Vers le mois de juin 1903, je reçus, un matin, un petit bleu signé John
Wanamaker et me demandant un rendez-vous. Il était rédigé en une
écriture décidée, aux caractères nerveux et concis. Je savais deux
choses seulement du signataire: la première, qu’il était un des plus
grands négociants américains; la seconde, qu’il aimait beaucoup mon
livre: «La Vie Simple,» et en avait distribué d’innombrables volumes.
J’allai le trouver; hélas! nous ne pûmes causer. Ni son français ni mon
anglais ne suffisaient. Et pourtant nous nous comprîmes. En 1904, vers
le même mois de juin, nouvelle rencontre. Cette fois nous pûmes avoir
une conversation suivie en anglais.
Personne ne me fut plus utile, que John Wanamaker, à partir du moment où
mon voyage se trouva décidé. Il me donna tous les conseils et toutes les
explications préalables nécessaires et m’invita à venir demeurer à sa
campagne de Lindenhurst, durant la première quinzaine de mon séjour en
Amérique, afin d’y faire mon acclimatation. Il visita successivement ma
famille et mon église, leur promettant de prendre soin du pasteur et du
père de famille et de me renvoyer en France, sain et sauf, ce qu’il
s’appliqua plus tard à tenir scrupuleusement.
Je m’embarquai sur «La Lorraine», le 10 septembre 1904, emmenant M. X.
Kœnig, pour me servir de compagnon et de secrétaire pendant le voyage.
Dans ma cabine, parmi les lettres et télégrammes de France qui me
souhaitaient un bon voyage, je trouvai un cablogramme d’Amérique signé:
John Wanamaker, et conçu en ces termes: «_America welcomes you!_»