La mère Fouillette, quand elle se trouvait seule avec mon père,
soupirait, en époussetant, en balayant, en présentant les bottines:
--Ah! si madame avait seulement un enfant!
Ordinairement, mon père n'y prenait pas garde; un jour, il dit:
--Mais où le mettrions-nous?... Vous m'agacez, à la fin, la mère
Fouillette, entendez-vous?
--C'est bon, monsieur! c'est bon!
Elle ne se décourageait point. Ces bonnes femmes sont entêtées, parce
qu'elles ont une confiance imperturbable en leur sagesse.
Une autre fois, en faisant le feu dans le cabinet, elle causait des
bruits de la ville. Il n'était question que d'une fête magnifique que
les Plancoulaine devaient donner à carnaval. Mon père froissait le
journal et n'avait pas l'air d'écouter la vieille. Elle fourrageait les
copeaux, les rondins, les pommes de pin, sa main décharnée à même la
flamme, et j'admirais qu'elle ne se brûlât pas. Elle dit tout à coup:
--Qui donc qui aurait cru que monsieur serait si vindicatif?...
Mon père la regarda.
--Oh! monsieur me comprend bien! Mais, là, c'est-il Dieu possible d'en
vouloir si longtemps aux personnes?
--A quelles personnes?
Elle poussa un gros soupir, puis confessa:
--C'est ce pauvre Paletot qui aurait tant de plaisir à revoir sa soeur!
--Fichez-moi le camp! dit mon père, et taisez-vous!... ou j'envoie
Paletot à la rivière...
Son journal à la main, il chassait devant lui la mère Fouillette, comme
une fumée.