PREMIERS TRAITS D’UNION

C’était en 1891. Je ne connaissais l’Amérique que très vaguement.

Pendant une visite que je faisais à Madame Blaze de Bury, je fus

présenté à une jeune Américaine, bien connue dans son pays par ses beaux

livres: Grace King, de la Nouvelle Orléans. Elle savait le français. Son

esprit en travail et sur bien des points brouillé avec la tradition,

s’intéressait aux questions morales et religieuses telles que je les

présentais, pour les mettre en contact aussi intime que possible avec la

conscience de ce temps. Nous eûmes, dans la suite, de longs entretiens;

Grace King devint une auditrice fidèle de la salle Beaumarchais. Elle

écrivit sur mon œuvre missionnaire dans une revue américaine. Avant de

quitter Paris, elle me fit connaître Miss L. Sullivan, de New-York, qui,

de même que son amie, se mit à fréquenter régulièrement nos réunions.

Rentrées dans leurs pays, ces deux jeunes dames ne cessèrent de m’écrire

de temps à autre. Grace King me mit en rapport avec la Revue l’«Outlook»

et son fondateur M. Lyman Abbott, et traduisit ma Préface américaine à

«Jeunesse», premier livre par lequel les éditeurs Dodd Mead et Co, de

New-York, firent connaître ma pensée aux États-Unis. A ces noms, il

convient d’ajouter celui de Mrs Worthington d’Irvington.

Lorsque en 1901, Miss Marie-Louise Hendee eut traduit «La Vie Simple»

pour la maison Mc Clure, Grace King fut chargée de faire précéder le

livre d’une introduction biographique. Elle fit cette œuvre avec une

exactitude d’informations et une grâce de style dignes de tout éloge. Sa

préface, où se trouve l’histoire de ma pensée et une caractéristique de

ma libre propagande de l’Évangile perpétuel, était comme un drapeau

déployé.

Aujourd’hui que tant d’heureuses rencontres ont suivi ces premières

connaissances, j’éprouve un grand bonheur à remonter à ces débuts. Un de

mes regrets, en allant visiter les États-Unis, a été de ne pouvoir,

faute de temps, pousser une pointe jusqu’à la Nouvelle-Orléans. Espérons

que ce n’est que partie remise.

A partir du moment où «La Vie Simple» parut à New-York, chez Mc Clure,

les points de contact se multiplièrent. Ce livre eut la bonne fortune

d’intéresser les Américains, en répondant à leur compréhension de la vie

et à plusieurs de leurs préoccupations présentes. Il me valut de leur

part de nombreux témoignages de sympathie. Nos relations se bornaient

là, et je ne songeais pas à les agrandir, en traversant l’Océan. Mais,

pendant les vacances de 1902, le Président Roosevelt, par deux fois,

d’abord dans un discours à Banghor, puis dans un autre au Temple

maçonnique de Philadelphie, à l’occasion du 150me anniversaire de la

réception de George Washington, dans la société des maçons américains,

voulut bien signaler «La Vie Simple» à ses concitoyens, comme un traité

pratique de bonne vie.

Si donc j’ai vu l’Amérique, si j’ai pu y faire un voyage inoubliable, je

le dois à son grand Président. Il s’en faut pourtant que ce voyage se

soit décidé d’un seul coup, et ait été préparé sans obstacle ni peine.

C’est là ce que je demande à exposer en toute brièveté.

Vers le cœur de l'Amérique · 第 7 / 55 题