemant des Réaux, Saint-Simon et Voltaire. Il se peut que sous
Louis XV, en 1751, lorsque Douxmesnil écrivait, on s'inquiétât peu des
liaisons amoureuses et de la conduite scandaleuse ou non des femmes
nobles ou non nobles; mais il n'en était pas ainsi sous la régence
d'Anne d'Autriche, ni même sous le règne de Louis XIV, qui plus tard,
et lorsqu'il avait tant de motifs pour être indulgent sur cet article,
obligea cependant mademoiselle de La Force à mettre un terme à son
genre de vie peu réglé et à se retirer dans un couvent. Conférez
l'_Histoire de la Vie et des Ouvrages de La Fontaine_, troisième
édition, page 513.
Page 259, ligne 3: Qu'elle laissa Ninon en repos.
Chavagnac dit que la reine, en apprenant cette réponse, dit en riant:
«Fi! la vilaine! qu'elle s'en aille où elle voudra. «Ceci est plus
dans le caractère d'Anne d'Autriche que ce que dit Saint-Simon.
Page 259, ligne 20.
Voltaire attribue ce mot à Ninon même; mais le _Ménagiana_ est une
autorité antérieure et préférable. Le mot est meilleur dans la bouche
d'un autre que dans celle de Ninon.
Pages 260, lignes 2 et 3: Émery vivait depuis longtemps
avec la femme de Coulon.
Un de ces couplets, dans mon recueil manuscrit, se termine ainsi:
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Ne t'étonne pas si Coulon
Aime bien la fille Ninon,
Car il a droit de représailles.
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Daye d'Andaye.
Dans mon exemplaire il y a cette note marginale. «Ninon est celle
qu'on appelle aujourd'hui mademoiselle de Lenclos.» Cette note a été
évidemment écrite dans la dernière époque de la vie de Ninon, et
prouve ce que nous avons dit sur la manière de la désigner. Il a été
fait de ces recueils manuscrits de chansons et de vaudevilles
satiriques un grand nombre de copies. Il y en a dans diverses
bibliothèques particulières, à la Bibliothèque du Roi, à la
Bibliothèque Mazarine, et ailleurs. Il y a dans les _Mémoires_ de
Tallemant le récit d'une dispute entre Coulon et sa femme, en présence
de madame de Tallemant, au sujet d'Émery, mais qui est trop ignoble
pour pouvoir être rapportée.
Page 261, lignes 4 et 5: Il (d'Aubijoux) mourut le 9 novembre 1656.
François-Jacques d'Aubijoux était baron de Castelnau, de Bonnefons, de
Sauveterre et de Casaubon. Sa famille descendait d'un frère du
cardinal d'Amboise. Les vers du _Voyage de Chapelle et Bachaumont_
dont nous parlons sont ceux qui commencent ainsi:
Sous ce berceau, qu'Amour exprès, etc.
La mort du comte d'Aubijoux, qui arriva en 1656, nous fait penser que
ce voyage eut lieu en 1655. L'édition faite sur le meilleur manuscrit
est celle de La Haye, 1732, chez Pierre Gosse. Saint-Marc, le seul qui
ait exécuté sur cet auteur un travail d'éditeur, en fait l'aveu; mais
il dit qu'il a connu trop tard cette édition pour pouvoir en faire
usage. Toutes les éditions postérieures à celle de Saint-Marc ne sont
que des réimpressions de la sienne. La plus mauvaise et la plus belle
est celle de Lille, 1826, in-8º.
Page 263, ligne 11: D'un oculiste nommé Thévenin.
Tallemant nous apprend que madame Thévenin, la femme de l'oculiste,
était la tante de M. Paget. (Tallemant, _Historiettes_, t. II, p.
232.)