1657-1658.
Les nombreux décès qui ont lieu à la cour ralentissent les
fêtes.--L'arrivée des ducs de Modène et de Mantoue et le mariage
d'Olympe Mancini les raniment.--Les déguisements en femmes dans
les ballets étaient fréquents.--Louis XIV aime la compagnie des
femmes.--Il est escorté par plusieurs beautés de la cour dans ses
promenades à cheval.--Il prend des leçons de politesse et de
galanterie de la comtesse de Choisy.--Se montre indifférent au
mariage d'Olympe Mancini.--Joie que la reine en ressent.--Mazarin
fait sortir deux de ses nièces du couvent, et les introduit à la
cour.--Louis XIV ne fait d'abord aucune attention aux nièces de
Mazarin.--Il devient amoureux de mademoiselle de La Mothe
d'Argencourt.--Mazarin et la reine également intéressés à
s'opposer à cet amour.--La reine emploie la religion.--Le jeune
roi fait une retraite, communie, et promet de se
vaincre.--Mazarin découvre que mademoiselle d'Argencourt a un
amant.--Le roi voit mademoiselle d'Argencourt dans un bal, et
s'enflamne de nouveau pour elle.--Mazarin le guérit, en lui
prouvant que celle qu'il aime le trahit pour un
autre.--D'Argencourt, abandonnée du roi, veut se consoler avec le
duc de Richelieu.--Sur la demande de la duchesse, elle est forcée
d'entrer au couvent, où elle reste volontairement.--Liaison du
roi avec mademoiselle de Beauvais.--Avec une jeune
jardinière.--Il en a une fille.--Passage des Mémoires de
Saint-Simon sur la destinée de ce premier enfant de Louis XIV.
En se livrant à l'éducation de ses enfants, madame de Sévigné eut
cette année moins de sacrifices à faire à ses plaisirs que dans les
années précédentes. La mort de madame de Mancini, du duc de Chevreuse,
celle du duc de Villars, du maréchal de la Mothe-Houdancourt[161], du
duc d'Elbœuf[162], de Pomponne de Bellièvre[163], de la duchesse de
Montbazon[164], de la duchesse de Mercœur, de la duchesse de
Bouillon[165], de la duchesse de Roquelaure[166], qui eurent lieu dans
l'intervalle de quelques mois, contristèrent la cour et la haute
société, et ralentirent les fêtes et les divertissements. Mais cela ne
pouvait durer longtemps. Le nombre de ceux qui dans un grand royaume
sont attachés au service du monarque est trop considérable pour que
les chances habituelles de la mortalité n'y portent pas de fréquentes
atteintes; et l'habitude de voir presque chaque année disparaître
quelques-uns de leurs plus chers serviteurs émousse la sensibilité des
rois. Heureux encore quand la perte de ceux qui les ont servis avec le
plus de zèle ne leur cause pas une satisfaction secrète, par
l'occasion qu'elle leur fournit de conférer des grâces et d'accorder
des faveurs aux objets de leurs plus récentes affections!
Les plaisirs reprirent bientôt leur activité accoutumée. L'arrivée du
duc de Mantoue à Paris, celle du duc de Modène, qui avait si bien
soutenu les armées françaises contre l'Autriche; le mariage de
mademoiselle de Longueville avec le duc de Nemours, celui d'Olympe
Mancini avec le duc de Soissons, devinrent des prétextes pour bannir
tous les signes de deuil et des occasions pour donner mutuellement des
fêtes. Il y eut donc encore des repas splendides, des concerts, des
mascarades, des danses où le jeune monarque et ses courtisans
déployaient leurs grâces et leur habileté, en compagnie avec le
célèbre Bauchamp, le Vestris et le Duport de cette époque[167]. On
joua au Louvre, avec les ballets anciens, un nouveau ballet, _l'Amour
malade_, dont Benserade[168] avait, comme de coutume, versifié les
paroles, mais dont la musique était l'ouvrage d'un jeune et nouveau
compositeur, nommé Baptiste Lully: alors on le nommait tout simplement
Baptiste. Italien de naissance, il avait été amené jeune en France par
le chevalier de Guise, pour être au service de MADEMOISELLE: il
l'avait quittée lorsqu'elle fut exilée. Entré depuis dans la musique
du roi, il commençait déjà la révolution musicale qui devait lui faire
acquérir tant de réputation et de richesses[169]. Dans ce nouveau
ballet il jouait le rôle de Scaramouche; et sa petite taille, sa mine
chétive, ses petits yeux, étaient si bien appropriés au burlesque de
son rôle, qu'il réjouit encore plus les spectateurs par son jeu que
par sa musique. Le goût des nobles figurants de ces ballets et de ces
mascarades pour les déguisements de femmes augmentait chaque année,
surtout pour ceux qui faisaient partie de la maison de MONSIEUR ou
étaient attachés à ce prince[170]. On remarqua aussi que de jour en
jour le jeune roi se plaisait davantage dans la société des femmes; et
un essaim de jeunes beautés, portées comme lui sur de superbes
coursiers, l'entourait presque toujours à la chasse, et le suivait
dans ses rapides et brillantes cavalcades.
Mais les jeunes femmes n'étaient pas celles qu'il recherchait
uniquement ni toujours avec le plus d'empressement. La comtesse de
Choisy, dont le mari était chancelier de la maison de son frère, femme
d'esprit, dans l'âge du retour, qui possédait toutes les grâces de la
politesse et du bon ton, toute la science du savoir-vivre, toutes les
perfections d'une précieuse du beau temps de l'hôtel de Rambouillet,
avait osé dire au jeune roi que s'il voulait devenir un honnête homme
(c'est-à-dire, dans le sens qu'on attachait alors à ce mot, un
cavalier accompli sous le rapport de la galanterie et de l'élégance
des manières), il fallait qu'il eût souvent des entretiens avec elle.
Ce conseil fut suivi; Louis allait dîner familièrement chez la
comtesse de Choisy, et par la suite il se ressouvint de son
institutrice et la récompensa par une pension de huit mille
livres[171].
Après les préférences marquées que dans toute occasion Louis XIV avait
montrées pour Olympe Mancini, on fut étonné de l'indifférence avec
laquelle il apprit le mariage qu'elle allait contracter avec le duc de
Soissons. On en conclut que Louis était encore trop jeune pour être
capable d'éprouver le sentiment de l'amour, et que son goût pour
Olympe Mancini, semblable à celui qu'il avait montré autrefois pour la
duchesse de Châtillon, n'était encore que l'effet passager des
premières habitudes et des souvenirs de l'enfance. La reine le crut
ainsi, et témoigna ouvertement la joie qu'elle en ressentait[172].
Mazarin fit aussi semblant d'en être satisfait; mais, devinant mieux
le naturel du jeune monarque, il se hâta de faire sortir du couvent
deux de ses nièces et de les produire à la cour.
La plus âgée des deux, Marie Mancini, celle-là même qui devait
inspirer à Louis XIV un attachement si vrai et si tendre, était une
grande fille maigre, avec de longs bras, un long cou, un teint brun et
jaune, une grande bouche, mais de belles dents et de grands yeux
noirs, beaux, pleins de feux. Louis fit à elle peu d'attention[173].
Toutefois il la préférait à sa sœur Hortense Mancini, qui devint une
des plus belles personnes de son temps, mais qui était encore dans cet
âge dont Louis ne faisait que de sortir. Au moment où la reine se
félicitait de l'indifférence de son fils à l'égard des femmes, et où
elle espérait que de quelque temps du moins la tendresse qu'il avait
pour sa mère ne serait combattue par aucun autre sentiment, elle
s'aperçut qu'il était devenu amoureux d'une de ses filles d'atour.
Cette fille se nommait de La Mothe d'Argencourt; elle n'avait ni
beaucoup d'esprit ni beaucoup de beauté, mais pourtant toute sa
personne était aimable. Elle dansait admirablement, et sa façon de
parler, mélangée de douceur et de vivacité, plaisait au premier abord.
Sa peau n'était ni très-fine ni très-blanche; mais, par une
singularité piquante, avec de beaux yeux, bleus et des cheveux
blonds, elle avait des sourcils noirs et bien arqués; sa taille était
grande et svelte, les traits de son visage étaient fins et réguliers,
et ses manières pleines de dignité et de grâce. S'il y a au monde
quelque chose qu'il soit impossible de dissimuler, c'est un premier
amour: Louis ne put dérober la connaissance de celui dont il était
atteint aux regards vigilants des personnes intéressées à le
surveiller. Il se divertissait quelquefois le soir à de petits jeux,
auxquels mademoiselle d'Argencourt participait avec plusieurs de ses
compagnes. Dans la familiarité suite nécessaire d'un tel amusement la
force de la passion du jeune roi se manifesta de manière à alarmer la
reine et Mazarin. Anne d'Autriche ne voulait pas que son fils avant
son mariage s'échappât jusqu'à s'abandonner à des plaisirs que la
religion réprouvait; et elle mettait tous ses soins à le conserver
pur. Il paraissait impossible à Mazarin d'empêcher plus longtemps
Louis de se livrer à ses penchants; et pour le maintien de son
influence, il désirait que cette sensibilité amoureuse, qui entraînait
le jeune roi vers le beau sexe, se dirigeât sur une de ses nièces, et
non sur d'autres. La reine et son ministre étaient donc également
intéressés, quoique par des motifs différents, à s'opposer à la
passion naissante de Louis XIV pour mademoiselle d'Argencourt.
La reine usa d'abord de tout le pouvoir qu'elle avait encore sur son
fils. A son profane amour elle opposa cet amour de Dieu qu'elle lui
avait inspiré. Elle effraya la conscience de ce royal adolescent, et
réussit à le convaincre qu'il ne pouvait échapper au danger qui le
menaçait qu'en le fuyant. Louis se retira à Vincennes, chez le
cardinal[174]. Ce ne fut pas sans de douloureux combats qu'il put
persister dans la résolution que lui avaient fait prendre les deux
personnes en possession de toute sa confiance, et auxquelles il
n'ignorait pas qu'il était redevable de sa vie et de sa couronne. Il
gémit, pria, soupira, se confessa, communia; et après une retraite de
huit jours, passés dans ces exercices pieux, il reparut dans le monde
et au milieu de sa cour, où une si longue absence avait été un sujet
d'étonnement et d'entretiens continuels. Le roi évitait de se trouver
avec mademoiselle d'Argencourt, et même de la regarder. La reine et le
cardinal en éprouvaient une vive satisfaction, et saisissaient toutes
les occasions de le féliciter du triomphe qu'il avait remporté sur
lui-même[175].
Mademoiselle d'Argencourt n'en était pas, comme Louis, à son début:
elle avait un amant quand elle reçut la déclaration du jeune monarque;
c'était le beau Chamarante; d'autres disent le marquis de Richelieu:
il n'y a d'incertitude que sur l'un ou sur l'autre de ces personnages,
et les mémoires qui substituent le nom de l'un à celui de l'autre ne
commettent probablement qu'une erreur de date. Cependant ses liaisons
avec l'un ou avec l'autre, ou avec tous deux successivement, étaient
restées secrètes, et sa réputation survivait encore à sa vertu. La
passion que le roi avait pour elle flatta sa vanité, et excita son
ambition. Elle ne lui avait opposé qu'une résistance calculée, et lui
avait fait promettre, si elle consentait à répondre à son amour, de
résister toujours à sa mère et au cardinal, s'ils entreprenaient de
la séparer de lui. Elle en était là lorsque Louis, cédant aux conseils
d'Anne d'Autriche, s'était retiré à Vincennes. Toute la famille de
mademoiselle d'Argencourt, qui avait fondé de grandes espérances sur
sa liaison avec le roi, fut, ainsi qu'elle, extrêmement contrariée de
le savoir renfermé et gardé à vue chez le cardinal. Ils pensèrent
qu'il y était retenu malgré lui; que Mazarin et la reine croyaient que
les refus de mademoiselle d'Argencourt de céder aux désirs du roi
étaient moins dus à sa vertu qu'au projet qu'elle avait de profiter de
la violence d'une première passion et de l'inexpérience de l'âge pour
se faire épouser. Afin de bien dissiper ces craintes, la mère de
mademoiselle d'Argencourt offrit au cardinal et à Anne d'Autriche de
consentir à ce que sa fille demeurât la maîtresse du roi. Elle crut
les contraindre à ne pas s'y opposer en leur faisant confidence de ce
qui s'était passé dans le tête-à-tête entre les deux amants, et des
promesses du roi de résister toujours aux tentatives qu'on pourrait
faire pour le séparer de celle qu'il aimait. Ce fut un motif de plus
pour le cardinal et pour la reine de chercher à rompre une liaison si
menaçante pour leur autorité. La reine en voyant la conduite de son
fils après sa retraite de Vincennes se flatta d'y avoir complétement
réussi, et elle était persuadée qu'elle n'avait plus rien à redouter
de mademoiselle d'Argencourt. Mazarin, moins confiant, ne cessa de
faire épier la jeune fille; et, employant ses moyens ordinaires,
l'argent et les séductions, il connut ses liaisons, se rendit maître
de tous ses secrets, et prit dès lors ses mesures contre tout ce que
sa famille ou elle pourraient tenter.
Tant de précautions semblaient inutiles. Louis tenait bon, et
paraissait ne plus conserver du trace de ce qui s'était passé: il
était plutôt occupé à éviter qu'à rechercher mademoiselle
d'Argencourt. Mais un jour elle parut dans un bal où il se trouvait;
ses charmes étaient encore rehaussés par une parure pleine de
goût[176]. En la voyant entrer le roi tressaillit; mademoiselle
d'Argencourt s'aperçut aussitôt de l'impression qu'elle produisait; et
avec cette assurance que donne à la beauté la conscience de son
irrésistible empire, elle s'avança vers le jeune monarque, lui prit la
main, et le pria de danser avec elle. Toutes les résolutions prises et
gardées avec tant de peine furent abandonnées à l'instant même; la
main de Louis trembla dans celle de son amante, une sueur froide le
saisit, il changea de visage, et fut quelque temps à se remettre. Tous
les regards s'étaient dirigés vers lui, et cette scène avait eu pour
témoins toute la cour. Cet événement devint l'objet des conversations;
personne ne doutait que le triomphe de mademoiselle d'Argencourt sur
le roi ne fût assuré et qu'elle ne parvînt à le rendre durable. La
reine elle-même n'y voyait pas de remède, et déjà l'on faisait des
projets pour s'arranger avec la grandeur future de cette favorite et
de celle de sa famille.
On se trompait; Mazarin en avait décidé autrement. Dès le lendemain du
bal, il avait eu avec Louis un long entretien. A ce jeune néophyte,
qui se trouvait sous le charme d'une passion en vain combattue, il ne
parla point des scrupules de la religion, digue impuissante, déjà
emportée par l'impétuosité du torrent; mais il fit entendre les
maximes du monde, les exigences de l'opinion, ce que l'expérience
enseigne, ce que la prudence prescrit. Il retraça tout ce qu'un homme,
et encore plus un souverain qui savait s'estimer et se faire estimer
des autres, avait droit d'exiger d'une femme quand il se donnait à
elle. Il ne se consuma point en vaines paroles pour signaler les
dangers de l'amour; mais il démontra bien pour tous les hommes, et
encore plus pour un roi, la nécessité de se prémunir contre la
perfidie de celles qui avaient le pouvoir de l'inspirer. Dès que
Mazarin commença à entrer en explication, et qu'il eut parlé des
promesses faites par le monarque à mademoiselle d'Argencourt; qu'il
eut redit les discours qui avaient eu lieu entre les deux amants dans
le tête-à-tête, Louis fut ébranlé, et commença à se croire trahi par
celle qui lui était chère; mais il n'en douta plus quand les lettres
écrites par elle à l'amant qu'elle favorisait lui furent remises.
Celui qui les avait reçues avait eu la lâcheté de les livrer au
ministre tout-puissant, dont il voulait se concilier la faveur; et
Mazarin gardait depuis longtemps pour ce moment décisif, qu'il avait
prévu, le secret de cette correspondance et les preuves qu'il en
avait.
Le dépit et l'orgueil firent ce que la religion et la raison n'avaient
pu faire: Louis sans daigner avoir aucune explication avec
mademoiselle d'Argencourt, ne lui témoigna plus que du dédain. Elle,
qui ignorait la trame qu'on avait ourdie, crut que l'ascendant de la
reine mère et de son ministre avait été plus fort sur le jeune roi que
le pouvoir de ses charmes; et elle attribuait à cette cause l'étrange
changement des manières de Louis à son égard. Elle ne songea donc plus
qu'à se consoler de la chute de ses espérances avec le marquis de
Richelieu. Mais la marquise sa femme s'étant plainte à la reine de
cette liaison scandaleuse, mademoiselle d'Argencourt fut chassée, et
renfermée dans le couvent des Filles de Sainte-Marie de Chaillot. Là
elle apprit l'odieuse intrigue dont elle avait été la victime. Les
douleurs de l'amour trahi, les mécomptes de l'ambition trompée, la
disposèrent à écouter favorablement les leçons de piété et de religion
qui lui furent données par les bonnes religieuses au milieu desquelles
elle se trouvait; leur compassion la toucha, leurs consolations la
convertirent; leur société lui devint agréable et chère: si bien que
lorsqu'on lui permit de rentrer dans le monde, elle s'y refusa. Elle
resta au couvent, et, toujours libre d'en sortir et sans jamais
prononcer aucun vœu, elle y passa toute sa vie, et y mourut, chérie
et regrettée de tous ceux qui la connurent[177].
Après cette aventure, les penchants du jeune roi pour les femmes, que
ses jeux d'enfance avaient donné lieu de soupçonner, ne furent plus un
secret pour personne. La reine avait une femme de chambre nommée
mademoiselle de Beauvais, qu'elle affectionnait beaucoup, à cause de
sa dextérité, de son exquise propreté, du zèle et de l'intelligence
qu'elle mettait à la servir. Dans l'âge du retour, laide et borgne, et
peu scrupuleuse, mademoiselle de Beauvais épiait depuis longtemps les
premiers effets de la puberté dans le jeune roi. Elle savait qu'à cet
âge, si le cœur sait déjà choisir ses affections, les sens obéissent
sans discernement à une première surprise. Elle s'en prévalut; et le
souvenir des instructions que Louis reçut d'elle lui devint par la
suite un moyen d'élévation pour sa famille[178].
Dès que le jeune roi eut appris qu'on pouvait goûter les jouissances
de la volupté sans avoir besoin d'éprouver le sentiment de l'amour, la
violence de ses passions l'emporta sur ses scrupules, mais non pas
encore sur sa pudeur. Il n'osa pas s'attaquer à ces fleurs qui
brillaient éminentes autour de lui, mais qui se trouvaient placées
sous les regards et sous la protection de sa mère; les plus humbles et
les plus cachées lui devinrent préférables, et il s'embarrassa peu
d'avoir à se baisser pour les cueillir. Une jardinière, fraîche et
jolie, devint enceinte de ses œuvres, et en eut une fille. Madame de
Sévigné et les Mémoires du temps, qui nous entretiennent si souvent
des enfants naturels de Louis XIV, ne parlent pas de celui-ci. Le
profond mystère dont le jeune roi enveloppait à cette époque ses
aventures galantes ne pouvait lui permettre d'en déclarer le premier
fruit; l'obscurité de la condition de celle à laquelle il était dû
l'en empêcha par la suite. Mais sa fille lui ressemblait trop pour
qu'il pût la méconnaître. Bontemps, son valet de chambre et son homme
de confiance, fut chargé de la marier à un gentil-homme nommé Laqueue,
seigneur du lieu qui porte ce nom, à six lieues de Versailles. Ce
gentilhomme se promettait une fortune d'une telle alliance, dont le
secret, dit Saint-Simon, lui fut dit à l'oreille; mais il ne parvint
jamais au delà du grade de capitaine de cavalerie. Sa femme était
grande et bien faite; elle savait de qui elle tenait le jour, et
enviait le sort de ses trois sœurs (comme elle filles naturelles),
princesses magnifiquement mariées. Elle vécut ainsi vingt ans, sans
sortir de son village, plus heureuse que si elle avait été admise à la
cour. Sans l'exact Saint-Simon, si bien instruit des détails de ce
grand règne, on eût ignoré jusqu'à l'existence de cette aînée de tous
les enfants du plus illustre de nos rois[179].
[161] LORET, liv. VIII, p. 2, 13, 17 et 22, _lettres_ en date des
6 janvier, 3, 10 et 26 février 1657.--Ibid., liv. VIII, p. 47 (7
avril).
[162] LORET, liv. VIII, p. 182 (1er décembre 1657).
[163] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 405.--GUY-JOLY, t. XLVII, p. 414,
415.--MONGLAT, _Mém._, t. LI, p. 20.--GUY-PATIN, _Lettres_, p.
132.
[164] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 412.--LORET, t. VIII, p. 63.
[165] LORET, liv. VIII, p. 22 (10 février 1657), p. 103 (10
juillet 1657).--MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 398.--MONGLAT, t. LI, p.
20.
[166] MONTPENSIER, t. XLII, p. 264, 268.--LORET, liv. VIII, p.
195, 22 décembre 1657.
[167] MONGLAT, _Mém._, t. LI, p. 20, 38, 64.--LORET, liv. VIII,
p. 11 (20 janvier), p. 29 (24 février), p. 73 (26 mai), p. 41 (17
mars), p. 185 (8 décembre 1657).--LORET, liv. IX, p. 21 (9
février 1658).
[168] BENSERADE, _OEuvres_, t. II, p. 173, 178 et 182.--LORET,
liv. VIII, p. 9 (20 janvier), p. 15 (27 janvier), p. 21 (10
février), p. 29 (19 février).--LORET, liv. VIII, p. 75.
[169] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLII, p. 400.--SEVELINGES, article
_Lully_ dans la _Biographie universelle_, t. XXV, p. 423.
[170] LORET, liv. VIII, p. 9, 15, 21 (20 et 27 janvier, et 10
février 1657).
[171] LORET, liv. VIII, p. 59 (28 avril).--CHOISY, _Mém., Notice
sur sa vie_, t. LXIII, p. 124.
[172] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 400.--LORET, _Muse
historique_, liv. VIII, p. 29 (_lettre_ en date du 24 février
1657).
[173] MOTTEVILLE, _Mém._, t. XXXIX, p. 400.--MONTPENSIER, t.
XLII, p. 120.--MONGLAT, _Mém._, t. LI, p. 114.
[174] LORET, liv. IX, p. 15 (26 janvier 1658).--MOTTEVILLE, t.
XXXIX, p. 401.
[175] MONTPENSIER, _Mém._, t. XLII, p. 272, lig. 1 (lisez La
Mothe d'Argencourt au lieu de La Mothe-Houdancourt).
[176] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 400.--LORET, liv. IX, p. 168, en
date du 26 octobre, _lettre 42_.
[177] MOTTEVILLE, t. XXXIX, p. 400, 404, 435.--LA FARE, chap. IV,
t. LXV, p. 157.--DREUX DU RADIER, _Mém. des Reines et Régents de
France_, 1782, t. VI, p. 363 à 373.--MONTPENSIER, t. XLII, p.
348.
[178] SAINT-SIMON, _Mém._, 1829, in-8º, t. I, p. 124, ch. XIV.
[179] SAINT-SIMON, _Mém._, 1829, in-8º, t. IV, p. 192, ch. XIV.